Mois : novembre 2015

Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats

Les conflits irakiens et afghans occupent une bonne partie du thème « Au coeur du chaos » que je vous ai présenté dans l’article consacré à la rentrée littéraire étrangère. Le domaine américain nous offre plusieurs évocations de ces deux conflits, encore en cours, qui s’emparent des tablettes des libraires depuis deux-trois années déjà avec des auteurs comme Ben Fountain, Phil Klay ou encore Kevin Powers dont il va particulièrement plus être question aujourd’hui.

9782234077911_Powers_Lettre_écrite_pendant_une_accalmie_dans_les_combatsKevin Powers s’est fait connaître du public français en 2013  avec la parution de son roman, Yellow Birds, qui s’inscrit dans la lignée des romans traitant du retour de guerre, brutal et poétique à la fois  (finaliste du prestigieux National book Award et lauréat du Guardian first book). Il revient pour cette rentrée littéraire avec un recueil de poésie, Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats. Entre vers libres et ton conversationnel, nous sommes plongés dans des instantanés de vie, instants fugaces et permanents, visions et pensées, absurdité et gravité de la guerre, les paradoxes nous poursuivent. « amen » signifie commencer (« Frontière »), le beau est dans l’inutile (« Héritage »), l’horreur surgit et repart aussi simplement qu’elle est venue. Les frontières sont abolies et chaos et douceur se croisent (« Une lampe à la place du soleil ») .
Les poèmes sont vus du point de vue du soldat, Powers étant vétéran de ces deux conflits, avec un parcours similaire à Phil Klay, puisque de retour au pays, l’un et l’autre se sont lancés dans l’écriture et ont repris également des études spécialisées. Powers étudie donc la littérature, plus particulièrement la poésie, à laquelle il se livre avec un touchant bonheur. En effet, il est aussi question de rendre hommage à des disparus, à des victimes civiles ou militaires (Grande plaine), au milieu d’un ordre nouveau fait de fer, d’acier, de poudre et de poussière. Le fer, l’acier tordu, symbole de ses vies altérées à jamais, morts ou vivants, qui débordent la réalité (« Engin explosif improvisé »).

Si des fils
sortaient de ce poème
vous ne le liriez pas.
Si les mots de ce poème étaient façonnés
dans le métal, si vous pouviez voir
la mécanique de leur courbure
vous espéreriez
qu’ils restent dissimulés
sous les papiers
dans le tas d’ordures où ils étaient cachés
Mais les mots ou les fils vous mèneraient
dans des terrains vagues entre des bâtiments blancs.
Si ce poème étaient façonné dans le métal et vous le
lisiez, si vous
décidiez de lire ou d’entendre les mots, vous verriez
des fils
là où il n’y en a pas,

Si le point de vue est celui du soldat, il n’en demeure pas moins vrai qu’il témoigne tout autant de la violence faite aux hommes, embarqués dans un conflit qui les dépassent, et offrent la réalité crue de la guerre, en-dehors de tout aspect consensuel. Une poésie brute est forgée sous nos yeux avec à l’horizon du retour de guerre les traumas et l’espoir d’un retour à la normalité.

Ma lecture sur ce théme se poursuit avec le poignant « Une Antigone à Kandahar », roman polyphonique de Joydeep Roy-Bhattacharya,

Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats
Editions Stock. Collection La Cosmopolite.
104 pages. 16€. ISBN : 978-2-234-07791-1

A voir !
LeSite de Kevin Powers
Site des éditions Stock

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Des clés pour comprendre

Face au fanatisme, la raison doit être notre dernier juge et notre dernier guide.
Lettre sur la Tolérance John Locke (1632-1704)

attentats_paris
© Jean Jullien

Après les attentats de janvier, il avait été dur de reprendre le clavier, car on ne peut pas faire « comme si », comme si rien ne s’était passé, comme si tout retournait dans une étrange normalité. Courant janvier, j’ai donc choisi de vous parler de la responsabilité de l’écrivain, vu les nombreux débats qui s’élevaient alors, et les « ils l’avaient un peu cherché » qui se sont tus cette fois. Enfin. Heureusement.

C’est non sans une certaine émotion, que je me retrouve à nouveau devant mon écran, démunie, en me demandant ce que je pourrai bien apporter de concret. Un blog c’est si dérisoire au final. Mais la littérature et la culture sont de véritables richesses qu’il nous faut protéger et dont nous devons profiter avidement. Partager et échanger, ne pas se renfermer.

Aussi je travaillais sur un article plutôt étoffé consacré aux MOOCs, ces cours en ligne gratuits proposés par de nombreuses et prestigieuses universités françaises mais aussi étrangères.
Ce soir, je vais vous en parler mais de façon abrégée, avec une certaine urgence tout de même. Pourquoi ? Et il se trouve que débute aujourd’hui, un MOOC prévu depuis le mois de juin :  Terrorismes.

Alors un MOOC, kezako ? MOOC est l’acronyme de Massive Open On-line Course (cours en ligne massivement ouverts / ouverts à tous). Ils sont gratuits pour la plupart, certains payants si vous souhaitez obtenir une qualification spécifique, ou s’ils sont à portée professionnelle. Ceci dépend de la plate-forme, et parfois même au sein d’une plate-forme du type de cours.
Universalité, gratuité, ce sont de merveilleux outils pour décrypter et approcher des thématiques, sous la houlette de professeurs spécialisés. Convivialité et partage devrais-je aussi rajouter, car dans un MOOC, on évolue en solo mais aussi au sein d’un groupe de pairs.  L’évaluation est aussi plurielle que la diversité des matières abordées et du parcours que vous adoptez : quizz ou exercices hebdomadaires si vous recherchez une certification ou simple plaisir de la découverte pour un auditeur libre. Vous êtes amenés à évaluer aussi les travaux de vos pairs et à être évalués par eux. Bien entendu, les intervenants suivent également de près les évaluations et y participent. Les fruits de ce mode d’évaluation sont plutôt positifs.  Libre, vous l’êtes car vous pouvez suivre votre propre rythme et n’êtes pas pénalisés par votre planning. Ainsi un étudiant, une personne qui travaille ou tout simplement une semaine un peu compliquée ne vous pénalise pas : pas de rendez-vous à heures fixes pour une visioconférence, vous regardez les vidéos à votre rythme, pouvez décrocher et accéder au cours quelques mois après si votre emploi du temps s’y prête à nouveau.

Bref, vous l’aurez compris, les MOOC m’ont conquise. Je les ai adoptés il y a deux ans maintenant et c’est toujours une joie particulière d’entamer une nouvelle session, même si es deux derniers ont une résonance particulière.

Ce que je souhaite avant tout ce soir, c’est attirer votre attention sur deux MOOC qui peuvent particulièrement être éclairants en ces temps sombres.

Tout d’abord la plate-forme des universités françaises, Fun Numérique, propose un MOOC réalisé en partenariat avec le CNAM intitulé « Terrorismes« .

image_course_smallCelui-ci débute aujourd’hui même. Ironie des calendriers, il  était prévu depuis le mois de juin. Ce cours a pour objectif de comprendre le « terrorisme », terme utilisé dans des acceptions diverses, son histoire, ses différentes formes et ses mécanismes. de la subjectivité, son histoire, ses différentes formes et ses mécanismes.

de la subjectivité, son histoire, es formes et ses mécanismes.

asset-v1-NotreDameX+TH120.2x+3T2015+type@asset+block@TH120.2x_Banner_Revised___1_Enfin, une seconde plate-forme EdX, lancé par l’Université de Harvard et l’institut de Technologie du Massachusetts , propose une introduction au Coran. Leur catalogue de formation (essentiellement en anglais), est très riche notamment en sciences humaines et en philosophie.

la subjectivité, son histoire, ses différentes formes et ses mécanismes.

pmfr87-couvertureEnfin, Philosophie magazine avait consacré son numéro 87 du mois de mars « Guide d’autodéfense contre le fanatisme »  ainsi qu’un hors-série au Coran.
Ils sont tous deux d’une grande qualité et toujours disponibles à la vente sur le site internet de la revue.

Je reviendrai sur les différentes plate-formes dans un prochain article, j’espère que ces quelques liens pourront vous apporter des clés de compréhension précieuses. Rien ne sert de se voiler la face, il y aura un après 13 novembre. Il n’en demeure pas moins vrai qu’aussi prenantes et profondes sont nos émotions, notre raison est à cultiver et à nourrir, pour nous prémunir de sombrer à notre côté dans l’intolérance. Notre culture est attaquée, mais c’est celle-ci qui nous permettra aussi d’aller de l’avant.

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