« Pomme cuite longtemps au four ». Qui résisterait à ce petit appel du pied ? La pomme arrive dans un joli moule en terre cuite en forme de pomme. la cuillère tournoie au-dessus avec cette peur exquise, celle que ce soit un peu trop chaud. Mais en bouche, consternation, c’est froid. Bah… ça arrive, mais c’est dommage. Un dessert loupé, c’est un peu comme un rendez-vous manqué, on pense d’autant plus à qui, à quoi on s’attendait. Le service passa pour la treizième fois et s’enquit des langueurs de notre appétit. Avec beaucoup de gentillesse, on fit part de la température discutable de la pomme.
– Vous avez tout à fait raison, s’indigna le directeur de salle, ce dessert doit être chaud ou tiède mais surtout pas froid ! Je vous le remplace immédiatement.
La bonne affaire ! Sauf que l’appétit s’était enfui, il était tard, il fallait repartir. Les cafés arrivèrent, le directeur aussi avec un topo pas piqué des hannetons.
– En fait, corrigea-t-il, j’ai demandé en cuisine, c’est comme ça que cela doit être servi : à température de pièce.
Sacrés chefs, ils ont toujours l’amour-propre que les grignote, le narcissime qui boulotte : jamais tort, toujours raison. »

aux innocents la bouche pleineAmoureux de la gastronomie, ce livre est fait pour vous ! A prime abord, il déroute. Ni guide, ni roman, mais riche en descriptions elles-mêmes savoureuses, véritable poésie culinaire et fort de réflexions « à point » sur la restauration de notre chère capitale, tranchantes comme un fil à couper le beurre sur la « peoplisation » et autres effets de mode dont souffrent également les bonnes – mais aussi les mauvaises adresses – toquées ou non ; « Aux innocents la bouche pleine« , à la fois un carnet de bord et une ballade gastronomique, en compagnie de François Simon, critique gastronomique à Paris Première et au Figaro.

Son écriture limpide  produit en vous un sentiment d’intimité très fort avec François Simon, voire de communion au fil de ses réflexions ! Tantôt sévère,  tantôt élogieux,  mais toujours à juste titre, il redore le blason de chefs oubliés ou exclus des cercles parisiens bien-mangeants bien-pensants (id est Alain Senderes, Tateru Yoshino et bien d’autres), parfois empreint de nostalgie (que sont devenues les Halles …), il n’hésite pas à sanctionner la médiocrité, la concupiscence étudiée face aux modes qui poussent certains à vendre l’âme de lieux devenus « mythiques » dans le Paris culinaire, et ceux jouant de l’esbroufe pour quelques euros de plus.

Avant toute chose, Aux innocents la bouche pleine, est une ode à la « vraie » gastronomie, respectueuse du palais, surprenante en bouche, créative et terriblement délicieuse …

A découvrir également :

Son excellent blog qui décortique avec humour l’actu culinaire (à suivre de près les catégories « Mes Tables du moment » et « Ah, non pas ça »)

Ses deux précédents ouvrages :Manger est un sentiment, (Belfond, 2003) et Comment se faire passer pour un critique gastronomique sans rien y connaître, (Albin Michel, 2001)

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.comle site Babelio , premier réseau social autour du livre : vous pouvez y critiquer des livres, partager vos opinions avec d’autres lecteurs et trouver de nouvelles idées de lecture. Vous bloguez et souhaitez critiquer également des livres ? Guettez la prochaine session de Masse Critique et participez à ce projet. Un remerciement et un bravo spécial à l’équipe de Babelio.

Rendez-vous sur Hellocoton !