Mois : mars 2016

Les contes macabres

Cependant, aussi sûr que mon âme existe, je crois que la perversité est une des primitives impulsions du coeur humain, – une des indivisibles premières facultés, ou sentiments, qui donnent la direction au coeur de l’homme. Qui ne s’est pas surpris cent fois commettant une action sotte ou vile, par la seule raison qu’il savait ne devoir ne pas la commettre ? N’avons-nous pas une perpétuelle inclination, malgré l’excellence de notre jugement, à violer ce qui est la Loi, simplement parce que nous comprenons que c’est la Loi ?

contes macabres

Un beau livre à la facture soignée pour orner les magnifiques textes du plus torturé des romantiques anglais, Edgar Allan Poe, traduit par notre merveilleux Charles Baudelaire ? Je ne peux que m’en saisir ! Avec un peu de retard certes, car il est paru en 2010, pour le bi-centenaire de la naissance d’Edgar Poe !

Ce projet a été porté par l’illustrateur-même Benjamin Lacombe. Ce garçon brillant l’on pourrait ne plus présenter, mais si l’illustration jeunesse n’est pas votre tasse de thé, sachez qu’il a littéralement explosé avec la publication de son projet d’études, Cerise Griotte. Cet album l’a fait connaître du grand public, et son succès n’a cessé de se confirmer notamment en littérature jeunesse,  avec les Amants Papillons, Alice aux pays des Merveilles, le Carnet rouge sur la vie du pionnier du design, William Morris, la Mélodie des tuyaux mis en musique et en chant par Olivia Ruiz ainsi que le splendide Herbier des Fées qui eut un double numérique magistral. Un véritable parcours de touche à tout mené tambour battant. 

Ces contes macabres ne sont pas le premier livre pour adulte illustré par Benjamin Lacombe, qui s’est d’ailleurs frotté à l’exercice avec l’adaptation de Notre-Dame de Paris et de Madame Butterfly notamment, avant de s’attaquer aux textes de cet auteur cher à son panthéon personnel.
En effet, à deux siècles de distance, les univers gothiques de ces deux-là étaient faits pour se croiser. Les figures pâles et troublante, ressemblant à ces veilles photographies anglaises, hantent les médaillons et les illustrations. Les lettrines soignées sont également mises aux couleurs gothiques. Ces contes terrifiques et macabres sont dépeints avec finesse, Benjamin Lacombe choisissant la suggestion inquiétante et étrange pour provoquer le malaise nécessaire sans dévoiler les scènes auxquelles nous assistons. Une question d’atmosphère, feutrée, si anglaise et pourtant nulle chaleur et nul réconfort nous guette.

le chat noir
© Benjamin Lacombe 2010

Le premier conte choisi, Bérénice, nous plonge instantanément dans les méandres du romantisme, entre maladie, mort et folie. (Vous y découvrirez alors une petite vignette illustrant Lisbeth, l’un des deux compagnons à quatre pattes  que Benjamin Lacombe aime glisser, de-çi de-là, dans ses ouvrages).  Les jeux d’ombres et de lumière, la texture, les détails de la tapisserie de ce chat en médaillon sont superbes. Entièrement sur fonds noir comme le Coeur révélateur et le Portrait ovale.  Le Chat noir suit le pas mélancolique et sombre, de Bérénice avec un homme basculant de la bonté à la perversité. Souvent placée en coeur de recueil, cette nouvelle se trouve entourée de nouvelles tout aussi fortes et glaçantes : la crépusculaire Île  de la Fée, l’angoissant Coeur révélateur, les troublants Chute de la Maison Usher et Portrait Ovale, les horrifiques  Morella et Ligeia.

 Des images valant mieux de grands mots, je vous laisse découvrir la bande annonce du livre, que vous pourrez déguster au coin du feu, avec une tasse de thé ou tout autre boisson forte et réconfortante !

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Les rêves de Pauline de Christophe Donner

– Mille pétales ! Quelle chance tu as de pouvoir rêver des choses pareilles !

Les rêves de pauline de chris donnerAu royaume des abeilles, une nouvelle est née. Pauline. Elle ressemble en tout point à ses congénères : petites antennes, corps rayé, enfin presque. Etonnamment, elle est née sans ailes. Les docteurs intrigués l’auscultent à la recherche du moindre prémisse d’une aile. Avec l’allure d’une fourmi, c’est bien difficile de se faire accepter. Alertée par cet étrange phénomène, la reine mère se porte au chevet de celle qui deviendra sa protégée. Chaque jour passe doucettement pour la petite abeille, qui a sa propre alvéole aménagée confortablement. Choyée pour l’aider à guérir, elle se nourrit de gelée royale et de pain d’épices.  La reine mère l’y rejoint chaque jour ainsi que les docteurs, mais ces visites médicales ne tardent pas à s’espacer pour finalement prendre fin. Seule la reine continue de rejoindre chaque jour Pauline, qui si elle n’a pas d’ailes, et possède le pouvoir de faire des rêves merveilleux …

C’est un bon petit roman que voilà pour nos apprentis lecteurs ou ceux qui aiment déjà lire tout seul ! 80 pages d’une belle aventure, où se mêle émotions et réflexion. Car si Pauline est différente, et semble profiter d’un certain cocoon après de la reine, peu lui est épargné. Elle se confronte au rejet, à l’intolérance, et aux difficultés de la vie d’une petite abeille qui doit s’intégrer et trouver sa place.
Cette jolie histoire révèle aussi les facéties de l’imagination, Chris Donner n’hésitant pas à faire quelques petits clins d’oeil à ses lecteurs, en leur montrant le pouvoir de l’écriture, qui peut s’inspirer aussi du quotidien et le magnifier. Pauline soupçonne fortement que quelqu’un écrit ses histoires, ces petites allusions apportent un sourire complice aux enfants.
Petit ode aux rêves et à l’imagination pour nos chérubins, cette histoire joliment écrite se conclut avec malice.

Les Rêves de Pauline
Chris Donner
Ecole des Loisirs. Collection « Mouche ».
80 pages. 7€. ISBN : 978-2-211-090-76-6

imageA voir
le site de l’Ecole des loisirs
le site de Christopher Donner

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Le printemps des Arabes

Le printemps des arabes, c’est l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui se sont levés pour reprendre en main leur destin. La liberté se mérite chaque jour, et la démocratie est trop humaine pour ne pas être fragile. N’oublions pas cette leçon qui nous vient du sud de la Méditerranée.

le printemps des arabes

En 2011, les pays arabes sont secoués par des révoltes sans précédents qui donneront lieu à la chute de certains de ses chefs politiques comme Ben Ali, Moubarak ou encore Khadafi.

Tout débute à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010, lorsque la police saisit la marchandise de Mohammed Bouazizi, vendeur ambulant qui n’a pas de patente. Il ne pourra jamais la récupérer malgré ses efforts pour obtenir cette patente. Il est hors réseaux. Révolté par le système politique inégalitaire marqué par la corruption et le népotisme, il s’immole devant la Préfecture.
Cette immolation sera un choc pur la jeunesse tunisienne et marque le début de la « Révolution de Jasmin », 28 jours, qui aboutirent au départ de Ben Ali, en place depuis 1987.

Ce sont ces prémisses tragiques qui ouvre le printemps des Arabes. Car l’embrasement se poursuit dans l’ensemble des pays du monde arabe : Maroc, Libye, Egypte, Syrie, Israël, mais aussi Arabie Saoudite, Yémen et Bahrein.

Cette bande dessinée documentaire passionnante est l’oeuvre du tandem Jean-Pierre Filiu et Cyrille Pomès. Jean-Pierre Filiu est historien, spécialiste du monde arabe et de l’islam contemporain, son parcours de recherches et de consultants est impressionnant. Cyrille Pomès est quant à lui dessinateur de bandes dessinées, il avait précédemment réalisé Sorties de route notamment. leur travail conjugue didactisme, grâce à l’écriture synthétique et précise de Jean-Pierre Filiu et le découpage en « chapitres », et l’émotion à travers le travail iconographique de Cyrille pommes, dont les portraits sont affûtés, saillants, chaque pays ayant sa propre palette de couleurs avec l’ocre pour fil rouge.

Bien entendu, il est complexe et irréaliste de représenter l’ensemble du printemps des arabes en une centaine de pages. N’y recherchez donc pas un compendium, mais voyez y un livre-hommage très complet sur les évènements les plus marquants, et d’autres plus méconnus. Une bande-dessinée qui se lit comme un livre d’histoire, ou un livre d’histoire mis en bande dessinée, avec cette force et cette volonté de donner envie d’approfondir et de comprendre plus encore ce qui s’est passé en 2010-2011, et ce qui les enjeux à l’oeuvre désormais.

Nous croisons des vies malmenées, en danger, sacrifiées mais dignes et glorieuses, des destins pourrait-on penser, mais il s’agit de gens comme vous et moi, qui ont décidé de dire « stop », par des actes forts humainement mais tellement ténus à la fois : manifestants, habitants de petites villes, jeune femme  et journaliste comme Tawakul Karman (prix nobel de la paix en 2011), victimes de la répression comme Hamza Al Khatib, jeune garçon de 13 ans battu à mort, le pacifiste Ghyath Matar qui prône la non-violence en Syrie et sa compatriote Fadwa Suleiman, Mahdi Zeyo, un père de famille, qui fera exploser son véhicule dans un avant-poste khadafiste, ils sont nombreux à s’incarner dans le récit et sous les traits du crayon. C’est un album dense et émotionnellement très fort, il faut prendre le temps de le lire, vous ne pourrez pas faire autrement.

le printemps des arabes
© Futuropolis

le printemps des arabes
© Futuropolis
 

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Noir américain

noir americainDécouvrir la littérature policière peut être une véritable gageure lorsque l’on n’en maîtrise pas encore les codes, tant son édition est abondante et les genres variés. Dans ce recueil de 10 nouvelles, Armand Cabasson se frotte avec brio aux différents spectres de cette littérature à part entière, en s’exerçant à la fois à la nouvelle noire (Faire boire le désert), tout en nous proposant un mini-polar psychologique (La chute du monde moderne) ou encore un récit aux frontières du fantastique (L’exquise beauté des cafards)

Ici adolescents et jeunes adultes se retrouvent face à un monde cruel et cauchemardesque, made in USA, aux confins de petites villes de Province ou au coeur des grandes mégalopoles, à chaque coin de rue, peut se jouer un drame personnel, car c’est aussi cela l’envers du rêve américain déchu. Ce portrait d’une Amérique policière vous semblera déjà familière, tant nous sommes imprégnés de sa culture. Cependant, Armand Cabasson réussit à nous emmener très loin au coeur du noir américain dans ses nouvelles concises, vives et âprement taillées, qui laisse le lecteur groggy de son voyage dans une Amérique sombre et dure.

Noir américain
Armand Cabasson
Editions Thierry Magnier
178 pages. 9,50€. ISBN : 2-84420-686-2.

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Le Montespan de Jean Teulé

– Vapeurs élevées de la rate et de l’humeur mélancolique dont elles portent les livrées par le chagrin qu’elles impriment. Elles se glissent par les artères au cœur et au poumon où elles excitent des palpitations, des inquiétudes et des étouffements considérables. De là, s’élevant au cerveau, elles y causent, agitant les esprits.
– Ce qui veut dire ?…
– Vous êtes cuit.

Montespan Jean TeuléMon Dieu, quelle déception ! Autant j’avais apprécié l’originalité et le verbe de Teulé dans son inarrable Magasin des Suicides, que ce Montespan m’a fortement ennuyé. Et pourtant, le sujet était croustillant et la plume de Teulé semblait adéquate … Il portraiture le couple de la plus sulfureuse des maîtresses de Louis XIV, la Montespan. Pour ceux qui ne connaîtrait pas l’histoire de son ascension voici un petit résumé.

Lous-Henri de Pardaillan de Gondrin, rencontre à la faveur d’un duel funeste, Françoise de Rocherchouart de Mortemart. Ce coup de foudre réciproque se conclut par des noces aussi rapides que passionnées. Les Montespan vont vivre chichement, chacun étant un grand passionné des jeux d’argent et des plaisirs de la société. Seulement nul de peut vivre d’amour et d’eau fraîche indéfininement, aussi pour satisfaire les goûts quelques peu luxueux de sa femme, l’époux dévoué prend charge militaire, car diriger une troupe amènerait un peu de gloire à ce noble crotté et réhabiliterait sa famille en disgrâce aux yeux du Roi.
Le destin semble sourire à ce jeune couple ambitieux, puisque Françoise se voit proposer une charge de dame d’honneur auprès de la Reine. A la défaveur de ses absences, Louis-Henri constate rapidement que Françoise évolue rapidement comme un poisson dans l’eau à Versailles, bien que celle-ci eut émis quelques craintes à ses débuts. Mais quelle n’est pas sa surprise, de la voir si bien intégrée à la cour, lorsqu’il la retrouve après 11 mois de campagne, enceinte … mais du Roi.
A partir de ce moment, le panache dont n’a pu faire preuve le marquis de Montespan va se révèler dans ses harangues perpétuelles et inlassables contre le Roi et Françoise, devenue Athénaïs.

Si la pugnacité et l’audace du marquis sont évoquées avec justesse (son fameux carosse corné et son blason modifié à l’occasion par exemple), la véracité de l’ensemble semble compromise. Le bruit de l’histoire se veut effectivement historique, mais beaucoup de fantaisies se glissent dans ce portrait à charge du Roi et de la Montespan. Quant à la plume de Teulé, habituellement pleine d’humour, se complaît ici dans la vulgarité et s’éloigne même dans les échanges verbaux des joutes verbales dans l’esprit du XVIIIe. Décevant.

Le Montespan
Jean Teulé
Editions Pocket. 309 pages. 6.50€
ISBN : 978-2-266-18674-2

A lire !

La Montespan
 de Jean-Christian Petitfils, éditions Fayard

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