Mois : février 2016

The Revenant

The revenant

Aller voir ou pas The Revenant, nommé aux Oscars et lauréat des Golden Globe ?

Le dernier né d’Alejandro Iñárritu réunit le très attendu Leonardo di Caprio, mobilisé sur plusieurs plateaux de tournage mais absent des écrans depuis 2013 ; une année chargée s’il en est avec la sortie de deux véritables cartons (Gatsby le Magnifique, Le Loup de Wall Street) ; ainsi que le non moins talentueux, Tom Hardy, caméléon méconnaissable.

Ces deux têtes d’affiche réunies depuis Inception sont menées par le réalisateur mexicain déjà récompensé pour trois de ses onze films  … Une sortie fort alléchante ma foi. Enfin comme bien d’autres films désormais, The Revenant annonce 2h36 au compteur, ou de l’art de bien choisir son fauteuil.

Hugh Glass
Le portrait de Hugh Glass, après l’attaque et le retour au fort. Il est âgé d’une quarantaine d’années au moment des faits

Tout d’abord le scénario est tiré d’un fait réel, la sur vie exceptionnelle de Hugh glass à une attaque d’ours suivi d’un abandon par ses camardes.

Hugh Glass fait partie de ces trappeurs légendaires d’une Amérique balbutiante et  encore sauvage. Son exploit a été romancé à plusieurs reprises, notamment sous la plume de Michael Punke dont Iñárritu a choisi de suivre la trame vengeresse. Une précédente adaptation cinématographique, Le Convoi sauvage, a été réalisé en 1971.

Dans ce nouveau « western » crépusculaire, nous sommes projetés aux confins d’une nature hostile et brute, où colons et trappeurs côtoient les différentes tribus indiennes, non sans heurts, autour d’un balbutiement de négoce, avec duperies et coups tordus. Une expédition d’une centaine d’hommes est lancé par le général Ashley le long de la rivière Missouri. Nous ne savons peu de choses sur Hugh Glass (Di Caprio) élément déjà dissonant du groupe de chasseurs de peaux rassemblé par le colonel  Andrew Henry (Domhall Gleeson), taciturne et secret, sinon qu’il est accompagné de son fils Hawk (Forrest Goodluck) métis indien, et que ses compagnons cherchent à éclaircir une mort mystérieuse.
Très disparate, le groupe n’est pas uni. L’ombrageux  John Fitzgerald (Tom Hardy) multiplie les conflits alors que tout le monde s’interroge sur le passé de Glass. Après certaines déconvenues, la bande reprend la route. Isolé, Hugh aperçoit des oursons au loin, alors qu’il les met en joue, il s’aperçoit trop tard que la mère grizzly n’arrive pas de la même direction, celui-ci l’attaque sauvagement. Très grièvement blessé mais vivant, il constitue désormais un poids pour le groupe défait qui cherche à rejoindre la rivière Cheyenne. Deux groupes se constituent, l’un conduit par Andrew Henry qui espère rejoindre le campement en deux/trois jours, l’autre de deux volontaires pour accompagner Glass pendant ce temps, et lui offrir une tombe chrétienne lorsqu’il expirera, le jeune Bridger (Will Poulter) et Fitzgerald …

Pour vous donner un aperçu voici une des trois bandes annonces, elle ne vous dévoilera pas les moments clés (Attention, ne regardez pas la première version qui en montre beaucoup trop à mon goût)

 Que donne donc ce synopsis à l’écran ? La légende est sublimée par la photographie : le film a été entièrement tourné à la lumière naturelle, et cette coquetterie,  qui n’a pas été sans entraîner des complications en plus du rude climat canadien, a un résultat époustouflant.
Que donne donc ce synopsis à l’écran ? La légende est sublimée par la photographie : le film a été entièrement tourné à la lumière naturelle, et cette coquetterie,  qui n’a pas été sans entraîner des complications en plus du rude climat canadien, a un résultat époustouflant.
The revenant
Leonardo di Caprio / Hugh Glass © Twentieth Century Fox
Enfin  l’agression par l’ourse est d’anthologie d’un point de vue technique. Le réalisme est extrêmement saisissant et donne bien évidemment des frissons, car la scène est très forte émotionnellement. Je me suis demandée si c était une superposition de plans, avec un plan avec Leonardo di Caprio et un plan avec un ours dressé ou une réalisation 3D partant d’un animal réel. Et la réponse m’a d’autant plus étonnée, car la 3D est réalisée par un cascadeur chapeauté d’une tête d’ours. Cette scène lui a demandé donc de s’imprégner des postures et de la démarche des ours.
The revenant
Tom Hardy / John Fitzgerald © Twentieth Century Fox

Le film est entièrement porté par le duo Di Caprio/Hardy et leur relation antagonique, de chasseur-chassé.  Ce dernier crève l’écran dans le rôle d’un Fitzgerald plus salaud que l’original. Un très grand acteur qui a une présence, comme on a pu le voir dans la série Peaky Blinders. Second rôle ou petits rôles, il les transcende et réussit à s’imposer. C’est un premier grand rôle, son interprétation marquera certainement sa carrière. Il est d’ailleurs en lice pour l’Oscar du meilleur second rôle.

Di Caprio livre lui aussi une très  belle performance, car il est amené à n’exprimer ses émotions qu’à travers son regard dans de nombreuses scènes clés (Glass ayant été gravement blessé au cou et dans l’incapacité de parler pendant plusieurs semaines). Cependant lorsqu’il peut être à 100% de ses capacités, il est desservi – ainsi qu’Hardy – par des problèmes narratifs.
EN EFFET, malgré une photographie sublime et l’interprétation  des deux acteurs principaux,  The Revenant a le même défaut que Les Huit Salopards : une durée excessive pour un scénario étiré à qui mieux-mieux. Si la légende est belle,  le film souffre de longueurs (certes moindres que Les Huit Salopards dont la première heure m’a semblé une éternité … ) Je me suis surprise à regarder l’heure au bout d’une heure quarante-cinq.
Quant à la dernière heure qui nous conduit au climax de l’intrigue, elle se compose d’une succession rapide d’actions, qui finalement se devinent nous laissant sur notre faim. Trop rapide, un poil bâclée peut-être avec une surenchère inutile, vilain défaut qui ressort deci-delà. J’aime être habilement surprise et ne pas sentir le gimmick téléphoné !

Enfin pourquoi sombrer dans la tentation de la surenchère, non content que Glass survive à cette attaque suffisamment affreuse et à cet abandon inhumain, Iñárritu lui fait vivre sur son chemin de retour deux deconvenues, qui ne peuvent pousser à l’adhésion C’est inutile et on n’y croit pas (ah quelques minutes qui auraient tout changé ! ). Il ne s’agit pas d’en faire un super-héros. C’est un homme, un simple homme, qui a vécu une aventure déjà extraordinaire, et c’est cela qui est magnifique.

the revenant
Alejandro Iñárritu sur le tournage. Oscarisé en 2014 pour Birdman © Twentieth Century Fox
Il est à noter que de nombreuses libertés ont été prises par rapport à la légende, mais qui légende dit aussi zones d’ombre et marge de créativité, cependant si la personne de Fitzgerald est noircie pour les besoins de l’intrigue retenue, les trappeurs français sont portraiturés comme des brutes épaisses (comme le personnage historique de Toussaint Charbonneau, peu sympathique mais représenté comme un pitoyable violeur …), mais le contrepoint US est étonnamment absent. Il semble que mettre en scène et dénoncer la violence des premiers colons anglo-saxons soit toujours un problème épineux à Hollywood …
Pour résumer, The Revenant reste un grand spectacle, on en prend plein les mirettes : il doit beaucoup au parti pris esthétique et à la présence des deux principaux acteurs qui comblent tout de même un scénario un peu fragile et des problèmes narratifs contre-productifs.
imageA voir !
http://hughglass.org
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La vie d’un homme inconnu d’Andreï Makine

Ce bonheur rendait dérisoire le désir des hommes de dominer, de tuer, de posséder, pensa Volski. Car ni Mila ni lui-même ne possédaient rien. Leur joie était faite de choses qu’on ne possède pas, de ce que les autres avaient abandonné ou dédaigné

 

Vie d'un inconnu Andrei MakineChoutov, écrivain quinqua désabusé, est en deuil d’un amour perdu, celui de Léa, une jeune femme rencontrée il y a deux ans, au détour d’une cabine téléphonique. Désormais vidé peu à peu de sa peine, au fur et à mesure qu’elle vide son appartement, il se souvient d’un premier amour, qui lui faisait murmurer cette phrase de Tchekov « Je vous aime, Nadenka. » Ne pouvant faire face à un ultime passage de Léa avec son nouveau compagnon, il se lance tel un pèlerin dans un voyage nostalgique à la rencontre de ce premier amour. Celui-ci se déroulera différemment de ce qu’il envisageait : la ville de Pierre vit au rythme des célébrations de sa naissance dans une frénésie qui ne semble jamais discontinuer. Frénésie de ses habitants qui n’ont de cesse de courir après l’argent, frénésie d’une superficialité galopante qui tranche allégrement à la Saint-Pétersbourg d’avant la chute.

Elle est désormais bien loin, la Russie qu’il a connu, ainsi que cette femme, devenue une business-woman aguerrie, à la tête d’un complexe hôtelier et dont la préoccupation principale est de réussir à récupérer l’étage entier où elle réside, en recasant un à un les anciens locataires de cette communalka. Le dénouement se rapproche : prochainement Volski, le dernier résident, grabataire et muet, va être « déménagé ». Totalement ignoré, Choutov aperçoit de temps à autre sa main sur un livre, une main qui semble l’intriguer, montrant toute l’humanité de cet homme.
Afin de rendre service au fils de cette première muse, Il s’improvise un soir garde-malade bon an mal an. Mais c’est une rencontre d’homme à homme qui a lieu : le sinistre Volski, n’a pas perdu la parole, et lui raconte une épopée, celle de sa vie, celle d’un homme inconnu …

Ce livre grandiose vous immerge dans un voyage en Russie, du siège de Léningrad jusqu’à nos jours, à travers les pas de Volski, chanteur et militaire, qui s’est retrouvé pris dans le tourbillon  historique de son pays, comme beaucoup d’autres, anonymes, courageux et héroïques. Sans concession pour son pays, Andreï Makine livre une épopée magistrale à couper le souffle. Son esprit incisif et la force de sa plume vous feront sortir de vous-mêmes, haletants au fil des pages. Un chef d’oeuvre.

La Vie d’un homme inconnu
Andreï Makine
Editions Seuil
292 pages. 21€. ISBN : 978-2-02-098296-2

 

A voir !
Le site de l’auteur http://andreimakine.com/
Le site des éditions du Seuil

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Des histoires et des dess(e)ins

Trois bandes dessinées aux univers totalement différents, voici ce que je vous propose de découvrir aujourd’hui.

broderiesTout d’abord, Broderies, de Marjanne Satrapi, que l’on présente plus, depuis l’adaptation cinématographique de son premier opus, Persépolis. Sur le thème de « Samovar et confidences », trois générations de femmes iraniennes se retrouvent, alors que les hommes font la sieste, pour « ventiler leur coeur », c’est-à-dire, discuter ! et de préférence … de leur vie amoureuse. Séduction, mariage, sexualité, mariage forcé, duperie et déception … toutes les anecdotes sont emplies d’humour, un tantinet impertinentes, parfois cinglantes, ces femmes malmènent la gent masculine, mais juste ce qu’il faut pour vous donner le sourire aux lèvres – hommes et femmes – et réaliser un portait étonnant de ces femmes iraniennes, qui maintiennent leur volonté d’indépendance, et mènent à leur façon leur résistance.

Le graphisme reprend celui de Persépolis, dans une forme plus libre, puisque la particularité de ce one-shot est qu’il n’y a pas de case ! A découvrir …

Broderies,
L’Association. Collection « Côtellette »
136 pages. 15€. ISBN : 2-84414-095-5

La Boucherie vous offre un tout autre style ! L’action se passe au coeur d’un village insulaire, où la vie s’écoule doucement. On y découvre Madame Lenoir, veuve habituée du Penalty, qui manque chaque jour de se faire renverser par un jeune cycliste téméraire (qui rira bien, rira le dernier … ) ; l’instituteur en « chômage technique », la moyenne d’âge de l’île étant guère celle d’une classe primaire ; Lili, la femme du Boucher, douce et aimante ; le Boucher, également médecin à ses heures, dépressif car quelque peu las des gastroentérites et autres petites infections banales qui n’apportent pas de piment particulier au quotidien.
Le coup de crayon de Thibault Poursin rappelle celui de Sempé, l’illustre papa du Petit Nicolas. Les personnages sont croqués avec beaucoup d’affection pour leurs petits travers et n’en demeure pas moins attachants : que ce soit Madame Lenoir, toujours pleine d’attention pour son mari René ou le Boucher, austère et un brin bougon. Le sourire et le rire est au rendez-vous dans cette bande dessinée sans prétention, mais véritablement réussie.

La Boucherie
Dauvillier & Poursin
Editions Les Enfants Rouges
128 pages. 13,50€. ISBN :  978-2-35419-005-7

 

Enfin je vous invite à découvrir un manhwa (man-houa), une bande dessinée coréenne. Son auteur (ou manhwaga) est Kim Dong Hwa, excelle dans ce genre qui s’attache avant tout à l’expression poétique et au lyrisme. La Bicyclette Rouge est donc une chronique de la vie quotidienne comme le veut ce genre, éloigné du manga. Ici point de super-héros aux super-pouvoirs fantastiques, mais un facteur. Car la bicyclette rouge, c’est la sienne, celle avec laquelle il sillonne le village de Yahwari et ses alentours, aux noms évocateurs « La maison blanche du chemin bordé de peupliers », « La maison de la mamie aux gros mots »… Sous un trait naïf, King Dong Hwa dépeint de manière charmante ce village coréen, où les habitants se livrent généreusement et vivent en harmonie. La nostalgie est en filigrane: celle d’un temps où le courrier était avant tout un cadeau d’un être aimé, ami ou parent, plutôt qu’une somme de factures ; et où les contacts avaient avant tout le charme et la chaleur de la plume plutôt que la voix du téléphone portable. Le genre du manhwa change radicalement de notre bande dessinée occidentale, ou de ce que nous connaissons du manga … Une découverte plaisante et rafraîchissante.

 

La Bicyclette Rouge
Dong Hwa KIM
Editions du Paquet
9.95€ chaque volume.

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Vers la nuit d’Isabelle Bunisset

Comment imaginent-ils me surpasser ? Pas de musique, pas de rogne, pas d’instinct. Et ce n’est pas près de changer. Avec tout ce qui se publie comme navets. Public dupé, gros tirages pour du vent. « Les fainéants ont l’œuvre facile », comme disait l’autre. Avec l’encouragement des éditeurs, ils pondent benoîtement. La grande consommation, voilà ce qui commande. Publicité à outrance et arnaque à la qualité.

Vers la nuit Isabelle BunissetCéline est au soir de sa vie. Nous sommes le 30 juin 1961. Il est 16 heures lorsque commence ce dialogue intérieur de l’auteur, perclus de douleurs, navigant entre son lit et sa table de travail, tous deux au sous-sol de sa dernière demeure. Céline est dans un abandon quasi mystique pour clore Rigodon son ultime legs littéraire, qui ne verra pourtant le jour aux yeux du public qu’en 1969. A cinq heures le lendemain, Céline tirera sa référence, réprouvé public et littéraire, entouré de son dernier amour Lucette Almanzor et de ses animaux de compagnie. Pendant cette longue nuit, ultime voyage au bout de la nuit, Céline se remémore les champs de bataille, mais aussi s’anime et s’enflamme pour la belle écriture, conspuant ces autres inélégants, qui manquent de style, de finesse, et qui ne savent reconnaître la portée de son génie. Grandiloquent et narcissique, c’est un Céline acculé qui nous est présenté, un Céline fier du combat qu’il a mené mais pour autant conscient des plumes qu’il y a laissé. On oscille donc entre la tendresse et l’affliction pour cet homme seul contre tous, à qui le dos a été tourné après avoir été porté aux nues, mais aussi l’irritation et l’exaspération devant un Céline renonçant en rien à son antisémitisme. Le grand monsieur de la Littérature semble si petit alors.

Oser se mettre à la place d’un illustre mourant, c’est déjà culotté. Et quand cet illustre mourant est de l’acabit de Céline, c’est un exercice véritablement casse-gueule, qui pourrait laisser à penser à un suicide littéraire. D’autant plus dans un premier roman. Et pourtant, Isabelle Bunisset se sort de cet exercice difficile à maints égards.

Les formules aussi sèches que le corps amaigri de Céline claquent. « Vingt d’hallali pour trois livres fâcheux » lui fait-elle dire en évoluant ses trois pamphlets antisémites. On pourrait entendre Céline, entre suffisance et dérision. Pas de concession, ni de commisérations non plus de la part d’Isabelle Bunisset qui a comme atout dans son chapeau, une connaissance approfondie du bonhomme avec une thèse consacrée à la dérision dans l’œuvre de Céline. La restitution de cet univers celinien est juste ; le portrait brut et touchant d’un homme acculé face à la mort, alors que la vie et l’écriture le quitte.

Cependant à la lecture qui vous emmène dans cette nuit obscure et torturée,une question émerge : celle de la dissonance entre la voix portée et la voix réelle. Si le chemin de bataille qu’était le style l’habitait à ce point Céline, on peut être désarçonné par le style propre de l’auteur, qui s’il se paraît de beaux atours Isabelle Bunisset maniant très agréablement la langue,  reste fatalement en-deçà de son sujet. C’est ici que l’écriture introspective au nom de Céline touche à ses limites et s’avère presque pénalisant dans l’appréciation générale du roman, qui demeure un très bon premier roman prometteur.

Un grand merci à l’équipe de Babelio pour leur énergie et l’opération masse critique, qui permet aux blogueurs de recevoir un livre en échange d’une critique positive ou négative, ainsi qu’aux éditions Flammarion qui m’ont fait parvenir le présent exemplaire.

Vers la nuit
Isabelle Bunisset
Éditions Flammarion
132 pages. 15€. ISBN : 978-2-0813-7596-3

imageA voir

le site des éditions Flammarion

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Phallaina

C’est un énorme coup de foudre que je souhaite partager avec vous aujourd’hui : Phallaina, une bande défilée disponible sur l’App store et GooglePlay. Si, si vous avez bien lu, « défilée ». Par quel bout commencer tant je suis admirative de l’histoire mais aussi de sa réalisation technologique !

Phallaina_HD_01

Un  concept inédit : la bande défilée

Éclaircissons d’abord le concept de « bande défilée ». Il s’agit d’un nouveau mode  narratif  « transmedia » qui comme son nom le laisse à penser, utilise et mélange des média différents pour optimiser, densifier, l’expérience de lecture, qui devient véritablement « immersive ».  Afin de parcourir la bande dessinée présentée sous forme d’application, le lecteur la fait défiler par un simple balayage du doigt. Ainsi par cette simple manipulation, nous plongeons littéralement dans un long travelling haletant porté par une bande-son idéale : narrative, efficace et juste.

Une fable enote légende et modernité

Phallaina_HD_17Quant à l’histoire, elle nous emporte par son incroyable originalité : émotions, onirisme, légende grecque et sciences sont les quatre ingrédients clés d’une écriture qui vous surprendra jusqu’au bout. Nous croisons notre héroïne Audrey sur une plage. La jeune femme rentre dans l’eau, et glisse doucement dans les profondeurs, où poissons et baleines  blanches ne tardent pas à la rejoindre. Depuis toujours, les baleines l’accompagnent. à chaque malaise car Audrey a régulièrement des hallucinations et des évanouissements.  Après avoir rencontré un célèbre neurologue, elle peut donner un nom à son mal : l’épilepsie. Cependant une étonnante découverte est faite fois le diagnostic posé, elle découvre qu’elle possède une anomalie étonnante : un physeter, il pourrait la source mais aussi la clé de la guérison. Dès lors, elle entame une série de tests cliniques qui la mèneront à la croisée d’une légende grecque et d’une aventure personnelle étonnante.

C’est près d’une année de travail pour réaliser ce petit bijou innovant. Derrière ce projet, vous trouvez Marietta Ren, une jeune femme pleine de talent, auteure de bd et conceptrice réalisatrice de films d’animation issue de la renommée École des Gobelins. Parmi ses projets, elle a travaillé également sur le film Ernest et Célestine. Mais vous vous doutez bien que pour une telle réalisation une belle équipe a été mobilisée dont un sound designer (Côme Jalibert) un développeur technique (Christophe da Silva) un motion designer (Julien Barret), un assistant réalisateur (Martin Bessin), et bien entendu des producteurs, notamment le studio transmedia Small Bang, qui a réalisé une autre pépite dont je vous parlerai prochainement, un jeu documentaire Les saisons : Morphisis, qui accompagne la sortie du nouveau film éponyme de Jacques Perrin.

A voir !

imageUne co-édition Small Bang et France Télévisions Nouvelles Ecritures
Site de Phallaina
Site de Marietta Ren

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La Cache vs Les Huit Salopards

A ma gauche, le prix Femina 2015, décerné à Christophe Boltanski. A ma droite, le huitième film de Quentin Tarantino. En commun ? Un sentiment détonnant d’inachevé alors même que les critiques ont pu littéralement créer l’événement autour de ces deux œuvres .

La cacheLa Cache est ce premier roman de Christophe Boltanski, dont le nom de famille n’est plus à présenter entre un oncle plasticien célèbre (Christian) et un père poète (Luc). C’est une fenêtre sur cette famille impressionnante et étonnante qui inspire une fascination certaine par sa liberté créatrice et son non-conformisme. Mais une histoire exceptionnelle suffit-elle à faire un roman exceptionnel ? La Cache ne manque pas de charme, avec ses portraits croqués sur le vif dans une véritable maison littéraire : c’est en pénétrant dans la maison d’enfance que les souvenirs s’égrènent au fil des pièces. Une fois franchi le seuil de la cour, on a le sentiment que cette famille si joliment présentée va vous embarquer pour une ronde tournoyante. Et pourtant, la douce mélodie murmure sans jamais m’embarquer véritablement. Le style est un peu sec, et les phrases ne m’envolent pas dans une certaine magie, une certaine poésie. Trop d’attente de ma part ? Certainement. une exigence accrue concernant l’écriture ? Oui, je deviens bien difficile. La grandiloquence des critiques me fait me demander si « je ne passe pas à côté » du roman. Aussi je le reprends un peu plus tard, mais je finis par l’abandonner un peu honteusement (car même si les romans ne manquent pas cela me désarçonne toujours de ne pas rentrer dans un livre, une somme de travail dans lequel un auteur a cherché à nous embarquer) mais aussi un peu remontée par le consensus des critiques presse loin d’avis plus partagés du lectorat.

Du goût et des couleurs ou consensus mou ? Voir ou ne pas voir le dernier Tarantino ?

Les huit salopardsAttendu comme un petit bonbon, c’est avec un goût amer que le visionnage du film (plutôt pénible) s’achève, parce qu’il manquait ce supplément d’âme qui fait la différence entre un film éclatant et un film vraiment moyen. Malgré un casting de haut vol avec de brillants acteurs (les fidèles de Tarantino auxquels se greffent Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins – géniallissime flic corrompu dans The Shield, Kurt Russell), le film ne décolle pas ou si tard, maladroitement et poussivement. L’action de la première heure possède un temps de traitement si disproportionnée que la tuerie finale, inéluctable arrive comme une délivrance. Et pourtant, l’ouverture peut couper le souffle, nous retrouvons les codes des meilleurs westerns et la musique d’Ennio Morricone qui arrive lancinante. Les personnages sont introduits un à un de façon presque théâtrale, mais la traversée enneigée se transforme en traversée du désert pour le spectateur qui s’essouffle malgré la beauté des paysages. Au bout d’une heure, nous n’en pouvons déjà plus et sommes enfin contents que ce petit monde soit enfin réuni, les réjouissances vont pouvoir commencer ? Passons au-delà de ces propres rythmes qui peuvent être aussi personnels, le scénario reste extrêmement léger (un timbre-poste le contiendrait) et peine à être sauvé par quelques éclairs d’humour dignes de Tarantino, entaché par d’une scène plus particulièrement salace – un viol appelons ça par son nom – qui n’apporte rien au scénario sinon une provocation déjantée/puérile/malsaine choisissez. Et si la tuerie tant annoncée relance le suspens dans le jeu des alliances, sa tension est résolue à travers un jack-in-the-box inattendu et finalement guignolesque gâchant le plaisir du spectateur, saccageant finalement la résolution de ce pénible huis clos. Une maladresse incongrue de la part d’un réalisateur aguerri qui n’est pas au midylle de sa forme,  car s’il y a deux faux-pas à proscrire, c’est bien ceux-là : celui de trop donner au lecteur-spectateur ou encore celui de ne rien semer pouvant créer une véritable frustration. Et Ennio dans tout ça ? Ennio s’est également perdu en route et la bande-originale soignée marque de fabrique de l’univers tarantinesque disparaît tout simplement de votre mémoire.  Mais pourquoi donc Quentin a-t-on envie de s’écrier ! Espérons que les deux derniers films de Tarantino fassent preuve de plus de souffle et de panache à l’instar des films qui lui ont fait une réputation sulfureuse mais de réalisateur soignant ses petites perles.

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