Mois : octobre 2016

Les disparus du phare, Peter May

Je suis donc vaniteux. Ou bien je ne suis pas très sûr de ma virilité. Singulièrement étrange de ne pas se connaître, d’essayer de deviner qui l’on est. Pas son nom ou l’apparence que l’on projette, mais ce qui constitue votre être. Suis-je intelligent ou stupide ? Suis-je colérique ? Facilement jaloux ? Généreux ou égoïste ? Comment puis-je ne pas le savoir ?
Quant à l’âge… Bon sang, quel est mon âge ? Difficile à dire. Je vois sur mes tempes quelques traces de gris naissantes, au coin des yeux des pattes-d’oie assez fines. Trente-cinq ? Quarante ?

les disparus du phare peter may

Lecteur, voici l’île Lewis qui resurgit présentant avec langueur ses sentiers escarpés et son indicible sauvagerie. Après la Trilogie Écossaise, Peter May nous embarque à nouveau sur cette île qui devient un pays à elle seule dans son paysage littéraire. Cette fois, ce n’est pas Fin MacLeod, qui sera votre hôte, mais un rescapé de la mer amnésique ! Rejeté par les flots, cet inconnu n’a aucune idée de son identité – oui, oui, ceci pourrait vous rappeler un certain Jason Bourne mais là s’arrête la comparaison ! …
Trempé jusqu’aux os, il est reconduit chez lui par une bonne âme charitable, une connaissance visiblement. Maclean, c’est donc son nom. C’est à travers les objets du quotidien qu’il cherche des indices, mais sa maison est étonnamment muette. Suffisamment pour qu’il se demande ce qu’il peut bien avoir à cacher, alors même qu’il est aux yeux de tous un écrivain débarqué il y a tout juste quelques mois pour enquêter sur les disparus du phare. Après avoir repris connaissance de son environnement proche, il ne tarde pas à se découvrir d’étonnantes connaissances en apiculture …

Quand le thriller se mêle au roman écologique

Ce nouvel opus mêle thriller entre la quête de l’identité de Maclean avec en toile de fond et fil rouge, l’impact de l’homme sur la nature. Si comparaison il devrait avoir, on peut imaginer que Jason Bourne ait croisé le militantisme d’un Ron Rash. Cette intrigue étonnante apporte un souffle rafraîchissant dans le monde du polar, cependant elle n’est pas exempte de défauts, qui me laisse finalement dubitative alors même que je ne demandais qu’à être convaincue.

Un nouvel univers référentiel

Si la progression de l’intrigue demeure rythmée, les personnages demeurent assez inégaux. Ils manquent pour certains d’épaisseur, parfois prévisibles, ce qui affaiblit à certains moments l’efficacité du scénario. Peter May crée avec une tendresse particulière une jeune fille fragile, mais certains traits de personnalité sont trop exagérés. Elle souffre de la présence trop importante d’une grande sœur littéraire : Lisbeth Salander. Son personnage semble être construit dans son ombre, mais avec maladresse. Par contre, l’écriture toujours aussi fine de Peter May y ressort avec brio dans sa peinture de la nature et cette enquête écologique. Ses peintures de l’île demeurent toujours aussi évocatrices et saisissantes.

Les amateurs de polar pourront rester un peu sur leur faim, en raison des petites faiblesses narratives, notamment des passages pivots du roman qui se démasquent et une fin un peu trop prévisible à mon goût. Ce nouveau cru est très étonnant lorsque l’on côtoie le monsieur depuis plusieurs romans. Il reste un roman agréable à lire toutefois  pour le plaisir de la plume de Peter May – la forme reste toujours autant séduisante – même s’il n’est un roman aussi époustouflant que Peter May m’en a donné la – bonne/mauvaise – habitude ! Peter May possède un univers à part entière, et ce croisement de références extérieures s’avère finalement assez déstabilisant ! Peut-être ai-je trop attendu le petit frère de sa fantastique trilogie écossaise !

Les Disparus du phare
Peter May
Editions du Rouergue
315 pages. 22,50€. ISBN : 9782812610646

A voir !

le site de Peter May
le site des éditions Le Rouergue

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L’heure de plomb, Bruce Holbert

Me revoici en ligne après une tonitruante rentrée, pleine de projets qui m’ont retenue loin du clavier ! Lire Ecouter Voir va pouvoir reprendre un rythme plus soutenu, et j’en suis ravie. J’ai le sentiment de revenir chez moi, et de revoir sous un nouveau jour cette maison que fêtera ses dix ans (déjà !) en mai prochain … Mais 2017 va voir la naissance d’un deuxième bébé blog correspondant aussi à d’autres univers que je souhaite explorer et partager avec vous 🙂 . Cependant pour le moment je ne vous en dis pas plus, hormis que je suis heureuse de vous retrouver pour de nouvelles explorations ! Un poil perfectionniste, je préfère ne pas faire, plutôt que mal faire, et le rythme soutenu du quotidien est l’ennemi numéro 1 du blogueur qu’il lui faut domestiquer ! Il faut dire également, que même silencieuse, de nombreux ouvrages peuvent me passer entre les mains et tomber aussitôt de celles-ci.  Ces trois semaines écoulées depuis mon dernier post en sont l’incarnation, et consacrer du temps aux lectures inachevées me tente guère. Une piste d’article très bref certainement !

Une rentrée littéraire tristounette …

Cette rentrée littéraire me laisse pantoise. Si le cru 2015 m’a tout de suite séduite avec de nombreux titres que j’attendais impatiemment, cette nouvelle cuvée ne m’a pas convaincue. J’ai besoin de trouver de nouvelles plumes, une écriture originale, des thèmes inédits, bref, un vent nouveau qui m’emporterait et me laisserait une vive empreinte. Et le vent ne souffle pas fort. Aussi désormais, je me consacrerai certainement plus particulièrement aux premiers romans et à une poignée de ce qui me semble des must-read. Alors ne perdons plus instant et entrons dans le vif du sujet !

Certains jours, quand le matin se faisait particulièrement brillant au givre ou embaumé d’efflorescences, ou que la vallée aplatissait l’aube, la réduisant à une simple ligne dure et rouge, que la lumière liquide jaillissait de ce trait et s’incurvait pour éclabousser la ville misérable ainsi que le terrain vague où il résidait avec sa famille, il ruminait sur la trajectoire d’une vie. La sienne lui paraissait comme une pierre qu’on aurait lancée ;  il n’avait pas la moindre idée du bras qui lui avait donné la direction.

Alors un must-read ou pas cette Heure de plomb de Bruce Holbert ?

L'heure de plomb Bruce Holbert Toute nouvelle parution des éditions Gallmeister stimule mon cortex et enclenche une irrépressible attente, un vif émoi et la perspective d’un très bon, voire excellent moment de lecture. La promesse des grands espaces américains, d’un monde sauvage et de l’homme face à lui-même, à ses pairs et à cette nature, qui n’est là ni pour lui plaire ou le satisfaire. Alors effectivement,  une telle impatience impose une lecture immédiate pour soigner le mal qui ronge !

Nous voilà donc projetés dans l’État de Washington, au cours d’une des plus effroyables tempêtes de neige, que le pays ait pu connaître. Nous sommes en hiver 1918, et si le continent européen n’est plus à feu et à sang, ce mortel blizzard restera dans les mémoires comme le fardeau de plus d’une terrible année aux Etats-Unis. C’est par cette nuit de tempête que Matt et Luke, deux jumeaux de quatorze ans, tentent de rentrer chez eux avant de rebrousser chemin, perdus dans la neige, vers leur école. Ce qui sera la chance de Matt et scellera à tout jamais son destin. Leur institutrice, réussira à faire rentrer les deux garçons, et au cours de cette nuit de lutte pour la survie, Luke s’éteindra alors que Matt deviendra brutalement un homme. Il devra reprendre les rênes du ranch,  son père étant porté disparu depuis cette terrible nuit. Épris de la jeune Wendy, avec qui il consacre les dimanches à rechercher éperdument son père, le jeune adolescent entier et maladroit, lui fait une cour assidue et anonyme. Alors même qu’il est démasqué à la suite d’une terrible décision, il s’enfuit.

Un Ouest sauvage, des personnages arides, les graines d’une mythologie

Ce roman est un émouvant portrait d’un Ouest américain en passe de devenir une véritable mythologie, celui que nous gardons en tête de ces premiers côlons. C’est ce qui frappe très rapidement dès les premières pages. Nous sommes en 1918, mais la rudesse de la nature et d’un pays en construction, plus réellement balbutiant mais tellement jeune encore, nous donne le sentiment d’emboîter le pas de ces hommes et de ces femmes bien  décidés à forger un pays à la mesure de leur rêve. Malgré tout. Face à tout. Et pour cela la plus grande partie du roman vous saisit jusqu’aux tripes. La relation intense et déchirante de Matt et Wendy porte les stigmates d’une vie marquée par le drame. Mais qui dit grands sentiments ne dit pas forcément romance. L’écriture de Bruce Holbert, à la fois poétique et crue, rend un bel hommage à ces grands espaces et donne à ses personnages une incarnation forte et fragile. Cependant si une grande partie du roman est plus que prometteuse, son écriture alerte n’arrive pas à sauver totalement les personnages des méandres avec lesquels ils se débattent.  A trop vouloir en faire peut-être pour articuler son roman jusqu’en 1950, j’y crois plus difficilement. Si la psychologie des deux personnages principaux les incite à poser des actes forts, parfois assez radicaux et  générateurs de tension dramatique, l’introduction et l’évolution d’un personnage et certains micro-évènement apportent finalement une rupture bien trop étonnante, pour que le roman n’en souffre pas un peu dans sa dernière partie.

L’Heure de plomb vs Le Sillage de l’oubli

Pour la défense de ce roman, qui demeure malgré tout un assez bon roman, il faut dire qu’en choisissant L’Heure de plomb, je ressentais toute l’excitation de retrouver une saga familiale et historique – chose très étonnante car ce n’est pas forcément le style de roman vers lequel je me tourne spontanément, c’est dire si la caution « Gallmeister » est forte 😉 – comme le Sillage de l’oubli. Et c’est avec cette empreinte très vive, en arrière-fond, que ma lecture s’est faite. Or Le Sillage de l’oubli demeure pour moi un roman d’une exceptionnelle beauté, aussi sauvage et dur qu’il puisse être. Il fait partie de mes séismes littéraires, ces œuvres que vous ne pouvez quitter et qui ne vous quittent pas, pour lesquelles il y a un avant/un après, et que vous recommandez/offrez/prêtez à la lie. Et si je n’aime pas chercher « une lecture qui ressemble à », par la force du thème je ne peux qu’arriver à mettre en perspective ces deux épopées. Et s’il devait n’en rester qu’une, ce sera le Sillage, assurément, d’une puissance narrative plus maîtrisée.

 

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