Mois : mai 2016

En attendant Bojangles

« Je n’ai jamais bien compris pourquoi, mais mon père n’appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par le même prénom. Même si certains prénoms la lassaient plus vite que d’autres, ma mère aimait beaucoup cette habitude et, chaque matin dans la cuisine, je la voyais observer mon père, le suivre d’un regard rieur, le nez dans son bol, ou le menton dans les mains, en attendant le verdict.

—Oh non, vous ne pouvez pas me faire ça ! Pas Renée, pas aujourd’hui ! Ce soir nous avons des gens à dîner ! S’esclaffait-elle, puis elle tournait la tête vers la glace et saluait la nouvelle Renée en grimaçant, la nouvelle Joséphine en prenant un air digne, la nouvelle Marylou en gonflant les joues. »

En attendant bojanglesElle, on ne connaîtra son prénom que tardivement. Comme on change de vêtement, elle revêt un prénom différent chaque jour. A sa demande, elle est donc  tour à tour celle qu’il lui suggère. Lui, c’est son mari, Georges. On sait juste que leur rencontre était comme une évidence. La voix qui nous parle, c’est celle de leur fils, petit et grand, entrecoupée d’extraits de carnets de son père.

Unis tous deux à Elle, perpétuel mystère de fantaisie et de joie de vivre. Ils ont pour animal de compagnie, Mademoiselle Superfétatoire, une grue cendrée sauvée d’Afrique, un drôle d’oiseau pour une drôle de dame … Tous les quatre ensemble, la vie pétille et chaque jour est une fête jusqu’au jour où le petit garçon voit son monde se bouleverser sous ses yeux, ce qui lui fait dire cette magnifique formule : « comment font donc les autres enfants pour vivre sans mes parents ? « 

De l’exubérance à la folie douce amère, En attendant Bojangles vous emporte dans une fête trépidante avec la très jazzy Nina Simone en bande-son.  Ça swingue, vous ensorcelle, vous fait rêver et vous remue les tripes, ce premier roman écrit en sept semaines engage Olivier Bourdeaut sur le chemin du très attendu deuxième roman. Un véritable talent d’écriture avec un style enchanteur, alliant les intentions, les mots et les émotions. Avec une certaine poésie drolatique et loufoque, Bourdeaut crée un univers attachant dont tout le sens révèle une magnifique pudeur et délicatesse d’écriture pour aborder cette folie douce.

Vous ne le lirez mais le dévorerez littéralement !

En attendant Bojangles
Olivier Bourdeaut
Éditions Finitude
160 pages. 15,50€. ISBN : 978-2-36339-063-9

imageA voir !

Le site des éditions Finitude

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Debout-payé, de Gauz

CULTURE ET SURGELÉS. Sur les Champs-Élysées, le Virgin Megastore se trouve au-dessus du Monoprix. Le plafond des surgelés est le plancher du rayon des livres. Le filet de cabillaud surgelé d’Alaska prédécoupé Queensland Ocean, juste en dessous d’un Anna Gavalda : rencontre des fadeurs.

Debout payé

Il s’appelle Ossiri, et suit les pas de sa mère, femme forte et libre, qui est venue faire ses études à Paris, perçue comme une blanche au pays. Il s’appelle Kassoum, et vient d’un ghetto de Treichville. Ces deux-là viennent passer un entretien comme nombre de des jeunes africains. C’est aussi l’histoire de Ferdinand, arrivé en France lors des Trente-Glorieuses, avant le krach boursier et l’embargo des Saoudiens … Avant les lois concernant le séjour des étrangers, avant que « du jour au lendemain, une nouvelle race de citoyens venait d’être inventée : les sans-papiers. »

Attention premier roman décapant en vue ! Avec Debout-payé, Gauz (Armand Patrick Gbaka-Brédé) fait une entrée en littérature tonitruante. En évoquant la vie de ces vigiles que nous pouvons croiser au fil de nos errances commerciales, il dresse un portait caustique de notre société de consommation mais surtout une touchante histoire de la migration des Africains issus de nos ex-colonies, de 1970 à nos jours. Portraits croisés de générations ayant pour dénominateur commun un fol espoir de pouvoir trouver ce que leur pays ne peut leur offrir. Envoyer de l’argent au pays aussi. Trouver un emploi, une situation. S’installer, s’intégrer.

Mais c’est aussi un miroir qui se dresse face aux comportements consuméristes, aux mesquineries quotidiennes, car un « debout-payé » est un fin observateur. Ce métier de l’ennui leur offre un poste de choix pour déceler les voleuses d’épilation tout comme l’arrogance de certains acheteurs qui ne peuvent imaginer qu’un vigile puisse connaître le cinéma ! Gauz dissèque le monde du travail officieux et officiel avec un regard quasi anthropologique, tout en restant mordant et extrêmement drôle. Les esprits les plus scientifiques seront séduits par ses différents théorèmes qui résument, croquent et dénoncent de façon très condensée des inégalités et injustices, qui parlent à tous. « Dans un travail, plus le coccyx est éloigné de l’assise d’une chaise, moins le salaire est important. » Si l’ouvrage a un fonds autobiographique assumé qui en fait toute la richesse, il demeure un véritable pamphlet universel rafraîchissant et de belle facture.

Debout-Payé
Gauz
Le Nouvel Attila
172 pages. 17€. ISBN : 978-2-37100-004-9
Un extrait en ligne sur le site de l’éditeur Le Nouvel Attila

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Chien pourri

« – On joue à chat ? – Ben non je suis un chien. – Alors à chat perché ? – Ben non, je ne suis pas un arbre. Pauvre Chien Pourri, il ne comprend jamais rien. Mais un jour, la découverte d’un vieux lacet dans sa poubelle le pousse à se poser une drôle de question : – Dis-moi, Chaplapla, pourquoi les chiens ont-ils des laisses ? – Parce qu’ils ont des maîtres, Chien Pourri ! – Qu’est-ce que c’est ? – Tu ne sais pas ce qu’est un maître ?! – Non. Aussitôt des larmes coulent sur son museau. Il sent qu’un maître est quelque chose d’important… »

chien pourriChien pourri n’a pas une vie facile comme son nom peut le laisser à penser. La pauvre créature est née dans une poubelle et ne semble pas la plus futée sur terre. Infestée de puces et étiquette  « moche » avec son odeur de sardine et sa fourrure-serpillière , il a tout du grand dadais écervelé.
Mais Chien pourri a pour lui un grand coeur et un optimisme sans faille issu de sa grande légèreté d’esprit et sa naïveté .. même dans les situations les plus désespérées ! Anti-héros par excellence à qui il arrive des mésaventures en tout genre, accompagné de Chat-pla-pla, un pauvre hère des rues comme lui, « passé sous les roues d’un camion à l’âge de trois mois. » Le toutou est attachant même si l’on ne peut s’empêcher de penser à sa bêtise ! Bref un poil idiot malgré tout, ce petit Chien pourri est un personnage pas comme les autres que les petits lecteurs adoptent avec joie, tant sans l’épargner de la méchanceté des uns, Colas Gutman pose un regard tendre, drôle et bienveillant sur cet petit chien à part.
Des histoires courtes et bien écrites par Colas Gutman, accessibles aux lecteurs débutants, qui peuvent croquer ses six aventures. Il est illustré par Marc Boutavant qui n’a pas son pareil pour lui donner vie.

Vous pourrez retrouver également un joli roman L’Enfant de Colas Gutman, primé par le Prix Sorcières sur le blog,

A voir !

La galerie virtuelle de Marc Boutavant
Colas Gutman sur le site de l’Ecole des loisirs

 

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La fractale des raviolis

« Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance. »
Je comprends qu’un homme puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par désœuvrement, par curiosité, par habitude, par excitation,par intérêt, par gourmandise, par nécessité, par charité, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. Pourtant ce substantif vint spontanément à l’esprit de Marc, lorsque je le pris sur le fait avec sa maîtresse.

Définition d’inadvertance : « défaut accidentel d’attention, manque d’application à quelque chose que l’on fait ».

Faut-il le dire? Quand j’ouvris cette porte, ce que je vis n’avais rien d’un manque d’application. Bien au contraire. Il s’agissait d’un excès de zèle érotique caractérisé.

la fractale des raviolisAh enfin de quoi réjouir l’esprit ! La Fractale des raviolis, premier roman déjanté de Pierre Raufast tel une oasis a enchanté ce désert littéraire que je viens de traverser ! Facétieux et enlevé, il est servi par une plume drolatique et un peu acide comme je les aime.

Tout d’abord, les titres farfelus sont comme un appel, une promesse. Là, un horizon hors du commun nous est proposé. Je plonge tête baissée.

Alors cette fractale merveilleuse, que nous conte-t-elle ? Et bien ce n’est pas une mais des histoires, des histoires de toujours, comme cette femme trompée qui veut tuer son mari avec des raviolis, mais aussi des histoires extraordinaires ou encore terribles ! L’enfance d’un serial killer, le génie militaire d’un jeune garçon, les mésaventures d’une jeune étudiante se croisent et mélangent pêle-mêle au gré d’un détail, par ricochet, chacune ayant sa place et son rôle propre… Ces récits gigognes sont amenés telle Alice, qui ouvre une nouvelle porte aux pays des Merveilles. Et Pierre Raufast est un sacré conteur, aguerri grâce aux histoires du soir … inventées pour ses filles ! Des histoires à dormir de debout alors ? Des histoires pour rêver et réfléchir, s’émerveiller et s’étonner car tout doit-il est explicable et raisonnable ?

Si vous avez aimé dans un registre différent, mais avec un esprit tout aussi jubilatoire et ingénieux, Une collection très particulière de Bernard Quirigny vous tomberez sûrement sous le charme de la Fractale des raviolis, pirouette littéraire, agile et fascinante. Mais aussi lecteurs assidus, ou un peu frileux, vous y trouverez un récit vraiment à part, un style iconoclaste à souhait.

Depuis l’auteur a écrit un deuxième roman, La Variante chilienne (2015) et un troisième devrait paraître en 2017, tout aussi surprenant à voir l’appel à anecdotes que Pierre Raufast a fait auprès de ses lecteurs pour agrémenter son récit !

Un auteur à suivre assurément, La Variante chilienne rejoint  de ce pas ma PAL !

La Fractale des raviolis
Pierre Raufast
Editions Alma
258 pages. 18€. ISBN: 978-2-36279-121-5

À voir 
imagele site de Pierre Raufast 

le site des éditions Alma

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