Mois : août 2011

Hymne de Lydie Salvayre

« On dit qu’il était timide. 

Qu’il avait le charme efféminé des timides.

Leur douceur.

On dit qu’il approuvait courtoisement les conneries qu’on lui expliquait plutôt que d’en débattre. Qu’il était incapable de dire non. Qu’il était incapable de soutenir un regard hostile. Que lorsqu’il parlait il mettait la main devant sa bouche, comme pour s’excuser de l’ouvrir.

On dit qu’il l’ouvrait peu.

hymne lydie salvayreet pourtant à 8h00 du matin, le 18 août 1969, Jimi Hendrix va l’ouvrir. Et pas qu’un peu.

Il clôture le festival de Woodstock, quatre journées de musique non-stop, avec l’hymne national américain. Et quel hymne ! The Star-Splangled Banner, réinventé, détourné, dans une interprétation free-jazz qui révolutionne sa musique. Lui, dont le producteur souhaite le cantonner à son image rock, glamour et sexy, tellement vendeuse. Lui, qui depuis le mois de juillet, travail avec des musiciens de son choix, au sein des Gypsy Sun & Rainbows, lui qui souhaite tant s’orienter vers le jazz, et enfin tourner la page de Hey Joe … Il va se livrer entièrement dans cette interprétation, véritable pamphlet musical, dans lequel l’on peut entendre les bombes qui éclatent au Viet-Nam …

Il n’est alors pas tendre avec son pays natal, qui lui mena la vie dure dès son plus jeune âge, lui le métis, né d’un père noir et d’une mère d’ascendance Cherokee. Et c’est en Angleterre que son talent éclatera au grand jour, le portant aux nues en moins de deux mois … Les tournées vont s’enchaîner, pressé de plus en plus par un manager sans vergogne, qui lui filera dope et stimulants pour que son poulain tienne le choc, jusqu’à celui-ci perde l’âme de sa musique et, se lance dans une dernière estocade, un ultime geste de liberté de prise de contrôle de sa vie avec Gypsy Sun & Rainbows …

Après avoir eu pour objet d’écriture, son compagnon, l’éditeur Bernard Wallet, créateur des éditions Verticales, Lydie Salvayre s’attaque au mythe Jimi Hendrix.

Puissant sujet celui de ce mythe de la musique, et tâche rude s’il en est que d’écrire ce moment furtif, à la charge émotionnelle  intense, ce 18 août 1969 …  Comment donc effectivement ne l’aborder que sous la forme d’un hymne, d’une louange longue et profonde. Bien sûr, ce roman flirte avec la biographie, un tantinet, juste le sel suffisant pour appréhender le génie, même si elle n’en est pas le but premier … L’on comprend mieux au travers de ce parcours, que ce moment était ne pouvait être autrement fort, que sur cette scène Jimi Hendrix, mit tout son être, toute son histoire, mais aussi toute l’histoire de ses semblables, de ceux noirs interdits de s’asseoir dans les bus américains, de ce monde qui après la ferveur et l’optimisme des années hippies, continue à déchanter et à voir poindre un monde non pas meilleur, mais un monde toujours en guerre, plaçant le commerce au coeur de tout, y compris de la musique, dont Hendrix, tout comme Elvis, représente une icône du star-system, broyé par la volonté de fer d’un homme de commerce et non d’art.

Avec des intonations justes, Lydie Salvayre développe une longue mélopée, rythmée et musicale, qui nous plonge instantanément à la charnière de ces deux mondes, les années 60 triomphantes et les années 70 désenchantées. Son portrait amoureux et passionné d’Hendrix ne perd pas de son souffle jusqu’à la dernière page.


Jimi Hendrix -The Star Spangled Banner… par rehearsais

Hymne
Lydie Salvayre.
Editions Le Seuil.
240 pages. 18€. ISBN : 978-2-02-098555-0

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Syngué Sabour d’Atiq Rahimi

La pierre t’écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate. […] Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines.

syngue sabourGoncourt 2008, Singué Sabour du poète Afghan Atiq Rahimi, dépasse les frontières, lève sa voix contre les guerres et barbaries en tout genre, qui mettent en deuil et dévastent son pays, et bien d’autres nations.

Dans ce huis-clos, nous sommes dans une chambre bleue, vide de tout meuble, excepté un portrait d’un homme jeune qui orne un des murs. Un matelas est sur le sol, sur lequel gît un homme, cet homme du portrait, plus vieux, ni vraiment vivant, ni tout à fait mort, dans un coma au rictus figé, relié à la vie par une simple perfusion d’eau salée-sucrée. Une femme est à ses côtés, et prie constamment. Elle le soigne, le caresse, prie et cale sa respiration sur celle de son mari.

En-dehors de la pièce les enfants jouent ou cherchent à rentrer; en dehors, c’est le chaos, la guerre, tantôt latente, tantôt virulente. La femme fait tout ce que le Mollah lui dit, prier les 99 noms d’Allahs pendant 99 jours, un par jour … Cela a débuté, il y a seize jours. Seize jours de prière intense, et rien ne semble indiqué un mieux dans l’état de ce soldat, au rictus figé, aux yeux ouverts et secs. Rien ne semble changer, sauf dans le coeur et l’esprit de cette femme … 16 jours et petit à petit, celle-ci se libère et se livre à son mari, dans un flot de paroles de plus en plus dense et de plus en plus grave, le bilan d’un mariage forcé et d’une union sans amour, ni tendresse, des rêves inassouvis, sur fonds de perpétuelles guerres fratricides.

Dans ce conte métaphorique, Rahimi rapporte la douleur universelle de la guerre et des luttes fratricides interminables qui rongent des pays entiers. Il donne surtout voix au chapitre à ses femmes « d’Afghanistan ou ailleurs » si peu libre de leur choix, cohorte dont la révolte est tue par une violence sourde quotidienne. Les phrases courtes, la rythmique des mots, donne une musicalité toute particulière au récit, dont la teneur et la force s’amplifient au fur et à mesure que cette femme ose élever la voix.

Atiq Rahimi, est réalisateur et poète afghan. Syngué Sabour est son premier roman en français.

Singué sabour (Pierre de Patience).
Atiq Rahimi.
Editions POL.
150 pages. 12€. ISBN : 978-2-84682-394-4

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La vie d’une autre

Vous connaissez sûrement l’histoire extrêmement bourgeoise que l’on raconte sur la longévité des couples : c’est un petit vieux et une petite vieille de quatre-vingt-seize et quatre-vingt-dix-huit ans qui demandent le divorce. Et l’avocat étonné leur demande :  » Pourquoi divorcer après tant d’années de vie commune ? » Le plus sérieusement du monde, ils répondent :  » On attendaient que les enfants soient morts. » C’est terrible, dis-je tout en riant. Oui, c’est effectivement ce qu’on pense quand on nous la raconte. Et elle fait plus ou moins rire selon les personnes. Mais notez tout ce qu’il y a d’espoir sur la vie qui reste. Et c’est cela, Marie, que dit cette histoire plus philosophique qu’il n’y paraît : à tout âge, quelles que soient les convenances stupides d’un environnement ou d’une morale, on a encore droit au bonheur quand on s’est trompé.

la vie d'une autreC’est une belle nuit de mai 1988. Marie, 25 ans, rencontre le séduisant Pablo au cours d’une soirée où l’on arrose son embauche et son premier vrai job, dans une société de production de TV. Ils tombent sous le charme l’un et l’autre et passe le nuit ensemble.
Elle se réveille le lendemain, avec le souvenir très fort de cette nuit … Pablo n’est plus à ses côtés, mais passe dans la chambre l’embrasser avant de partir travailler et lui presse d’emmener les enfants à l’école. Mais quels enfants ? Sous le choc, Marie commence la première journée de sa nouvelle vie, sa première journée amnésique, car elle se réveille en mai 2000, 12 années se sont écoulées depuis la nuit de la rencontre, 12 années dont elle ne souvient pas.
Elle doit alors apprendre rapidement à amadouer son reflet dans le miroir, connaître sa propre vie (tiens paraît-il qu’elle savait danser le tango et parler russe), faire connaissance avec ses enfants (mais pourquoi ne pas se souvenir de ces trois bambins ?), et gérer sa relation avec Pablo, pour elle débutante, encore sous le charme des premiers émois … et continuer sa vie, mais quelle vie ? Comment cela peut-être possible et quel est l’étrange pacte dont parle Pablo et dont elle n’a aucun souvenir ?

Sous couvert d’une amnésie totale, fait extrêmement rare mais tout à fait probable, Frédérique Deghelt passe au scalpel un couple envié de tous.

Là sous le propre regard de Marie, principale protagoniste, qui lit et relie tous les éléments de sa vie actuelle, avec son regard de jeune femme de 25 ans, idéaliste et entière, puisque pour elle ces dernières 12 années n’ont pas existé pour elle … ce qui provoque un décalage inévitable avec son entourage. Mais Marie apprend vite, si bien, qu’elle pourra cacher son secret, le temps de s’apprivoiser …

Son enquête la mènera effectivement à redécouvrir ce qu’elle fut avant cette amnésie, une jeune femme en pleine réussite, maman de trois adorables enfants, au couple sur la tangente, qui malgré l’admiration ou l’envie des uns et des autres, ne faisait plus illusion dans l’intimité …

Le regard acéré de Frédérique Deghelt ne fait aucune concession sur le temps qui passe et les dissensions qui naissent, les compromis qui tournent en compromissions et les cocons qui deviennent des carcans.

imageA voir !
Le site officiel de Frédérique Deghelt

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Commentaire de Strassenstock

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Bonsoir, bravo et merci beaucoup pour ces articles si instructifs et bien écris… Je reviendrai! Bonne continuation, bonnes lectures…

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Into the Wild

Je pense que tu devrais radicalement changer ton style de vie et te mettre à faire courageusement des choses que tu n’aurais jamais pensé faire, ou que tu as trop hésité à essayer. Il y a tant de gens qui ne sont pas heureux et qui, pourtant, ne prendront pas l’initiative de changer leur situation parce qu’ils sont conditionnés à vivre dans la sécurité, le conformisme et le conservatisme, toutes ces choses qui semblent apporter la paix de l’esprit, mais rien n’est plus nuisible à l’esprit aventureux d’un homme, qu’un avenir assuré.

into the wildChristopher MacCandless est un jeune homme brillant, plein d’idéaux et promis à un avenir radieux. Ce sont ces mêmes idéaux qui vont le pousser à rompre avec un avenir tout tracé, à quitter sa famille, pour se rapprocher de son rêve, fait de dépouillement et de communion avec la nature. Prenant seul la route sous le pseudonyme d’Alexander Supertramp. Ce « voyage au bout de la solitude » est un voyage vers l’absolu. Pur et virginal, nullement entâché par l’activité, les désirs de pouvoir ou de conquête de l’homme, un monde dans lequel celui-ci évolue humblement parmi une nature sauvage et insensible.  Il traversera les Etats-Unis avant de se rendre en Alaska pour une ultime aventure, lors de laquelle il y laissera la vie.

Jon Karakauer, écrivain et journaliste au sein de la revue Outside,  revient sur le périple de MacCandless. Suite à un grand travail de recherche, il le restitue, suivant son carnet de voyage et des témoignages de personnes ayant croisé son chemin, partagée quelques moments de son existence. Ce portrait par petites touches est renforcé par des extraits de livres aimés et surlignés par MacCandless (Thoreau, Tolstoï, London, Pasternak …) lors de son voyage, extraits qui dévoilent l’essence même de ce périple et de ses idéaux. Krakauer jette également de nombreux ponts entre sa propre expérience d’alpiniste (il gravissait avec son équipe le Mont Everest en 1996, expérience qui fut un désastre, et dont  il reviendra atteint du syndrôme des survivants, huit autres alpinistes ayant trouvé la mort)  et celle d’autres doux rêveurs, qui avant MacCandless se lancèrent dans de telles chimères.

Ce récit de voyage a été adapté par Sean Penn au cinéma en 2007. Krakauer a également écrit sur sa propre aventure au Mont Everest dans Tragédie à l’Everest.

Animation Flash
Into the Wild
Bande annonce vf publié par CineMovies.fr – Les sorties ciné en vidéo

A lire également !

Croc-blanc, Jack London
Le Bonheur conjugal, Léon Tolstoï,
L’Ouest américain comme espace vital et  Pays mormon, Wallace Stenger
Walden ou la vie dans les bois, Journal, Ktaadn, Henry David Thoreau
Les Aventures de Huckleberry Finn, Mark Twain,
La Solitude : un retour vers le soi, Anthony Storr,
A la recherche du miraculeux, Theodore Roszak,
Voyage à Chalkyitsik, Edward Hoagland,
Le Docteur Jivago, Boris Pasternak
Les Etoiles, la neige, l’eau, le feu. Vingt-cinq ans dans la solitude du Nord, John Haines
Lettre d’un homme, John Menlove Edwards
Les Montagnes de Californie, John Muir
Le Père mort, Donald Barthelme
La Nature et l’esprit américain, Roderick Nash
L’Eté de la faim, John M. Campbell
Escalades dans les Alpes, Edward Whymper

Le site officiel du film : http://www.intothewild.com/

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D’art d’art

39848639.gifL’on oublie trop souvent que la rencontre avec l’art est une chose simple, une expérience avant tout sensorielle, incarnée, unique et personnelle, accessible de fait et par nature, à tout à chacun, au-delà des connaissances purement intellectuelles. Bien entendu, avoir des clés de compréhension ou de lecture, permettent d’avoir un autre regard sur l’oeuvre et son discours, mais ce premier niveau de réception « je vois, j’expérimente corporellement, sensoriellement » est la clé de voûte de cette rencontre, ce premier pas qui donnera l’envie et le goût d’approfondir (ou pas) cette expérience artistique.

A défaut pouvoir rencontrer l’oeuvre physiquement ou de pouvoir assister à des conférences ou tout autre acte engageant du temps et une disponiblité pleine, vous pourrez parcourir à travers l’histoire de l’art tout un panel d’oeuvres et d’émotions différentes en feuilletant D’art d’art, issu de l’émission éponyme présentée par Frédéric Taddeï sur France 2, diffusée depuis 2002.

Chacun de ces tomes recoupe 150 oeuvres plastiques ou picturales ayant marqué l’histoire de l’art, avec une courte présentation de celle-ci, son conteexte, son message fort ou innovant. A savourer comme de petites madeleines, incitant à une gourmandise plus complète de l’art !

A voir
pour revoir les émissions de cette saison
Muséorama pour visiter des musées
Le guide des évènements artisstiques sur le site evene
Le site des monuments nationaux
Le site des musées nationaux

D’art d’art
Frédéric Taddeï, Marie-Isabelle Taddeï
Editions Chêne
319 pages. 19.90€. ISBN : 978-2-8123-0403-3

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Mangetout & maigrelet

9782211019842FS.gifQuelque part, deux oisillons éclosent de leur oeuf. L’un à l’appétit féroce, prive son comparse de nourriture, tant est si bien que Mangetout occupe bientôt toute la place dans le nid. Bientôt, les deux oiseaux sont prêts pour le grand saut, l’un trop gros, l’autre trop frêle … Ce drame de la cohabitation va-t-il faire d’un chat et d’un rapace les deux heureux de cette histoire ?

Ce court album sont abordés des thèmes aussi différents que le partage, la convoitise et la complémentarité. Idéal pour les enfants de 3-5 ans.

Claude Boujon a travaillé dans la presse spécialisée jeunesse, avant de créer ses propres histoires, de l’écriture à l’illsutration.  Il est décédé en 1995.

Mangetout et Maigrelet.
Claude Boujon.
Ecole des Loisirs.
36 pages; 9.90€. ISBN : 2-211-01984-6

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