Mois : juillet 2007

Brûlée vive de Souad

brûlée-vive-souad

Ce témoignage bouleversant, je l’ai lu d’une traite. Il s’agit du seul et unique témoignage à ce jour d’une survivante d’un « crime d’honneur ».  Il y en a environ 5000 chaque année. Dans son pays d’origine, la Cisjordanie, comme ailleurs, le poids de la « coutume » est prégnant dans ces crimes, bien plus que celui de la religion. Comme Souad l’explique elle-même : « Les gens du village sont d’accord avec la loi des hommes. Si on ne tue pas une fille qui a déshonoré sa famille, les gens du village rejettent cette famille, plus personne ne veut lui parler, ou faire du commerce avec elle, la famille doit partir ! Alors… ”1Quel crime Souad a-t-elle commis ?
Ayant appris qu’un homme l’a demandé en mariage à son père, son voisin d’en face, elle l’observe … puis en tombe amoureuse. Elle rêve de mariage, d’échapper à son quotidien fait de coups, d’humiliations et d’esclavage, car c’est ainsi que vivent les femmes de son village. Naître fille est une « malédiction », la femme valant moins qu’une chèvre ou qu’un mouton, comme l’affirme son propre père. Ainsi ils finissent par se parler et se donner des rendez-vous cachés. Oui, il l’a demandé en mariage, oui, il veut l’épouser, oui, il va parler à son père pour permettre le mariage, « en suspens » tant que sa sœur aînée reste encore « vieille fille », à 18 ans, car c’est ainsi : on se marie une fois son aîné(es) marié(es). Mais les intentions de Faiez ne sont peut-être pas aussi pures qu’il n’y paraît et il causera la perte de Souad. Un crime d’honneur est donc décidé en famille. Car c’est ainsi que la coutume le veut.  Il faut laver l’honneur de la famille de Souad. La sentence est décidée en conseil, la femme étant exclue, n’ayant aucune possibilité de se défendre. Le crime est alors commis par un homme de la famille : le père, le frère, le beau-frère ou le cousin. Dans le cas de Souad, c’est son beau-frère qui « s’occupe d’elle ».
Brûlée vive, elle réussit à s’échapper et, une formidable chance pour elle, est conduite par deux femmes qui sont dans la rue à l’hôpital. Une chance formidable, quand nous savons qu’il ne faut pas s’occuper de ces « histoires-là ». Non par indifférence mais par respect de la coutume. La rencontre providentielle d’une bénévole de l’association « Terre des Hommes » permet à Souad de sortir de son mouroir. Un hôpital certes, mais dans ces cas-là, les femmes sont laissées sans soins. Ce sont des « affaires de famille ».
Cette rencontre marque le début d’une renaissance, qui sera douloureuse, mais constitue un témoignage véritablement édifiant de courage.Le témoignage de Souad est passionnant car pour nous Occidentaux, bercés par une société dans laquelle la femme est l’égale de l’homme et libre, il est une piqûre de rappel sur le fait que cette liberté ne concerne qu’une partie de la population féminine. Il nous alarme sur ces gynécides ayant lieu dans le monde, touchant diverses communautés, cultures ou ethnies et pour lesquels les meurtriers ou tortionnaires n’encourent aucune peine ou de durée dérisoire (6 mois de prison est déjà une exception !).Pour plus d’informations sur les crimes d’honneur, je vous invite à vous rendre sur ces deux articles d’Amnesty International : « Les crimes d’honneur »

Découvrez également le travail réalisé par « Terre des Hommes« , d’Edmond Kaiser, et « Surgir« , nouvelle fondation créée par « Jacqueline », sauveuse de Souad.

Brûlée Vive
Oh!Editions.
18.90€. 246 pages. ISBN : 2-915056-09-9.

1  Définition du crime d’honneur selon l’ONG Human Rights Watch : «  Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille toute entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce  — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’ adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher des représailles.  »

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Verte de Marie Desplechin

Sorcières : je n’aime pas le mot. Il sent le château fort et le bûcher, le bonnet pointu et le manche à balai, j’en passe et des meilleures. Tout un folklore désuet qui date du Moyen-âge.
Moi, de ma vie, je n’ai jamais porté de chapeau, et encore moins de chapeau pointu. Pointu pour pointu, je préfère les escarpins à très hauts talons. Quant au balai volant, laissez-moi rire. Quand je veux voler, je prends l’avion comme tout le monde.

verte de marie desplechin Ce roman humoristique et cocasse nous narre l’histoire d’une petite fille Verte, 11 ans, qui voudrait être comme les autres et se marier. Or la vie de cette fillette n’est pas facile …
Dur, dur de devoir suivre l’héritage familial, quand vous êtes affublés du prénom – hum  riducule – de Verte, que vous ne connaissez pas votre père dont votre mère s’est séparée pour mieux éveiller … votre nature de sorcière ! Qui justement ne s’éveille pas assez rapidement au grand dam d’Ursule. Cette dernière confie donc la cause de son désespoir à sa mère, Anastabotte, pour que celle-ci la forme à la sorcellerie … elle l’a bien formé quand elle était jeune et indisciplinée, alors pourquoi ne réussirait-elle pas avec Verte ? Les résultats sont surprenants …

Ce roman sur les relations complexes entre mère et fille, les grand-parents, l’affirmation de soi et de le désir d’indépendance des enfants se lit d’une traite. Trois générations s’expriment tour à tour et livrent leurs pensées, sous forme de roman à quatre voix. De quoi percevoir les difficultés que rencontrent mère, fille et grand-mère !

Prix « Tam-Tam ».

Verte
L’Ecole des Loisirs.
A partir de 9 ans.
180 pages. 7.50€. ISBN :  2211041787

A voir !

Le site de l’Ecole des Loisirs

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Réouverture de la galerie des Glaces

Parmi les bijoux architecturaux que compte le Château de Versailles, la Galerie des Glaces est un de ceux qui fascinent le plus. Non seulement par son éclat mais aussi par le jeu des miroirs qui entre reflets et lumière nourrit nos esprits en de folles intrigues. Elle nous plonge dans le Versailles courtisan et intriguant, celui dans lequel il est important d’avoir un nom ou une position pour que nos requêtes soient sous la bénédiction du Roi lors de ses audiences extraordinaires, sur son trône d’argent.
Mais la Galerie, conçue par Jean-Hardouin Mansart est également un spectaculaire outil diplomatique comme l’ensemble du Château. Sa magnificence à la gloire de Louis XIV est destinée à impressionner la noblesse qui s’est rebellée contre ce même Roi et sa mère, la Régente, lors de la Fronde. Les peintures de Le Brun célèbrent les réalisations de Louis XIV à travers moult références mythologiques… et, cela est nouveau, représentent le Roi et sa famille sous leurs propres traits : victoire des Guerres de Dévolution (1667-1668), de Hollande (1672-1678) et réformes du pays … Mais ce n’est « que » les vingt premières années de règne du Roi Soleil
Le Roi est un fin stratège et un fin diplomate qui sait que son autorité affirmée et la noblesse assagie, il épargne au Royaume des frondes et guerres civiles douloureuses et coûteuses. Car le coût de construction du Château est une goutte d’eau comparé au budget consacré aux guerres. De plus, il est une vitrine sur l’Europe des talents français. Le travail magnifique réalisé par la Manufacture des Glaces a permis de doubler les artisans vénitiens sur le plan technique (fabriquer des miroirs d’une telle dimension était un pari fou) et d’asseoir la prééminence de l’économie artisanale (l’importation de produits vénitiens étant alors interdite car le Royaume pouvait subvenir à ses besoins en la matière lui-même).

Avec l’énorme travail de restauration qui a été entrepris, c’est le moment de redécouvrir ce théâtre de petites histoires et de la Grande (signature du Traité de Versailles le 28 juin 1919).

La Galerie en quelques chiffres :
– 6 ans de construction (1678-1684) ;
– 73 mètres de long
– 10,50 mètres de large
– 12,30 mètres de hauteur
– 17 fenêtres et 17 portes-fenêtres
– 357 miroirs
– 1100 m² de marbres
– 1000 m² de peintures
– 1000 m² de décors peints et de sculptures
– 3 ans de restauration (juillet 2004 – juin 2007)
– 60 professionnels
– coût : 12 millions d’euros

Informations complémentaires : Pour les enfants et sur la restauration de la Galerie des Glaces sur les sites de Vinci et du Château de Versailles

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All the road running, quand Mark Knopfler rencontre Emmylou Harris

all the roadrunning

 Un album country-rock, folk et blues. Quand l’excellentissime guitare de Mark Knopfler rencontre la voix d’Emmylou Harris, cela donne un duo magnifique et entraînant !

Cet album est née d’une rencontre entre Knopfler et Harris lors d’une émission consacrée à Chet Atkins. Rencontre décivise car ils se sont alors rencontrés régulièrement, lors de quelques périodes « calmes » de leur emploi du temps, pour jouer ensemble. 7 ans de rencontres sur les routes, all the roadrunning,  puis un week-end de travail intense qui aboutit à ce bijou musical. L’écriture est sublime, les textes profonds, les arrangements musicaux reflètent leur univers personnel qui fusionnent très bien tout en restant distinct. Enfin, les voix de Mark Knopfler et Emmylou Harris s’accordent avec complémentarité et justesse, non seulement dans l’interprétation, mais dans le jeu de réponse des voix. Le premier titre de l’album, This is Us, vous plonge d’emblée dans leur monde musical. C’est un album qui vous surprendra tant le duo est de qualité …Animation Flash
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Oscar et la dame rose

Je te préviens tout de suite : j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu’écrire c’est guirlande, pompon, risette, ruban etcetera. Ecrire, c’est rien qu’un mensonge qui enjolive. Un truc d’adultes. La preuve ? Tiens, prends le début de ma lettre : « Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps », j’aurais pu aussi bien mettre : « On m’appelle Crâne d’Oeuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes » Seulement si j’écris ça, ça la fout mal, tu vas moins t’intéresser à moi. Or j’ai besoin que tu t’intéresses »

oscar et la dame roseC’est une oeuvre bouleversante par la simplicité et la fraîcheur de son héros, Oscar, qui vit ses derniers jours. En effet, le petit bonhomme de 10 ans, atteint d’une leucémie, ne peut pas guérir. Sa greffe « a raté » et tout traitement est inefficace. Plus aucun espoir n’est permis pour Oscar qui voit le monde médical « déçu » par cet échec et ses parents apeurés par son sort qu’il accepte stoïquement. Mais Oscar a rencontré une « dame rose » (une de ces femmes qui visitent les enfants hospitalisés). Elle donne de la magie à ces derniers jours. Ancienne catcheuse, elle noue avec lui une relation tout particulière basée sur la tendresse et font face ensemble à la réalité. Aussi pour l’aider, elle lui suggère d’écrire à Dieu pour qu’il lui confie ses sentiments et ses voeux. Mais Mamie Rose ne manque pas de ressources ! Elle lui propose également de considérer une journée comme dix ans ! Ainsi le petit Oscar grandit, connaît les joies et les peines inhérentes à chaque âge. Mamie Rose va retrouver ces lettres, au nombre de douze, qui conte les douze derniers jours d’Oscar, drôles et émouvants.

Ce livre court, mais très poignant, est empreint de sagesse. Nous suivons le héros à travers les « différents âges » de sa vie et recevons par la même occasion de belles leçons de vie. Le sujet sensible – l’enfant face à la mort – est traité avec délicatesse et non avec sensiblerie. Sa forme et son contenu vous étonneront par leur fraîcheur… Le style oral des lettres confère de la vivacité au texte tant son auteur, Oscar, semble vous interpeller.

Oscar et la dame rose fait partie de la trilogie « Cycle de l’Invisible », un regard sur l’enfance et la spiritualité, composé également de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, et de Miralepa.

Pour plus d’informations sur Eric-Emmanuel Schmitt et son actualité littéraire, rendez-vous sur son site officiel : http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/

Oscar et la dame rose
Editions Albin Michel.
100 pages. 9.50€. ISBN : 2-226-13502-2.

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