Mois : juillet 2014

14 de Jean Echenoz

Tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n’est-il pas la peine de s’attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n’est-il d’ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d’autant moins quand on n’aime pas l’opéra, même si, comme lui, c’est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui ça fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c’est assez ennuyeux

14 de Jean Echenoz

Ainsi que l’auteur l’affirme par la bouche même de celui à qui il donne voix au chapitre, Anthime, jeune soldat de 23 ans, ce court roman ne vous apprendra pas grand chose que vous ne connaissez pas d’ors et déjà dans les grandes lignes sur la Première Guerre mondiale.
Vous y trouverez sûrement quelques détails ici et là de l’Histoire, peut-être insignifiants et dérisoires, comme ces gamelles que les soldats ont pour ordre de noircir, mais qu’ils font tellement sens dans l’histoire individuelle des hommes au combat.
Ici Jean Echenoz nous fait suivre le parcours de cinq soldats et d’une jeune femme. Les liens se dévoilent peu à peu, révélant des tragédies personnelles. Nous sommes à hauteur d’homme, avant la mobilisation, lorsque celle-ci est annoncée, sur le front dans les airs et sur terre, jusqu’à la fin, que ce soit la mort ou l’armistice, mais existe-t-il véritablement une fin pour ces rescapés, qu’ils furent soldats, désormais handicapés, défigurés ou traumatisés, ou qu’ils furent de ceux qui restèrent, femmes, vieillards ou démobilisés, témoins et victimes des familles décimées ou amputées.

La tension est palpable au-delà des faits, se retranscrivant dans la rapidité du récit, qui semble suivre l’échelle du temps, les évènements s’enchaînant très rapidement jusqu’aux premières échauffourées, puis ralentissant, s’empêtrant dans la boue des tranchées, avant que cette tension trouve une résolution au détour d’un combat, d’une page, de façon inattendue, laissant le lecteur aussi fauché que le protagoniste. Avec une écriture simple mais précise, contractant une multiplicité de faits et de situations, Jean Echenoz réalise un portrait social saisissant et d’une grande profondeur des ravages de cette guerre, véritable boucherie, qui tenailla les hommes.

On ne quitte pas cette guerre comme ça. La situation est simple, on est coincés: les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous, les gendarmes

14
Jean Echenoz
Editions de Minuit
124 pages. 12,80€. ISBN : 9782707322579                               

A voir !

 

Le site des Editions de Minuit

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Raising Sand, une pépite inattendue

raising sand

Que peut donner une rencontre entre Alison Krauss, chanteuse-violoniste renommée de bluegrass, et Robert Plant, charismatique leader des Led Zeppelin ?
Une collaboration heureuse et raffinée qui se traduit par l’album « Raising Sand ». Cet album, couronné de cinq Grammy Awards dont celui de meilleur album de l’année en 2009, apparaissent plusieurs reprises notamment une de  Please Read The Letter composé par Robert Plant himself, ainsi que Trampled Rose, dont la paternité n’est assurée ni plus, ni moins par Tom Waits. Ce toilettage de titres des années 60 est réalisé avec finesse, sans aucune lourdeur pour un résultat très contemporain, un univers envoûtant.

Un duo complémentaire au charme naturel

Le succès de cet album tient notamment dans ce duo complémentaire qui fonctionne de manière naturelle, fluide. Il se dégage un « son » issu de ce projet pourtant inattendu et pour ainsi dire étonnant sur papier entre le hard rock et le bluegrass. Chansons de choix mais méconnues du grand public, artistes n’ayant plus rien à prouver dans leur domaine et souhaitant réellement collaborer ensemble (influences des plus éclectiques de Plant, admiration de Krauss pour Led Zep), le cocktail ne serait pas complet sans le travail de production de T-Bone Burnett à qui l’on doit notamment la musique  du film O Brother Where Art Thou des frères Coen et qui sut entourer les duettistes des meilleurs musiciens de sessions bluegrass dont Marc Ribot (guitare électrique, banjo), Jay Bellerose (batterie), Dennis Crouch (basse), Patrick Warren (piano, clavier, orgue)…

Si certains duos ne ressemblent guère qu’à une vague superposition d’univers pour répondre aux sirènes du marketing, ici, la fusion est bien réelle, et le résultat dépasse largement ce qui peut être escompté de l’addition d’une telle équipe !
Paru en 2007, je l’ai découvert il y a deux années déjà, et il constitue une des pièces de choix de ma discothèque. Une seconde collaboration était prévue pour 2009, mais n’a pu malheureusement voir le jour. Cette pépite reste donc un instant musical unique !

A voir !

www.alisonkrauss.com
www.robertplant.com
www.tboneburnett.com

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La toile d’Isabelle Simler

Une toile, un regard curieux et beaucoup de talent. »

La toile d'isabelle Simler

Un ballet de formes et de couleurs attire l’œil dès la couverture et vous emporte dans sa toile. L’on pourrait presque sentir la douceur des ailes du papillon ou encore la fragile finesse des ailes de la libellule. Isabelle Simler nous emporte dans sa toile avec un personnage étonnant : une araignée. si discrète que l’on pourrait ne pas la remarquer si ce n’était le titre de l’album. Face à un paysage d’étang, nous suivons ce drôle de compagnon  dans une étrange cueillette.

Est-ce un herbier qui voit le jour sous nos yeux étonnés des détails savants et des textures qui ressortent si clairement ? Fougère, chatons d’arbre et petits insectes sont pris dans une farandole de panneaux naturalistes. Où veut-elle nous emmener ? Un papier découpé livre la clé de l’histoire. La toile de l’araignée n’est pas une toile comme les autres, c’est une œuvre d’art qu’elle anime et agrémente pour donner vie à un nouveau paysage.

Cet album est étonnant à plus d’un titre : ni véritable imagier, ni album d’histoire classique, ce récit fait la part belle à la créativité dont il fait la louange. Les illustrations sont magnifiques, le récit un enchantement, associant un regard curieux à une poésie nous surprenant et nous apprenant à regarder autrement, à créer un autre monde avec une once d’inventivité et de talent. Un moment de grâce.

Isabelle Simler est diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg. Elle est également  l’auteur de Plume, un chat rêveur qui découvre le monde qui l’entoure, et de Tête-à-Tête avec mon chat, toujours aux Editions courtes et longues.

A voir !

Le site des éditions courtes et longues
Le blog d’Isabelle Simler sur lequel vous pourrez voir quelques pages de La Toile

La toile
Isabelle Simler.
Editions courtes et longues.
48 pages. 22€. ISBN : 978-2-35290-106-8

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Une famille délicieuse, de Willa Marsh

Famille-delicieuse-willa-marsh

Ce que j’aime avec Willa Marsh, c’est qu’à chaque roman, elle nous offre la possibilité de retrouver un univers bien particulier, un chez-soi dans l’immense espace littéraire. J’ai une maison chez Joyce Carol Oates, une chez Stefan Zweig et une chez Willa Marsh.

Dès le seuil franchit, on retrouve son univers drôle et caustique, mais avec une lumière différente, sa fiction est habitée d’une galerie de personnages consistants, presque de chair et de sang, que l’on pourrait croiser dans le cours de notre vie. Tout comme les deux autres auteurs que j’ai cité, son regard sur le monde est vif, critique souvent, parfois amusé ou stupéfait.

Dans ce nouvel opus tant attendu depuis le dernier Meurtre au manoir, Willa Marsh nous invite à lire mystérieuse derrière délicieuse, avec cette pointe d’ironie so british, présente mais raffinée, aussi vaporeuse que le parfum du thé. Elle brosse le portrait de trois générations avec comme figures centrales trois septuagénaires, Nest, Georgie et Mina. Si Nest et Mina sont soudées comme les doigts de la main, l’on devine le malaise provoqué par les répétitifs et glaçants « Je connais un secret » de Georgie, qui n’a plus tout sa tête. Elle semble insinuer que leur mère eut une aventure avec ce charmant soldat qui sympathisa avec leur famille … Elle en a pour preuve la blondeur de leur frère. Cette Georgie au caractère bien trempée est également source de fatigue pour sa fille qu’elle malmène et rudoie. Celle-ci souhaitant souffler quelque peu, la confie à ses deux sœurs pour qui l’atmosphère de la maison familiale, faite habituellement de bons et tendres souvenirs et de journées se déroulant dans une fraternelle complicité, se transforme de chaleureuse en pesante et nostalgique. Car réunir ce trio constitue un véritable retour dans le passé, un voyage troublant dans lequel chacune connaît une pièce de l’histoire familiale. L’arrivée de leur nièce Lyddie, fille de leur quatrième et défunte sœur Henrietta, apporte un souffle apaisant mais révèle le cœur du mystère : que s’est-il vraiment passé le jour de l’accident de Nest, lorsqu’elle perdit l’usage de ses jambes et que leur quatrième soeur Henrietta décéda brutalement ?

Vous l’aurez compris cette histoire familiale intrigante  dépeint dans une fresque émouvante une famille soudée et meurtrie par le poids du silence, mais surtout de l’imagination qui peut porter le regard là où il n’est pas attendu. Ce bel ouvrage, le plus long écrit jusqu’à présent par Willa Marsh, se dévoile avec patience et attention. Et si vous peinez à rentrer dans cette nouvelle famille, poursuivez votre lecture, car ces vieilles dames respectables vous offrent un bel hymne à la liberté et à la tolérance.

A voir !

Son site
Le site des éditions Autrement


Une Famille délicieuse

Willa Marsh
Editions Autrement
479 pages. 22€. ISBN : 978-2-7467-3428-9

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Minimalisme : carnet de bord (1)

minimalismeAvant d’entamer cette nouvelle rubrique dans ce blog, j’ai beaucoup hésité, me demandant s’il n’était pas préférable de faire de cette rubrique un blog à part entière. Cependant, dans un souci de simplicité, il me semblait pas forcément judicieux de gérer deux blogs à la fois. Il ne s’agit pas d’exposer une théorie, mais de partager une expérience, des questionnements.
Pour certains le minimalisme est synonyme d’austérité, de rigorisme et d’une certaine pauvreté de vie. Pour d’autres il s’agit d’un Graal à atteindre, une sorte de béatitude. La variété des expériences entre ces deux extrêmes laisse à penser qu’un équilibre est à trouver. Si le minimalisme peut sembler « tendance »,il reste à redécouvrir, à approfondir.

En route vers le minimalisme

Pour ma part, il s’agit d’un processus lent et long qui résulte de plusieurs prises de conscience différentes, dont l’aspiration sous-jacente était et est une vie plus simple. Derrière ce libellé, chacun va traduire différemment cette simplicité, mais le sentiment partagé semble celui d’une volonté de se détacher des biens soucis matériels, de mieux gérer temps, de vivre des choix plus éclairés : que ce soit mieux s’organiser ou acheter moins mais mieux … Il s’agit pas de se couper de cette réalité matérielle, mais d’échapper à la spirale contraignante de la consommation à tout crin, de la gérer différemment : connaitre ses vrais besoins, aller au-delà de ses fausses envies. Les quelques paragraphes ci-dessous vous donneront les clés de mon expérience et les thèmes qui seront abordés dans de prochains articles 🙂

S’alléger

La vie plus simple, c’est pour partie plus d’organisation, tout du moins une meilleure organisation … mais au service de quel but ? Pour tendre vers quoi ? Souvent, il s’agit d’un refus d’un « trop » : trop de pression sociale, trop d’obligations, trop de tâches répétitives qui perdent leur sens, … Le réel problème étant le « pas assez » qui en résulte. Pas assez de temps pour soi, de temps pour les autres, pour se réaliser, pour habiter chaque instant et non le subir.

Se recentrer sur soi-même

La première étape de donc une étape de bilan, plus ou moins amer, qui amène à une redécouverte de soi, des sources de notre aspiration profonde, nos rêves et désirs. Quels but et sens à ce que l’on fait ? Pour qui ? Pour-quoi ? Dans plusieurs témoignages de minimalistes, il s’agit avant tout de « poser » ses valeurs, de les formaliser, pour soi-même, vis-à-vis d’autrui ou encore en famille.

Trouver une boussole

Ce « life statement » est comme une boussole sert à clarifier et à réorienter nos choix en fonction de l’écart qui se présente. Il constitue un solide allié pour aborder certains virages délicats ou tout simplement poursuivre son chemin. Il ne s’agit pas de se figer, car nos aspirations peuvent évoluer, il s’agit de ne pas les oublier dans un premier temps pour mieux s’orienter vers elle.

Remettre de l’ordre

Voilà l’invitation principale. Ce n’est pas que physique, en agissant sur notre maison ou notre environnement, c’est également philosophique. Il s’agit de remettre les choses à leur bonne place, en perspective par rapport à nos valeurs, nos besoins, nos aspirations. Si je n’ai pas de besoin particulier en matière de chaussures, pourquoi acheter une énième paire alors que je me plains justement de ne pouvoir sortir avec ses amis plus souvent

S’interroger, s’étonner

Si les objets prennent le pas sur le relationnel alors que même que c’est cette valeur que je souhaite défendre, je suis alors en porte-à-faux. C’est l’occasion de se confronter à ses propres paradoxes et plus globalement aux chemins que la société nous propose. Le préalable peut être la remise en question de la société individualiste ou/et de consommation dans laquelle nous vivons. Tout comme ce questionnement peut émerger après une réflexion plus égocentrée. Le minimalisme a plusieurs portes d’entrée !

Cinq mots-clés pour montrer que le minimalisme possède plusieurs portes d’entrée que nous découvrirons de façon plus pratique prochainement !

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