Mois : octobre 2015

Le Contrat Salinger vs Mort mystérieuse d’un respectable banquier anglais dans la bibliothèque d’un manoir tudor du Sussex

Cette rentrée polar voit l’arrivée de deux romans loin des codes policiers habituels ayant en commun un sacré sens des pistes brouillées entre fiction et réalité, dans l’univers de l’édition et de l’écriture, comment donc résister ?

Adam Langer, un auteur méconnu en France et pourtant !

Mais le monde avait changé depuis que Conner avait commencé à écrire. Désormais, il suffisait d’avoir vu Les Experts pour se déclarer spécialiste en médecine légale. Le genre d’approche très détaillée qu’il avait adoptée n’était plus son seul apanage. Aujourd’hui, le public tenait tout ça pour acquis. D’ailleurs, certains lecteurs attentifs avaient déjà commencé à dénicher quelques petites erreurs dans ses textes – intrigues bancales, rues mal nommées, argot de flic démodé – et les avaient postées sur internet, sur des sites de fans, notamment, où les critiques s’avèrent en général bien moins indulgentes que les magazines papier.

le contrat salingerAdam Langer avait déjà mis en abîme un écrivain entraîné dans une folle aventure à la découverte d’un manuscrit secret dans les Voleurs de Manhattan. Ce roman publié chez Gallmeister demeure parmi mes chouchous et je le conseille régulièrement, à toutes celles et ceux qui recherchent un roman rythmé et original (sans rogner sur la qualité de l’écriture).
Alors qu’elle n’a pas été ma joie chez le libraire en voyant un nouvel opus d’Adam Langer, dont la veine polar semblait déjà plus fortement affirmé !
C’est donc avec une certaine impatience et une grande espérance que j’ai donc parcouru, enfin dévoré, Le Contrat Salinger.
Cette fois, notre narrateur n’est d’autre qu’Adam Langer lui-même nous confiant la drôle d’aventure qui arriva à Conner Joyce, un de ses amis et maître du polar en perte de vitesse.
Débute alors une intrigue qui mêle confessions de notre narrateur sur le statut difficile de l’auteur et une intrigue dont l’ampleur gagne en puissance au fur et à mesure que Langer abat ses cartes. Conner Joyce rencontre une défection de son public. Il a littéralement explosé avec son roman le Fusil du diable, et sa série policière est bien installée, mais il est désormais dans une routine qui nuit à son originalité et tue sa carrière d’écrivain. Après les heures de gloire, voici donc la période des vaches maigres et des séances dédicaces désertiques, alors qu’au même moment Margot Hetley devient une icône au milieu de ses vampires et vampards (clin d’oeil ironique au succès de la Bit lit ! ).
C’est donc un Conner au plus bas qui est approché par Dex Dunford, un étrange mécène. Tout d’abord c’est un de ses gorilles qui lui donne rendez-vous chez le mystérieux inconnu. Ensuite, sa bibliothèque personnelle recèle des merveilles : Thomas Pynchon, JD Salinger, Jaroslaw Dudek, Norman Mailer, Truman Capote, Harper Lee … Ce qui semblerait être la bibliothèque idéale s’avère une véritable énigme, car tous ces romans lui sont inconnus. Très vite, il apprend que c’est l’objet même de leur recontre. il s’agit d’originaux uniques commandés par Dex Dunford et qui ne sortiront jamais de sa bibliothèque. Dex lui propose de réaliser une oeuvre qui rejoindra ses étagères personnelles contre la modique somme de 2,5 millions de dollars, lui permettant de rémunérer son travail et de couvrir le manque à gagner dû à sa non-publication. En échange, Conner doit accepter de procéder à des modifications si besoin, de brûler ses brouillons et surtout de n’en parler à personne.
Mais Dex est loin d’être un mécène comme un autre et tout contrat comporte des risques …

A nouveau Adam Langer réussit le tour de force de dérouler un écheveau de fils narratifs à la perfection, en menant une intrigue complexe dans le cadre d’une histoire qui semblerait si simple en apparence. Si l’intrigue est captivante, les portraits psychologiques sont fins et l’ensemble est teinté d’un humour doux-amer. Une réussite !

LC Tyler joue la carte du Cluedo et de la Chambre close

Tu devrais probablement continuer à bosser. Il faut contenter ton éditeur. Rappelle-toi seulement que les écrivains sont aux éditeurs ce que les moutons sont aux bergers. Pris collectivement, vous êtes essentiels − d’ailleurs, ils auraient l’air un peu bêtes sans vous. Individuellement en revanche, vous n’êtes que des côtelettes et un chapeau en laine.

74443_aj_m_163Autre lieu, autres moeurs, avec le duo Elsie-Ethelred de LC Tyler ! LC Tyler offre ici une suite  à Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage et Homicides multiples dans un hôtel miteux des bords de Loire (qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu auparavant pour comprendre l’intrigue)
Si Mort mystérieuse d’un respectable banquier anglais dans la bibliothèque d’un manoir tudor du Sussex bat son record actuel de titre décalé, il offrait également un grand moment de lecture en perspective, mon opinion demeure plus mitigée.

En effet, l’ensemble du roman repose sur un mystère type « chambre close » qu’il est difficile de renouveler. C’est un risque certain et l’approche amusante de LC Tyler a été de combiner à la fois un mystère de chambre close et une partie de Cluedo géant. Cependant malgré cette idée brillante, l’intrigue évolue cahin-caha puisque certains fils sont malheureusement vite tirés par le lecteur. Le charme de l’ensemble repose avant tout sur le personnage d’Elsie, incorrigible et sardonique éditrice, qui n’a pas sa langue dans sa poche, pour notre plus grande jubilation. Les autres personnages, notamment celui d’Ethelred un poil trop stéréotypé dans son rôle de monsieur déconnecté de la réalité, manquent de consistance les condamnant à rester dans l’ombre (dommage pour un cluedo), ce qui peut s’avérer agaçant, nuisant à l’ensemble de l’intrigue. Il en reste donc un sentiment d’inachevé alors que l’idée originale était fortement séduisante, servie par une néanmoins belle écriture.

Le contrat Salinger
Adam Langer
Editions Super 8
460 pages. 20€. ISBN : 978-2-37056-029-2 

Mort mystérieuse d’un respectable banquier anglais dans la bibliothèque d’un manoir tudor du Sussex
LC Tyler
Editions Sonatine
348 pages. 19€. ISBN : 978-2-35584-263-4

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Je veux être un cheval

 

<text-align= »center »>Agnes Desarthe écrit à la fois pour les adultes (Mangez-moi, Une partie de chasse, Le Remplaçant) comme pour les enfants ainsi qu’en témoigne son impressionnante bibliographie. Cette agrégée d’anglais et traductrice (Anne Fine, Lois Lowry, Chaim Potok, Cynthia Ozcik, Alice Thomas Ellis et Virginia Woolf) sait manier avec délicatesse et subtilité  les concepts et la langue. Ses textes visent juste et sa plume est empreinte de poésie. C’est cette alliance que l’on retrouve dans le roman pour enfant Je veux être un cheval, ou l’histoire de Ben – enfin Albert – un âne qui refuse sa nature d’âne et se sent différent : il veut être un cheval car il se sent intérieurement cheval. Si certains ont le mal du pays, Ben  a le mal de l’ailleurs. Tel la chèvre de Monsieur Seguin, il rêve d’autres pâturages non pas pour brouter mais pour cavaler. Inquiets face à sa mélancolie prononcée, ses parents l’emmènent chez le médecin à la recherche d’un diagnostic. Un seul remède pourra le guérir de son mal d’ailleurs : l’aventure qui lui permettra de s’accomplir pleinement.

<text-align= »center »>Ce court texte développe intelligemment le pouvoir de l’acceptation de soi et du libre arbitre : accepter de choisir différemment permet de se réaliser. Croire en soi aussi. C’est en s’écoutant que Ben trouve le chemin vers le bonheur, et l’équilibre : l’envie d’ailleurs est aussi le choix marque de dire au revoir à ce que l’on connait, même temporairement. Cette expérience permet à Ben de se découvrir mais aussi de prendre conscience de son attachement à ses parents (même si Bouboule demeure un nom toujours moins classe que Paradis  Iluminatus) et à sa nature d’âne : partir à l’aventure c’est grandir !

Pour les lecteurs qui peuvent lire tout seuls.

Je veux être un âne
Agnès Desarthe
École des loisirs . Collection Mouche.
51 pages. 7,50€. ISBN : 978-2-211-08544-1

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You, me & the apocalypse / Fear the Walking Dead

Après la fin classieuse et excellente de la troisième saison (et de la série ?) d’Hannibal, et avant la grande reprise d’automne (Peaky Blinders, The Knick saison3), le monde des séries offre deux nouveautés, qui si elles sonnent le glas de l’humanité telle que l’on la connaît, s’attelle au sujet tout différemment ! Et pour cause. A ma gauche, une toute nouvelle production britannique humoristique, à ma droite un spin-off américain d’une série qui est au monde des zombies, ce que Dallas est aux sagas familiales, une recette increvable (ou presque). Deux formats et deux ambitions différentes.

walking dead

Tout d’abord, on pourrait craindre de Fear the Walking Dead, un doublon pâlichon de la série initiale, qui tend à tourner en boucle sur elle-même. De nombreux spin-offs proposent une simple déclinaison, aussi inventive que pittoresque en déportant le concept dans d’autres villes (rayer toute mention inutile : Los Angeles, Nouvelle-Orléans, Miami Chicago, …), et cela au détriment de la prestance et de la qualité de la série. A trop capitaliser sur une image celle-ci se perd. Ici la grande originalité et, le coup de maître si je puis dire, joué par AMC tient au double rôle de FearTWD : à la fois spin-off et aussi prequel (antépisode). En remontant aux origines du mal, et ce dans une autre ville d’origine que celle du personnage principal Rick Grimes, la chaîne AMC ne se ferme pas la porte à une potentielle rencontre entre les deux groupes de survivants dans ce que l’on appelle un cross-over (lorsque deux séries se croisent, pour ou plusieurs épisodes).

Fear the walking dead : un prequel plutôt bien mené et efficace …

Si les zombies restent bien l’arrière-plan de la série, il est avant tout question de l’épidémie à l’origine du désastre sanitaire et du changement radical du monde (occidental) que l’on connaît. Cette nouvelle série exploite donc les bouleversements sociaux, gouvernementaux, qui se mettent en place, on le sait de façon transitoire.  La série première joue sur l’étude de groupes humains créant des micro-sociétés basées sur la survie et des valeurs communes (bonne ou mauvaises), FearTWD montre tout le fugitif des parades humaines en cas d’apocalypse : perte de l’électricité, perte des repères sociaux mais avec le poids de l’acquis. Il s’agit de survivre mais ces communautés sont au début d’une ère nouvelle : chaque choix emporte quelque chose de plus fort avec lui, tend à incliner le monde vers une issue plutôt qu’une autre. C’est le tipping point, ce moment de bascule selon les sociologues où un nombre suffisant d’individus opérant un changement radical dans leur comportement peut influer sur un groupe plus large et peut ainsi transformer la société. Tout choix devient fatalement éthique et remet en question tout système de valeurs que nous pouvions avoir.

Une deuxième saison pour compléter l’essai

Bien entendu, la série n’est pas parfaite et présente quelques défauts, que l’on peut retrouver dans TWD (étrangement deux messieurs noirs ne peuvent visiblement survivre en même temps a priori, le taux de décès explose littéralement et invariablement …, ce qui n’a pas été sans créer une réelle controverse pour TWD, dommage de retrouver ceci ici).
Le premier opus est maladroit avec deux/trois clichés dignes d’un mauvais film d’horreur (faisons deux groupes de un en plein nuit pour se rendre sur une scène de crime où a priori une personne a été attaqué sauvagement …) mais il est sauvé par le personnage de Nick (je le concède Rick/Nick, ils auraient pu être plus imaginatifs), jeune adolescent paumé, accro à l’héroïne, qui sera le premier à prendre conscience de ce qui se passe. C’est ce personnage, et son interprétation (la meilleure de toute sans aucun doute) qui m’a incité à donner la deuxième chance du deuxième épisode.  Et tant mieux.  La production peut donc remercier Franck Dillane (Harry Potter – Tom Jédusor – et Au coeur de l’océan – Owen Coffin) qui semble avoir un potentiel digne de son papa Stephen (aka Stannis Baratheon dans Game of Thrones). Les scénaristes semblent avoir dès lors revu leur espérance à la hausse, car le développement de l’intrigue est loin d’être prévisible. Un grand soin est pris pour poser l’atmosphère post-apocalytique de cette nouvelle aventure, qui se conclut avec un finale laissant libre cours à l’imagination des spectateurs, avec la dose de tragique nécessaire.

Une série humoristique caustique qui pourrait surprendre !

You-Me-and-The-Apocalypse-Saison-1-Affiche-FULL-SERIEAutre temps, non, autres moeurs oui, avec l’irréverrencieux et réjouissant, You, me and the Apocalypse, série dans laquelle j’ai pu retrouver avec plaisir, Rob Lowe, qui quitte les ailes de la Maison Blanche pour la soutane d’avocat du diable au Vatican ! Mais qu’à cela ne tienne, le gouvernement des Etats-Unis n’est jamais très loin …
Nous sommes à Slough, en Angleterre, et découvrons un groupe … très hétéroclite de personnes devant la télévision. Eux, ce sont les futurs survivants de cette apocalypse, on ne sait pas encore de quelle façon, ils ont bien pu croiser leur chemin.
Parmi eux, Jamie Winston, notre clé dans ce nouvel univers. Une météorite va entrer en collision avec la Terre, c’est imminent. Mais ça, cela fait 34 jours déjà que le monde entier le sait. Et cela fait 34 jours aussi que le monde lui est un peu tombé sur la tête : comment réagiriez-vous si vous devriez deux choses qui bouleversent radicalement votre compréhension et votre appréhension de votre vie ? C’est ce cataclysme premier qui cueille Jamie, un banquier qui vit une routine désincarnée depuis la disparition de sa femme … C’est ce chaos qui pourrait paradoxalement le rendre de nouveau vivant …
L’humour cruel et grinçant anglais est bel et bien au rendez-vous dans un univers a priori loufoque et bariolé, où vous croiserez effectivement l’avocat du Diable, dont le rôle est de questionner tous les dossiers de saintété – un petit modèle de cynisme lucide -, une jeune soeur qui va apprendre à s’affirmer et à quitter une certaine candeur, une mère (bibliothécaire  :p) en prison pour avoir hacké la NSA … aux prises avec les groupes latinos et suprématies … Et l’incorrigible et bien trop présente mère de Jamie.
A noter au-delà de la présence de Rob Lowe, l’interprétation de Jamie par Matthew Baynton, remarqué dans The Wrong Mans, Joel Fry (Plebs, une série humoristique quinzième degré sur la Rome Antique,  mais aussi Game of Thrones avec le rôle de Hizdahr zo Loraq), Jenna Fischer (The Office).

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