Mois : septembre 2007

Cosmofobia, de Lucia Etxebarria.

On ne reçoit rien de la vie si on n’identifie pas d’abord son Désir. Mais la plupart des hommes et des femmes ne savent pas bien quel est leur Désir, c’est pourquoi il leur échappe.
Ils s’égarent dans de faux désirs, ils croient désirer une voiture ou une maison ou la célébrité ou l’amour d’une femme, mais ce ne sont pas leurs désirs véritables. Par exemple, il y a des hommes qui ne désirent une femme que parce qu’elle est convoitée par d’autres hommes, et non par amour. Et ils font le mauvais choix, celui de la femme qui ne leur était pas destinée.
Il arrive aussi, dans le monde occidental, que beaucoup croient désirer ce que la publicité leur a en fait mis dans la tête. Mais le vrai Désir est une chose plus profonde, qui fait partie de la vie de chacun de nous. Et nous devons très tôt l’identifier, pour nous concentrer sur sa quête.

cosmofobia-EtxebarriaNous jouissons du temps sans compter, et ce qui est triste, c’est que nous ne commençons à comprendre ce qui est important que lorsque notre corps ne peut plus nous le procurer. Ce livre nous présente une galerie de portraits assez haute en couleurs, dans un petit quartier de Madrid, Lavapiès, où se croisent  personnalités et rêves variés. A travers ce véritable portrait d’une société multiculturelle, Lucia Etxebarria nous montre que l’interculturalité ne va pas de soi. En effet, derrière ces deux termes si couramment employés, multiculturalité et interculturalité, deux notions différentes coexistent ou s’entrechoquent. Tel qu’à Lavapiès, quartier assez représentatif d’un quartier cosmopolite de grande métropole, la diversité culturelle n’est pas gage d’une vie en communauté sereine. Chacun se côtoie mais des séparations ou des tensions subsistent derrière une apparente mixité culturelle. Mais Cosmofobia n’est pas que cela. C’est également une chronique sociale trépidante, une toile impressionniste de la jeunesse madrilène, qui avec ses rêves et ses illusions, grandit dans un Madrid en perpétuelle mutation. Assez vite, le propos de Lucia Etxebarria revêt une certaine universalité. Entre auberge espagnole pour les personnages et Amélie poulain pour la vie de quartier, ce roman, écrit avec finesse et précision, nous projette littéralement dans Madrid et ses ambiances.

A voir !
Le site des Editions Héloïse d’Ormesson

Cosmofobia.
Lucia Etxeberria.
Editions Héloïse d’Ormesson.
382 pages. 23€. ISBN : 978-2-35087-052-6

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Jamie Cullum : Twentysomething & Catching Tales

jamie cullum

Un jazz groovy et dépoussiéré.

Non sans rappeler Harry Connick Jr, Jamie Cullum est un jeune artiste de talent audacieux, apportant une véritable fraîcheur dans le monde du jazz, tant par son interprétation que sa personnalité.
Petit génie, qui joue au piano et à la guitare dès l’âge de 8 ans, il attrape le virus du jazz dans son univers familial et développe une grande admiration pour des artistes tels que Dave Brubeck ou Oscar Peterson. Ses autres influences vocales sont de grands noms de la musique comme Nat King Cole, Franck Sinatra ou Tom Waits. Il perfectionne sa formation à Paris, où il joue dans différents clubs de jazz. Il sort son premier album à l’âge de 19 ans, Heard It All Before, qui rencontre un succès immédiat le faisant remarquer du bassiste Geoff Gascoyne. Cette rencontre aboutit à une coopération sur l’album de ce dernier, Songs Of The Summer. Sort alors en 2002, un deuxième album, Pointless Nostalgic, qui aboutit à la signature d’un contrat avec Universal Music … Twentysomething et Catching Tales  voient le jour. Ses textes sont pleinsde sagesse et de réalisme face au monde contemporain, tout en apportant sa jeunesse, son indépendance et sa volonté de faire bouger les choses, ce qui le rapproche assez d’un Billy Joel. Musicalement, il s’inscrit dans sa génération et revisite certains standards du jazz leur apportant un nouveau peps, une nouvelle flamme sans jamais les dénaturer. Mais le mieux reste encore de le découvrir par vous-mêmes.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Code Zéro de Ken Follett

code zéro1958. Le héros, Luke, se réveille habillé en clochard en gare de Washington. Il lui est impossible de se rappeler de son identité,et tout aussi troublant, de son passé … Guidé par un compère de misère Pete, qui lui affirme qu’il n’est qu’un clochard encore embrumé par les vapeurs d’une soirée un peu trop arrosée… Il rencontre lors d’une petit-déjeuner populaire, un prêtre. Celui-ci intrigué par sa capacité à résoudre des mots croisés complexes ainsi que par ses manières et sa diction « impeccables », lui met la puce à l’oreille : s’il est clochard, cela fait très peu de temps. Or Luke se découvre des réflexes mais également des connaissances qui l’intriguent … Filé par deux étranges personnages, pour lui cela ne fait aucun doute, il est devenu amnésique et cela n’a rien à voir avec le hasard. Pouquoi ? Dès lors, il part à la recherche de son identité perdue … Il est le Dr Claude Lucas et travaillait sur le projet Explorer I, dont le lancement est prévu dans 48h …

Tiré d’un fait réel – l’ajournement du lancement de la fusée Explorer I en pleine guerre  froide – , Ken Follett imagine une fiction trépidante d’espionnage. En effet, que s’est-il passé lors de ce fameux ajournement dont l’ensemble des informations ont été classées « top secret » par l’Etat américain. Il s’inspire également d’un projet développé par la CIA sur l’amnésie et la façon de la provoquer chimiquement chez un individu. Ken Follett propose ici sa version basé sur ce troublant mélange. Entre thriller et espionnage, l’écriture de Follett est un plaisir : les personnages fouillés et l’intrigue rebondissante. Un petit côté docufiction est donné au roman, avec quelques informations scientifiques distillées à chaque chapîte, en quelques lignes (3/4),- qui se veulent introductives et surtout pas rébarbatives. Son écriture « journalistique » voire cinématographique, donne lieu à de nombreux détails, tant visuels que psychologiques, qui guident le lecteur et le rend acteur.

Code Zéro
de Ken Follett
Editions Robert Laffont. Collection « Best-sellers »
320 pages. 21,20 €. ISBN : 2-221-08777-1

 

A voir !
Pour plus d’informations sur Ken Follett, vous pouvez visiter son site web en version française: http://www.ken-follett.com
L
e site des éditions Robert Laffont

Rendez-vous sur Hellocoton !

11 septembre … 1973

Voici deux documentaires très complets traitant de l’arrivée d’Augusto Pinochet au pouvoir et de l’assassinat du Président chilien Allende :

11 septembre 1973Chili, 11 septembre 1973, la démocratie assassinée. Récits et témoignages.
Eduardo Castillo. Edition Le Serpent à Plume.  246 pages. 13€. ISBN :2-84261-453-4

La présidence de Salvador Allende fut une période passionnée et passionnante.
Les discussions politiques rythmaient notre quotidien, tout le monde donnait son avis, les familles ou les amis se déchiraient avec violence. Quelque part, nous savions qu’il fallait vivre vite et intensément parce que ça n’allait pas durer longtemps… Tout en niant en même temps l’éventualité d’un coup d’État au Chili, cela paraissait impossible, les institutions étaient solides… Chaque Chilien a été l’acteur de sa propre histoire, un sujet à part entière, responsable de ses choix.
Chaque Chilien a été l’acteur de cette histoire collective, de cette  » révolution démocratique « . Dans ce livre, il y a des histoires individuelles et collectives, avec des souvenirs plus ou moins précis, des oublis plus ou moins volontaires, des mémoires plus ou moins sélectives.

11 septembre 197311 septembre … 1973
Hector Pavon, Préface de Ken Loach. Editions du Félin. 93 pages. 10.50€. ISBN : 2-86645-518-5

L’armée, appuyée par la CIA, cerne le palais présidentiel à Santiago, la capitale. À l’intérieur, le président démocratiquement élu Salvador Allende refuse de se rendre. Il se bat jusqu’au bout et finit par se donner la mort. Le général Pinochet prend alors le pouvoir. Il reçoit les félicitations du secrétaire d’État américain, Henry Kissinger. Plus de 3 000 personnes sont assassinées pendant les dix-sept ans que dure la dictature. Ce coup d’État symbolise l’imposition par la force du modèle néolibéral en Amérique latine.
Les mouvements guévaristes et marxistes sont écrasés. Des dictatures militaires se mettent en place, avec le soutien des États Unis. Les méthodes de déstabilisation et de propagande développées au Chili continuent d’être utilisées dans de très nombreux pays. Par son ampleur, par sa dramaturgie, la journée du 11 septembre 1973 constitue l’un des actes fondateurs de l’impérialisme américain.

Ce livre a été inspiré par le court-métrage du réalisateur britannique Ken Loach, intitulé  » 11 septembre… 1973  » de 2002:

Animation Flash
Rendez-vous sur Hellocoton !

L’Etrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde

jekyl.gifLe célèbre auteur de L’Ile au Trésor  change de style dans cette nouvelle gothique typique de la littérature anglaise du XIXe siècle.  Nous sommes en plein boom scientifique et les hommes commencent à percevoir les difficultés et les résultats imprévus causés par leurs recherches … Ce qui inspire de nombreux auteurs comme Mary E.Shelley (célébrissime auteur de Frankenstein).
R.L. Stevenson met très fortement l’accent sur le jeu de la société et du paraître source de nombreuses hypocrisies sociales … car malgré les progrès scientifiques et techniques, les auteurs gothiques gardent fermement à l’esprit que l’homme est un être duel, entre ombre et lumière, tendant vers le bien mais faisant aussi le mal.
Cet Etrange Cas, qui a acquis le titre de « classique » de la littérature, est cependant assez mal connu. Certes l’histoire bénéfice d’une forte notoriété mais est quelque peu galvaudée par les différentes représentations cinématographiques qui en ont été tirées, retenant plutôt l’aspect fantastique que l’étude psychologique réalisée par l’auteur.

L’Etrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde
Edition LGF.  Collection « Libretti ».
86 pages. 1.50€. ISBN : 2253147648

> Une récente adaptation BD dont j’apprécie beaucoup le dessin :  Docteur Jekyll & Mister Hyde de Kramsky et Malotti (Editions Casterman)

Rendez-vous sur Hellocoton !

J’étais derrière toi de Nicolas Fargues

Pour découvrir que je pouvais souffrir comme tout le monde et que ma soi-disant force mentale, mon soi-disant élégant détachement, ma soi-disant distance en toute circonstance, purement théorique, purement idéaliste, purement littéraire, que tout ça ne faisait pas le poids face à un vrai coup dans la gueule bien banal, franc et massif.

j'étais derrière toiLe long monologue de ce narrateur anonyme auquel le lecteur peut s’identifier est une prouesse car de bout en bout, il vous tient en haleine. Autant pour se « décrocher » d’un livre, souvent on compte sur la fin du chapitre, que là il est difficile de s’arrêter. C’est un livre fort, très intense dans lequel le héros passe en revue son couple et ses problèmes : marié, deux enfants, celui-ci cherche à combler sa femme, éternelle insatisfaite au caractère pas possible. Se sentant « emprisonné » dans son couple, la tentation de l’adultère se présente, il y résiste mais par honnêteté avoue à sa femme son flirt et lui annonce qu’il la quitte pour lui demander pardon 20 minutes après. Dans un désarroi total, impuissant face aux difficultés de son couple, il ne sait ce qu’il veut. Sa femme va lui faire chèrement payer cet écart, non sans envenimer la situation … Toujours amoureux, souhaitant retrouver l’amour de celle-ci, il se plie à ses exigences jusqu’à l’abnégation de soi. Cependant une rencontre lui redonnera espoir …
L’écriture de Fargues est incisive, directe voire crue, mais il laisse son personnage se livrer sans fard ni angélisme, avec une réelle sensibilité. Pour lui le face-à-face avec lui-même est arrivé : bilan de son couple, bilan de ces dix dernières années, bilan de ce qu’il est devenu, ce qu’il a perdu et de ce qu’il retrouve. C’est un livre émouvant car il reflète le fragile équilibre de la vie et les dégâts causés par la mort à soi-même. Histoire de la résurrection d’un homme en miettes.

J’étais derrière toi
Edition POL
216 pages. 17€. ISBN : 2-84682-131-3

Rendez-vous sur Hellocoton !

Cannibale de Didier Daeninckx

Nous avons longé la Seine, en camion, et on nous a parqués derrière des grilles, dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles. Leurs cris, leurs bruits nous terrifiaient. […] Au cours des jours qui ont suivi, des hommes sont venus nous dresser, comme si nous étions des animaux sauvages. Il fallait faire du feu dans des huttes mal conçues dont le toit laissait passer l’eau qui ne cessait de tomber. Nous devions creuser d’énormes troncs d’arbres, plus durs que la pierre, pour construire des pirogues tandis que les femmes étaient obligés de danser le pilou-pilou à heures fixes. […] J’étais l’un des seuls à savoir déchiffrer quelques mots que le pasteur m’avait appris, mais je ne comprenais pas la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse, devant notre enclos : Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie.

cannibaleCommandé à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, ce court roman vous plonge dans l’univers de l’Exposition coloniale de 1931 et retrace un fait divers authentique, méconnu et scandaleux : 111 Kanaks ont exposés au Jardin d’Acclimatation sous l’étiquette « pseudo-scientifique » d' »Hommes anthropophages » dans la section « zoo » de cette Exposition … Bien entendu, il va de soi qu’ils doivent jouer le jeu ! Ils sont sommés de terroriser les visiteurs avec des cris de sauvages, de troquer leur habit coutumier pour un simple pagne et de manger de la viande tout en supportant brimades et manque de respect. Une partie d’entre eux est envoyée à Hambourg afin de  » rendre service » au zoo qui « dépanne » l’Exposition en crocodiles … Seuls les Surréalistes, le Parti Communiste ainsi que la Ligue des Droits de l’Homme s’émeuvent du traitement réservé aux « exposés ».

Pour présenter ces faits, Daeninckx replace également le roman dans le contexte du mouvement indépendantiste kanak (FLKS) et des « troubles » – euphémisme employé couramment pour les désigner – des années 80. En effet, nous découvrons le principal protagoniste de ce roman, Gocéné, à un barrage lors de ces fameux troubles. Celui-ci est accompagné de l’homme qui lui a sauvé la vie à Paris, mais qui se voit refouler par les gardiens du barrage, car Français et donc peu propice à comprendre la cause Kanak. Il s’agit alors pour Gocéné d’expliquer à ces jeunes passionnés, ce qui s’est passé lors de cette Exposition coloniale … Lancés dans une course contre-la-montre pour retrouver leurs camarades expédiés en Allemagne, Gocéné et son compère Badimoin, découvre le Paris des années folles, le « pot-aux-roses » de ce transfert, la cruauté mais aussi le courage d’autrui.
Daeninckx alterne histoire passée et histoire actuelle, multipliant les flash-backs de Gocéné. Ces ponts entre passé et présent plongent cette Exposition et les troubles dans un lien de cause à effet. Bien entendu, seule cette Exposition n’a pas suscité le désir d’indépendance des Kanaks, mais l’ensemble des méandres de l’histoire coloniale de la France en Nouvelle-Calédonie.

Le principal reproche fait à ce livre est sa brièveté, assez rythmé, il est d’une intensité émotionnelle grandissante.

Cannibale
Edition Gallimard. Collection « Folio » N°3290.
107 pages. 3.50€. ISBN : 2-07-040883-3

Rendez-vous sur Hellocoton !
Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers:

%d blogueurs aiment cette page :