Mois : janvier 2010

Week-end pour les bédévores …

Ça y est, ce week-end le festival de BD d’Angoulême va sévir ! Les bédévores de tout poil vont pouvoir découvrir et rencontrer de nouveaux auteurs, participer à des ateliers et des conférences. Comme chaque année, le festival va faire le plein, et pour y partir en vadrouille, un regard sur le foisonnant programme vous aidera à choisir votre propre parcours : classique, indépendant, manga, jeunesse ou incontournable, de 7 à 77 ans, soyez certains de trouer votre bonheur.

Que nous réserve le cru 2010 ? Les BD en compétition reflètent l’étonnante production éditoriale actuelle. A vos pronostics !

je mourrai pas gibierConcernant la sélection officielle, mon coup de cœur se porte sur « Je mourrai pas gibier » d’Alfred. Cette BD vous coupera le souffle et les mots. Je l’ai lu il y a quelques mois déjà et tant elle est bouleversante, cruelle, dure – elle est tirée d’un fait divers réel, déjà restitué par les mots de Guillaume Guéraud dans le roman éponyme. Je  n’ai pu la chroniquer plus tôt, car un certain sentiment de malaise demeure une fois la BD fermée : il est impossible de cautionner un meurtre … même celui d’un assassin ? Ou pire de plusieurs assassins …
L’histoire ? Mortagne est une petite commune comme tant d’autres, morne avec sa vie de village, ses notables, ses petites histoires et cancans, sa bande jeunes … et son « pleupleu » son idiot, son simplet, celui-là même qui est rejeté par tous parce que … parce que quoi d’ailleurs ? Bizarre, hors normes … ou tout simplement hors de leur système de valeurs, de leur mode de vie. Terence est le pleupleu de cette bourgade. Le narrateur, Martial, est un jeune homme comme certainement beaucoup d’autres dans ces villes closes, qui rêve de s’en échapper et de quitter cet étau ronflant du quotidien, ce poids de l’inéluctable : tu nais à Mortagne, tu travailles à la scierie de Mortagne, tu te maries et vis à Mortagne, tu meures à Mortagne. Lui, par contradiction et révolte, se lance dans la mécanique « ailleurs ». Malgré ses allers-et-retours, il étouffe toujours autant, face à la violence tacite ou implicite qui y fait fureur. Ces voyages entre Mortagne et son lycée sont l’occasion pour lui de lier sur le chemin qui le sépare de son arrêt de bus à son village avec Terence. Ce bout de chemin parcouru ensemble n’est pas l’occasion de grands débats, non la communication ne se fait pas à ce niveau là. Il s’agit véritablement de deux êtres humains qui se rencontrent, et partagent simplement ce qui se présente sur leur route, là un paysage, ici un chant d’oiseau. Un jour, Terence n’est pas au rendez-vous. Le frère du narrateur et un ami, ex-taulard plutôt violent, se sont amusés avec lui … « Des raisons, on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises. En pagaille ».

picobo.jpgConcernant la sélection jeunesse, mon choix porterait sur « Pico Bogue » qui demeure mon coup de foudre de l’année en la matière … avec une petite mention spéciale « à découvrir ou à relire » pour la série « Raghnarok » que je suis depuis sa parution et qui arrive à se renouveler et à surprendre encore à chaque tome.

A voir !
un interview d’Alfred
feuilleter sur le site des éditions Delcourt Je ne Mourrai pas gibier
ma chronique de Pico Bogue
le programme complet du festival d’Angoulême, les prix et les BD en lice

Rendez-vous sur Hellocoton !

Alzabane récidive …

Les deux derniers tomes de la collection « Histoire d’en rêver » offrent des chroniques du temps jadis, qui passe au fil du rasoir les petits travers de notre humanité …
Les Maîtres parleurs  navigue entre une certaine mansuétude pour ces personnages fort peu attachants,dont l’égo n’a d’égal que la vacuité des propos et la causticité des Caractères de La Bruyère avec une galerie de portraits fort peu flatteuse pour cette cour sans âge, où se côtoient les « sept plaies » de notre monde incarnés par un alchimiste (les scientifiques), un argentier (les banquiers et financiers), un magistrat (les politiques), un archiprêtre (les religions), un automate (l’informatique et la technologie), une harpie madone (la mode et le culte de la beauté) et un Fou (les journalistes ). Il s’agit là d’une véritable fable sur la parole, merveilleusement illustrée par cette citation de Molière tirée du Malade Imaginaire : « Entendez-les parler : les plus habiles gens du monde. Voyez-les faire : les plus ignorants de tous les hommes. »
Quant à la Chronique du bon roi Philibert, le pouvoir de la parole est abordé très différemment dans cette fresque médiévale. Ce roi fainéant, peu apprécié de ses sujets, fait d’étonnants rêves qui sont contés à peuple et qui lui vaudront la popularité. Evidemment, ce soudain engouement n’est pas sans créer des jalousies auprès de tristes sires ambitieux. Un sinistre complot ourdi par ces derniers va plonger l’imagination du Roi dans une léthargie profonde … avant que d’autres songe surgissent, tourmentés et inquiétants … A désirer si ardemment le pouvoir, le Roi aurait-il vendu son âme au diable ?
A nouveau, les éditions Alzabane montre qu’il est possible de rêver, de réfléchir, de grandir et de découvrir une noble langue dans des récits étonnants et haletants. Ces deux tomes offrent également la joie de découvrir un jeune talent, l’illustrateur bruxellois Jonathan Bousmar, dont le dessin précis et coloré est parsemé de petits détails burlesques, à chercher à chaque page et qui raviront les petits curieux … et en attendant, découvrez leur bande-annonce (quelle belle idée ! ) :
flv_medium_play_1612826_2166445.jpg

flv_medium_play_1640903_2209159.jpg

Chroniques du bon roi Philibert
Les Maitres parleurs
Jean-Sébastien Blanck / Jonathan Bousmar
Editions Alzabane. Collection Histoire d’en Rêver.

A voir !
Le site de Jonathan Bousmar
Le site des éditions Alzabane

A redécouvrir !
L’oiseau des Steppes
La Vigne qui aimait le lierre et autres fables
La feuille et son vent suivi de Goliath ; Le porteur de bonnes nouvelles suivi de Côté jour, côté nuit
L’un et l’autre ; Un ver sous les étoiles ; Alzabane, l’oiseau de nuit

Rendez-vous sur Hellocoton !
Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers:

%d blogueurs aiment cette page :