Mois : juillet 2010

Toxique de Françoise Sagan

J’essaye désespérément de ne pas tricher, mais il suffit d’y penser pour que ça commence. La seule solution est d’attendre que ce soit vraiment douloureux. Et non pas prodigieusement énervant comme maintenant. Je m’épie : je suis une bête qui épie une autre bête, au fond de moi

toxiqueLe « charmant petit monstre » de la littérature, l’auteur de l’inoubliable « Bonjour Tristesse’, Françoise Sagan, a toujours brûlé sa vie par les deux bouts : soirées festives, voyages, plaisir du jeu et des cartes, alcool et petits bolides… Cet amour pour la belle mécanique la « conduite ambulance » lui vaudra un accident assez spectaculaire en 1957, au volant de son Aston Martin, suivi d’une longue période rééducation et d’une polynévrite (inflammation des nerfs) qui la fera atrocement souffrir. Elle reçoit donc quotidiennement du Palfium 815, un succédané de morphine, auquel elle développera une accoutumance très rapidement. Devenue totalement dépendante et donc « droguée », elle part suivre une cure de désintoxication au cours duquel elle rédige un journal de bord, ce journal publié sous le nom de Toxique. Initialement non destiné à la publication, mais simplement à accueillir les pensées de l’auteur en proie au manque, aux crises de doute et d’angoisse, ce journal de bord livre « en brut » ce parcours de désintoxation douloureux, cette épreuve terrible et salvatrice, même si comme nous le savons l’auteur a replongé dans les paradis artificiels croyant vaincre ainsi l’ennui. Il est en plus illustré par son ami, le peintre Bernard Buffet, dont les dessins en noir et blanc renforcent l’atmosphère oppressante et torturée du récit, poignant et profond, véritable plongée dans les affres de la drogue mais aussi de la recherche de soi.

Toxique.
Françoise Sagan.
Editions Stock.
76 pages. 15€. ISBN : 978-2-234-06367-9

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Mère disparue de Joyce Carol Oates

La dernière fois que vous voyez quelqu’un sans savoir que ce sera la dernière fois. Et tout ce que vous savez maintenant, si seulement vous l’aviez su alors. Mais vous ne saviez pas, et maintenant il est trop tard. Et vous vous dites Comment aurais-je pu savoir, je ne pouvais pas savoir. Vous vous dites.

Je raconte ici comment ma mère me manque. Un jour, d’une façon qui ne sera qu’à vous, ce sera aussi votre histoire. »

mère disparueNikki Eaton est une jeune journaliste trentenaire, dotée d’un tempérament de feu, indépendante et iconoclaste. Entretenant une liaison avec un homme marié, liaison  désapprouvée par sa famille, elle demeure néanmoins l’éternelle petite soeur sur qui son aînée Clare veut avoir le dessus, et une des précieuses filles, de Gwen « Plume » Eaton. Cette jeune veuve – elle n’est que quinquagénaire – croque la vie à pleine dent et cherche en toute humilité à partager de la joie et du réconfort à son entourage ou aux inconnus en difficultés, paumés ou esseulés, auxquels la société ne semble pas s’intéresser. Son apparent conformisme et sa douceur extrême qui confine à l’effacement en font une personne très appréciée et entourée. Débordante d’énergie et avec un sens de l’hospitalité hors du commun, elle réunit donc filles et nouvelles amitiés pour la Fête des Mères. L’oeil goguenard et critique de Nikki ne manquera pas de cerner les failles de ces invités hétéroclites. Elle sera quitte d’ailleurs pour se fâcher gentiment avec Gwen, à propos de son « ami marié ». Ainsi elle décide-t-elle « Je vais la punir, je n’appellerai pas demain. Peut-être le jour d’après. Peut-être pas. »

Ce sera le dernier jour que Nikki verra sa mère vivante. Le lendemain, après un appel inquiet de Clare, elle se rend chez elle pour s’assurer que tout va bien … Et y découvrir Gwen assassinée. Cette mort aussi subite, brutale et douloureuse sera un long chemin vers la reconstruction de Nikki, et surtout une redécouverte de sa mère à travers les témoignages et les souvenirs, une femme inattendue et secrète, qui fut également une jeune enfant, une jeune amante avant d’être une maman dévouée.

Nul ne peut imaginer la terrible douleur qu’est la perte d’un de ses parents avant de la vivre. Cette indicible douleur est là retranscrite par les mots arides de Joyce Carol Oates, dans cet ouvrage dédié à sa propre mère. Sa plume toujours aussi vive et percutante révèle une fragilité touchante, une analyse toujours aussi fine et aiguisée des rapports humaines (non seulement la relation mère-fille y est décryptée avec finesse, mais il en est de même pour les relations entre soeurs). Quelques petites longueurs concernant les amours de Nikki rompent un peu le rythme de cette recherche sur sa mère, mais l’ensemble demeure enlevé, profond et terriblement émouvant. Encore un beau roman de cet auteur décidément incontournable de la littérature américaine contemporaine, qui publie également sous les noms de Rosamond Smith et Lauren Kelly.

Mère disparue.
Joyce Carol Oates.
Editions Philippe Rey.
492 pages. 22,80€. ISBN : 978-2-84876-095-7

A lire !
Le site des Editions Philippe Rey

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