Mois : janvier 2017

Les étoiles s’éteignent à l’aube, de Richard Wagamese

– Y faut que tu m’enterres face à l’est, dit-il. Assis, comme un guerrier.
– T’es pas un guerrier.
Son père était assis à tirer sur la cigarette qu’il tenait du bout de ses doigts maigres, puis il la lança par-dessus la rambarde. Il se leva, tendit le bras pour prendre la bouteille qu’il porta à sa bouche, avala deux gorgées, d’un coup sec, puis il jeta aussi la bouteille par-dessus la rambarde. Il se retourna vers le garçon, tituba un peu, mais il posa une main sur la table pour se stabiliser et regarda son fils les yeux mi-clos.
– Je l’ai été autrefois. Faut que j’te raconte ça. Faut que j’te raconte plein de choses.
– Comme ça tu veux marcher et parler du bon vieux temps ?
– C’était pas le bon vieux temps. N’empêche qu’il faut que tu écoutes ça quand même. C’est tout c’que j’ai à te donner.
– Ca ne sera jamais assez.

Premier roman édité en français de Richard Wagamese, auteur de la première nation Ojibwe, Les Etoiles s’éteignent à l’aube, est pourtant le septième roman de ce journaliste canadien. Une maîtrise d’écriture qui explique la puissance de ce récit intimiste et profondément émouvant sur la rédemption et la paternité.

Il s’agit de deux rencontres entre un père, Eldon, et son fils Frank. Une première rencontre ratée à sa naissance, un homme face au désarroi qui préfère confier son fils à un gardien, « un protecteur », le Vieux. Celle quelques années plus tard de ce même homme et de son fils alors âgé de seize ans. Tous deux savent très bien que le temps ne peut se rattraper, encore moins à la va-vite alors que Eldon, qui s’est détruit dans l’alcool, est mourant. L’homme qui a tellement déçu ce fils, lui impose une requête ultime : celle de l’emmener en montagne, au coeur de la forêt où il ne fut jamais autant heureux pour le déposer assis au pied d’un arme, comme un soldat, ainsi que le veut la tradition Ojibwe. Il s’agit pour le jeune Frank, adolescent sage et taciturne, d’aller au coeur de son histoire familiale, de se confronter à son identité, à ses racines. Eldon arrive Les etoiles s'éteignent à l'aube à baisser la garde  et faire tomber les masques. Sa longue confession livre son histoire, unique héritage de Frank.
Dans les terres sauvages du Canada, les deux hommes prennent la route et entament un chemin qui prend des allures de confession et de rédemption.

 Au coeur d´une Colombie britannique sauvage et parfois glaçante, père et fils livrent l’aridité de leur chemin, l’un ayant rencontré des souffrances insoupçonnées, le second ayant toujours grandi dans l’attente de ce père absent ou négligeant. La rédemption et le pardon en ligne de mire, ils entament un véritable « medicine  walk » au bout duquel un Golgotha les attend. Pas de crucifixion ou de résurrection en perspective, mais un échange de coeur à coeur.

Ce roman intense est une pépite de finesse disséquant les âmes et mettant en lumière leur fragilité malgré une rudesse apparente. Magnifiquement écrit, ce n’est pas un roman inutilement bavard ou versant dans une prose larmoyante. L’économie des mots est au service de la beauté des images et de la force des dialogues.  Les Étoiles s’éteignent à l’aube vous surprendra la dureté, la mélancolie mais aussi l’apaisement qui s’en dégagent.

Les Étoiles s’éteignent à l’aube
Richard Wagamese
Editions ZOE
288 pages. 20€. ISBN : 972-2-88927-330-0

À voir !

imageRichard Wagamese
Les Editions ZOE

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5 albums anti-morosité contre le Blue monday !

Le 3e lundi du mois de Janvier est qualifié de « blue monday« , le jour de l’année le plus déprimant !
Ce sont des études très sérieuses d’un psychologue, Cliff Arnal de l’Université de Cardiff, qui ont démontré que ce lundi ne serait pas un lundi comme les autres.
Sempiternel retour de week-end, oui mais que cela ! Le soleil et les températures sont au plus bas, les « vacances » de fin d’année commencent à être loin, et pour certains qui auront faits des folies à Noël, les dettes à éponger alors que le salaire semble être lui aussi tout aussi loin … Quant aux « résolutions » nouvelle année, elles ont en général pris un peu de plomb dans l’aile si elles ne sont pas désormais lettre morte … Fatalitas ? Ces études auraient financé par une agence de voyage prônant justement des produits spécifiques pour s’évader au morne mois de janvier et Cliff Arnal a également pris du recul face à ce travail et avoue désormais que la formule du lundi déprimant n’aurait pas de sens ! Ouf, nous voilà soulagés  😉

blue monday
W Weather (météo), (D-d) debt (dettes contractées à Noël – capacité effective de remboursement avant la prochaine paie), T Time (temps écoulé depuis Noël), Q (temps écoulé depuis nos résolutions du Nouvel An), M (Manque de motivation), Na (besoin d’agir) … Ne cherchez pas d’unités, il n’y en a pas oO !

Dans le doute, préparez chocolats et autres douceurs pour écouter une sélection subjective anti-morosité !

devendra banhart cripple crow
Devendra Banhart * Cripple crow

Un univers folk, joyeux, irrévérencieux et hautement joyeux, Devendra Banhart crée le renouveau de la folk psychédélique !

Donavon Frankenreiter * Move by yourself
Donavon Frankenreiter * Move by yourself

Entre funk, soul et jam, un album énergique !

Frida * BO du film
Frida * BO du film

Oscar de la meilleure musique de film en 2003, la BO d’Elliott Goldenthal vous emporte au Mexique,
entre une pointe de mélancolie et joie de vivre

Nathaniel Rateliff and the Night Sweats
Nathaniel Rateliff and the Night Sweats

Gros coup de coeur pour ce groupe récemment découvert entre vintage R&B, gospel et soul !
Une musique pleine de vie qui donne la pêche !

Iggy Pop * Lust for life
Iggy Pop * Lust for life

Pour son Passager et Lust for life, quels meilleurs médicaments anti-morosité ?

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