Mois : janvier 2012

Les Heures souterraines de Delphine de Vigan

Elle n’en parle pas. Même à ses amis.
Au début, elle a essayé de décrire les regards, les retards, les prétextes. Elle a essayé de raconter les non-dits, les soupçons, les insinuations. Les stratégies d’évitement. Cette accumulation de petites vexations, d’humiliations souterraines, de faits minuscules. Elle a essayé de raconter l’engrenage, comment cela était arrivé. A chaque fois, l’anecdote lui a semblé ridicule, dérisoire. A chaque fois, elle s’est interrompue.

Les Heures souterraines de Delphine de ViganNous sommes le 20 mai. Ce matin, Mathilde sait que quelque chose va changer. Cela est palpable et inévitable. La voyante lui avait dit. Un homme va changer sa vie. Elle se raccroche à cette idée, comme à une idée magique qui conjure le mauvais sort. Veuve et maman solo, elle a su faire face

Mathilde, cadre marketing, prend chaque jour le métro en direction de son travail. Chaque jour, le même trajet, les mêmes gestes, les mêmes stations avant le non-évènement de son arrivée. Car si elle se présente à son travail quotidiennement et fidèlement, nulle mission l’attend malgré son statut et son salaire. Mathilde sombre depuis quelques temps et commence à perdre pied face à ce vide émotionnel, intellectuel et physique de ce harcèlement  qui l’engloutit. Brillante adjointe, subitement placardisée, elle ne connaît qu’une humiliation permanente et croissante, jusqu’à ce 20 mai, où on lui annonce que son bureau a été vidé et est délocalisé près des toilettes, sans même un poste de travail.

Pour Thibault lui, médecin aux Urgences médicales de Paris, les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Il croise des personnes brisées, abîmées par la maladie ou par la vie, des situations de détresse. Il ne voit sans cesse que le rude et le laid de la vie. Pour lui, Lila est son îlot, une respiration dans ce monde sombre. Subjugué par elle et sous son emprise, il ne connaît cependant pas un amour réciproque. Mais aujourd’hui, c’est décidé, il sera plus fort, il arrivera à se séparer de Lila …

Loin d’être un conte de fées moderne, Les Heureuse souterraines sont un véritable pamphlet  qui nous plonge dans ces tunnels noirs et crasseux des sous-terrains de Paris, ceux de la métropole anonyme, qui charrie chaque jour un flot impétueux de voyageurs-travailleurs, dans un ballet permanent. Parmi eux, ces deux êtres au bout de leur solitude. Mathilde est certainement le personnage qui émeut le plus, tant son combat est sans commune mesure avec le chagrin de Thibault.  Comme eux, nous aimerions croire en des jours meilleurs, mais l’on sent au fil des pages, et des échappatoires possibles, le caractère définitif de certaines blessures,  qui même si elles cicatrisent, laissent des traces irrémédiables et définitives. Son écriture fluide et précise dresse un portrait sans concession, détaillé et clinique du harcèlement au travail : l’humiliation, les remontrances injustifiées, l’isolement progressif, les accès bloqués … Son ton demeure juste de bout en bout, ne tombe jamais dans le pathos, tout en dénonçant sans excès une société qui marche sur la tête, broyant l’humain dès le moindre faux pas et exerçant une violence pernicieuse.  Un roman qui coupe le souffle. Prix du roman de l’entreprise 2009.

Les heures souterraines.
Delphine de Vigan.
Editions JC Lattès.
299 pages. 17€. ISBN : 978-2-7096-3040-5

A voir !

Le site des éditions JC Lattès

Rendez-vous sur Hellocoton !

Nina et les oreillers, de Maylis de Kerangal

« Je m’appelle Nina, j’ai neuf ans. J’habite au septième étage d’un immeuble rococo. Chez moi, le plancher craque, le couloir est tordu comme un bretzel, et ma chambre petite avec une grande fenêtre. J’ai trois copines à la vie à la mort, un chat, deux grands frères, et un voisin de mon âge très énervant. Ma nouvelle vie a commencé le soir où j’ai trouvé un oreiller tout neuf posé sur mon lit… »

Nina-el-les-oreillers-KerangalNina a un oreiller tout ramollo, sans aucun rêve dedans. Lorsque sa maman lui offre un nouvel oreiller, tout neuf, en véritables plumes d’oie, dodu et chaleureux à souhait, commence une nouvelle vie pour Nina, une vie nocturne très riche et intense pleine de rêves doux et farfelus. En pénétrant dans cet univers des rêves, Nina fait une drôle de découverte, en utilisant l’oreiller de quelqu’un d’autre, elle accède aux rêves de cette personne. Une surprise étonnante attendra Nina.

Dans ce bel album pastel, illustré par Alexandra Pichard, Maylis de Kerangal nous emmène dans un univers cotonneux et chaudement délicieux, qui nous donne envie de filer sous la couette pour faire de beaux rêves.
Maylis de Kerangal met de côté sa casquette d’éditrice jeunesse et d’auteur pour adultes dans cette première incursion en littérature de jeunesse en tant qu’auteur.
Une belle réussite pleine de poésie et de tendresse pour cette histoire où nous suivons cette petite fille nouvellement rêveuse dans le monde de l’imaginaire et dans son quotidien, avec son entourage, qu’elle aime ou apprécie moins, comme cet étrange voisin. Grâce à cette étonnante magie, elle découvre d’un œil nouveau les désirs des uns et des autres, ce qui les rend plus encore attachants ou peut surprendre Nina à plus d’un titre !

Nina et les oreillers.
Maylis de Kerangal, Alexandra Pichard.
Editions Hélium.
26 pages. 14,90€. ISBN : 978-2-358-51046-2

A voir !

Le site d’Alexandra Pichard

Rendez-vous sur Hellocoton !
Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers:

%d blogueurs aiment cette page :