Mois : octobre 2007

Sous le néflier de Jacques Serena

On se fait toujours plus d’illusions sur son passé que sur son avenir, c’est connu.

sous le néflierCe roman peut être lu comme une sorte de journal intime « psychique » : rien n’est écrit et le narrateur ne se livre pas à un interlocuteur précis. Aussi le flot de l’écriture suit la cascade impétueuse des pensées du personnage principal, surnommé « Jack, Jack » par sa compagne, dont on ne sait que peu de choses. Celui-ci écrivain est très sollicité pour des interventions en bibliothèques. Suite à une opération de la bouche dont on ne saura jamais rien – pour quelle maladie et quels effets antérieurs sur son couple -, l’anti-héros est sommé de renouveler son style de vie, ce qui se traduit concrètement par la nécessité d’abandonner ses préceptes rigides, qui le force à tenir les cordes de la bourse familiale tel « un rat » et à commettre quelques négligences vis à vis de sa compagne.
Dès lors, nous suivons ses péripéties : perte de l’être cher, colère et deuil, mimétisme et pardon, retrouvailles de soi et de l’autre. L’écriture ne rend pas aisé le suivi du personnage. Son bouillonnement intérieur est très bien représenté sous cette plume vive, quasi-chaotique … au point de se demander si ce n’est pas d’une maladie psychique qu’il souffre plutôt que d’une réelle maladie de la langue. Mais ici psychisme et langage sont fortement liés. Prisonnier de ce premier, il lui est difficile d’amadouer et de maîtriser le second, avec les problèmes que cela pose : entre mutisme et débordement volubile, les actes manqués et les dérapages peuvent se multiplier. Dès le départ, la symbolique du langage est posée de façon très forte : opéré de la bouche, cet écrivain qui manie les mots et intervient lors de lectures publiques, est en fait un bien piètre communiquant. Maîtriser la langue et maîtriser le langage sont deux choses bien distinctes. Tempérer sa langue évite bien des conflits et l’art de la dialectique peut nous empêcher de tomber dans de cruelles situations. Un roman qui tient en haleine car nous ne savons pas quels sentiers l’auteur veut nous faire emprunter, avec un très beau travail sur la symbolique de la bouche et du langage, qui porte à réflexion.

Sous le Néflier
Jacques Serena
Edition de Minuit
176 pages. 13.80€. ISBN : ISBN : 9782707319968

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Préludes, fougasses et variations

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de Philippe Beaussant.

Philippe Beaussant en parle très bien alors pourquoi ne pas le laisser faire ?

« Les musiciens sont bons cuisiniers : c’est un fait.
Et c’est justement fort de cette expérience, pour avoir vécu trente ans au milieu de flûtistes, de clavecinistes, de violonistes et de joueurs de viole de gambe, que j’avais composé Mangez baroque et restez mince, à l’aide des recettes favorites de mes amis musiciens et baroqueux. Préludes, fougasses et variations est une sorte de tome II par lequel je propose à ceux qui apprécient les bons sons et les bons goûts de s’embarquer vers l’île aux trésors de la gastronomie et de l’amitié.
Ce n’est pas un livre de cuisine au sens habituel de l’expression, c’est le recueil de ce que des musiciens que vous aimez aiment faire et déguster. » Philippe Beaussant

Non seulement, le palais est en joie, mais ce livre est également un régal de lecture, anedoctes culinaires et belle écriture sont au rendez-vous … Une autre façon de voir la cuisine comme un art de vivre à partager entre amis et à savourer sur des airs baroques.

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La baie d’Alger de Louis Gardel

Tant et tant de Français et d’Arabes, pris dans l’engrenage de leur histoire, s’étaient retrouvés dans des camps qu’ils n’auraient pas choisis, si, par on ne sait quel miracle, la raison et le coeur avaient encore eu droit de cité.

baie d'algerCe livre autobiographique, de l’auteur du célèbre Fort Saganne et scénariste d' »Indochine », est un magnifique portrait amoureux de l’Algérie, mais aussi de sa grand-mère, une femme au caractère hors du commun, avec un peps communicatif et envoûtant. Pleine d’entrain, elle vous livre une splendide leçon de vie et de courage. A la fois initiatique et « historique » par son témoignage sur l’indépendance de l’Algérie, Gardel transmet la mémoire des pieds-noirs, à l’âge où les premiers émois, les amitiés fortes et les passions semblent pérennes. La beauté de ses souvenirs sont retranscrits avec délicatesse et la complexité de l’Histoire à laquelle il assiste et prend part est livrée avec intelligence, abordant tout cet univers bouleversé et ses protagonistes avec simplicité et justesse. Un livre à la recherche du temps perdu … qui se lit avec émotion. Mon coup de coeur de la rentrée.

La Baie d’Alger
Louis Gardeil
Edition du Seuil
246 pages.18€. ISBN : 978-2-02-034889-8.

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Centenaire de la naissance de Frida Kahlo

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Ce centenaire est l’occasion de redécouvrir l’oeuvre de ce peintre surréaliste mexicain. Une peinture poétique, mais également dure comme peut l’être la vie. En effet, les épreuves n’ont pas épargné Frida Kahlo.

Après un dévastateur accident de tramway dont elle ne se remettra jamais physiquement, Frida redécouvre pendant sa convalescence la peinture. Les opérations se succèdent et se considérant comme une charge pour sa famille, elle cherche à recouvrir son autonomie. Afin de ne pas perdre de temps avec la peinture si elle n’est pas faite pour cela, elle demande son avis à un autre célèbre peintre mexicain, Diego Riviera, muraliste. Convaincu de son talent, elle évolue alors dans le milieu de l’artiste. Partageant le même atelier et la même foi dans le communisme, ils se marient. Une vie conjugale qui sera trépidante, marquée par l’infidélité de Diego, celle de Frida, l’impossibilité d’avoir des enfants, un séjour à « Gringolandia », la rencontre avec Trotski, un parcours artistique qui sort de l’ombre de son mari et la reconnaissance des Surréalistes menés par André Breton. Le portrait d’une femme qui n’a jamais cessé de souffrir mais aussi de lutter, au caractère bien trempé ! Mais Frida est également un peintre reconnu de son vivant, qui verra la mise en place d’une rétrospective de son oeuvre dans son cher pays natal, peu de temps avant sa mort. Petite anecdote qui illustre bien le tempérament et la force de Frida : le médecin lui ayant interdit de quitter son lit – et donc ne pouvant assister à sa rétrospective – elle fera déplacer son lit au lieu d’exposition … sans le quitter !

Frida, de Julie TaymorParmi mes coups de coeur documentaires sur ce peintre, il y a la biographie de Frida Kahlo par Hayden Herrera, qui montre bien son difficile et attachant parcours, son extrême force et sa sensibilité de femme loin d’être épargnée, qui se traduit dans ses toiles, souvent qualifiées de « dures », qui pour
certains ne sont pas esthétiques, mais tellement porteuse de sens et de douleur.A voir également le film qui en a été adapté :
Frida, de Julie Taymor, avec une excellente Salma Hayek, qui livre une composition tout en justesse. Une reconstitution fidèle, servie par une magnifique bande-originale
(superbe Burn It Blue de Caetano Veloso), et des trouvailles de toute créativité pour animer les toiles.

Frida
Hayden Herrera
LGF éditeur. Collection « Le livre de poche » N°4573
704 pages. 8€. ISBN : 2253145734

Frida, Gallimard DécouvertesPour une découverte plus rapide mais assez complète,
le N°512 de la collection « Gallimard Découvertes ».


A lire également pour approfondir :

Diego et Frida
Jean-Marie Gustave Le Clézio
Frida Kahlo par Frida Kahlo Edition Gallimard. Collection « Folio » N°2746
308 pages. 7.20€. ISBN : 2070389448

Frida Kahlo par Frida Kahlo
Edition Bourgois.
28€. ISBN : 2267019353

Friad, éditions TaschenPour découvrir son oeuvre, l’excellente, concise et
abordable édition Taschen :

Frida Kahlo
Andrea Kettenmann
96 pages. 6.99€. ISBN : 3822859427

Frida Kahlo, éditions Palette
Pour les enfants, aux éditions Palette :
Frida Kahlo.
Edition Palette. Collection « L’art et la manière.
17€. ISBN : 291571018X

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La femme du Ve de Douglas Kennedy

C’est ce qui rend une rubrique nécrologique si troublante à mes yeux. Savoir qu’il y a toujours une autre histoire derrière ces quelques lignes, une histoire faite de toutes les complexités et de tous les secrets qui constituent une vie humaine. Se dire qu’un jour ou l’autre, votre vie sera elle aussi condensée en quelques mots… si vous avez cette chance.

la femme du VeCe roman noir teinté de fantastique est effectivement assez surprenant. Tout d’abord loin de clichés communs sur un Paris glamour et romantique, cet auteur américain dépeint un quartier et un environnement de la capitale, qui change de l’angle couramment utilisé par la littérature étrangère : affaires louches, règlements de compte, univers des immigrés clandestins confrontés à des réseaux exploitant leurs statuts pour effectuer de basses besognes ou les exploiter. En somme : un Paris glauque des sous-sols et des chambres de bonnes.

Le personnage de Harry est pour le moins attachant, ballotté par des évènements qu’il n’a pu contrôler, il tente de réaliser son rêve en devenant écrivain à Paris. On ne sait rien de lui, sauf que tout a commencé « l’année où [son existence] s’est écroulée » et l’auteur distille patiemment et habillement les éléments de la vie de Harry, si bien que nous avons du mal à le cerner : en fuite pour quels motifs ? de quoi est-il coupable ? Déjà le thème fort de la culpabilité qui hante ce roman apparaît subrepticement. Peu à peu, son installation prend forme même si on peut se demander comment Harry n’arrive pas à se débrouiller mieux que cela (il peut bénéficier du réseau d’un ami, s’appuyer sur les ambassades etc.), et se laisse ainsi roulé dans la farine. L’intrigue prend un autre relief avec l’introduction du personnage féminin, Margit, femme mystérieuse, qui arrive à point nommé dans la vie de Harry. De rencontres en confidences, ils se dévoilent : l’un victime d’une manigance tragique éhontément préparée par l’amant de sa femme, l’autre femme comprise dans un accord adultérin vénal, veuve et mère inconsolable après la disparition de sa famille. Un point en commun : le sentiment de culpabilité mais aussi un désir plus ou moins vif et conscient de vengeance. Le thriller est jusque-là bien mené, rythmé même si certains passages peuvent paraître un peu long, mais nécessaires à la mise en place de l’intrigue.

Celle-ci rentre dans un 3e temps. De confessions en confessions, la vie de Harry prend une tournure cauchemardesque et quelque peu … fantastique. Les étranges coïncidences, mises en avant par l’éditeur, se multiplient effectivement, et peut-être beaucoup trop … le lecteur alors adhère ou pas au scénario proposé. La solution de l’intrigue pointe le bout de son nez assez tôt, ce qui est un peu décevant et flagrant surtout le lecteur  est un fervent adepte des thrillers ou des fantastiques. L’étude de la culpabilité et de la vengeance reste bien traité. Quant au fantastique et à la place de la femme dans le fantastique, il rappelle Les Diaboliques de Barbey d’Aurévilly ou Le Roman de Théophile Gautier où la femme sensuelle et onirique reste puissante, voire maléfique. Cependant, le mélange des deux genres ici me laisse dubitative. Un bon roman, mais qui comporte pour moi, une faiblesse : une fin incompréhensible, un peu légère et convenue. En tout cas, je vais relire Barbey d’Aurévilly et Gautier pour le plaisir de la langue. Peut-être un mauvais choix pour découvrir cet auteur.

Le Femme du Ve
Douglas Kennedy
Editions Belfond
377 pages. 22€. ISBN : 978-2-7144-4992-4

 

A voir !
Pour lire le premier chapître sur le site officiel de Douglas Kennedy (en français)
Le site de Douglas Kennedy

 

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