A ma gauche, le prix Femina 2015, décerné à Christophe Boltanski. A ma droite, le huitième film de Quentin Tarantino. En commun ? Un sentiment détonnant d’inachevé alors même que les critiques ont pu littéralement créer l’événement autour de ces deux œuvres .

La cacheLa Cache est ce premier roman de Christophe Boltanski, dont le nom de famille n’est plus à présenter entre un oncle plasticien célèbre (Christian) et un père poète (Luc). C’est une fenêtre sur cette famille impressionnante et étonnante qui inspire une fascination certaine par sa liberté créatrice et son non-conformisme. Mais une histoire exceptionnelle suffit-elle à faire un roman exceptionnel ? La Cache ne manque pas de charme, avec ses portraits croqués sur le vif dans une véritable maison littéraire : c’est en pénétrant dans la maison d’enfance que les souvenirs s’égrènent au fil des pièces. Une fois franchi le seuil de la cour, on a le sentiment que cette famille si joliment présentée va vous embarquer pour une ronde tournoyante. Et pourtant, la douce mélodie murmure sans jamais m’embarquer véritablement. Le style est un peu sec, et les phrases ne m’envolent pas dans une certaine magie, une certaine poésie. Trop d’attente de ma part ? Certainement. une exigence accrue concernant l’écriture ? Oui, je deviens bien difficile. La grandiloquence des critiques me fait me demander si « je ne passe pas à côté » du roman. Aussi je le reprends un peu plus tard, mais je finis par l’abandonner un peu honteusement (car même si les romans ne manquent pas cela me désarçonne toujours de ne pas rentrer dans un livre, une somme de travail dans lequel un auteur a cherché à nous embarquer) mais aussi un peu remontée par le consensus des critiques presse loin d’avis plus partagés du lectorat.

Du goût et des couleurs ou consensus mou ? Voir ou ne pas voir le dernier Tarantino ?

Les huit salopardsAttendu comme un petit bonbon, c’est avec un goût amer que le visionnage du film (plutôt pénible) s’achève, parce qu’il manquait ce supplément d’âme qui fait la différence entre un film éclatant et un film vraiment moyen. Malgré un casting de haut vol avec de brillants acteurs (les fidèles de Tarantino auxquels se greffent Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins – géniallissime flic corrompu dans The Shield, Kurt Russell), le film ne décolle pas ou si tard, maladroitement et poussivement. L’action de la première heure possède un temps de traitement si disproportionnée que la tuerie finale, inéluctable arrive comme une délivrance. Et pourtant, l’ouverture peut couper le souffle, nous retrouvons les codes des meilleurs westerns et la musique d’Ennio Morricone qui arrive lancinante. Les personnages sont introduits un à un de façon presque théâtrale, mais la traversée enneigée se transforme en traversée du désert pour le spectateur qui s’essouffle malgré la beauté des paysages. Au bout d’une heure, nous n’en pouvons déjà plus et sommes enfin contents que ce petit monde soit enfin réuni, les réjouissances vont pouvoir commencer ? Passons au-delà de ces propres rythmes qui peuvent être aussi personnels, le scénario reste extrêmement léger (un timbre-poste le contiendrait) et peine à être sauvé par quelques éclairs d’humour dignes de Tarantino, entaché par d’une scène plus particulièrement salace – un viol appelons ça par son nom – qui n’apporte rien au scénario sinon une provocation déjantée/puérile/malsaine choisissez. Et si la tuerie tant annoncée relance le suspens dans le jeu des alliances, sa tension est résolue à travers un jack-in-the-box inattendu et finalement guignolesque gâchant le plaisir du spectateur, saccageant finalement la résolution de ce pénible huis clos. Une maladresse incongrue de la part d’un réalisateur aguerri qui n’est pas au midylle de sa forme,  car s’il y a deux faux-pas à proscrire, c’est bien ceux-là : celui de trop donner au lecteur-spectateur ou encore celui de ne rien semer pouvant créer une véritable frustration. Et Ennio dans tout ça ? Ennio s’est également perdu en route et la bande-originale soignée marque de fabrique de l’univers tarantinesque disparaît tout simplement de votre mémoire.  Mais pourquoi donc Quentin a-t-on envie de s’écrier ! Espérons que les deux derniers films de Tarantino fassent preuve de plus de souffle et de panache à l’instar des films qui lui ont fait une réputation sulfureuse mais de réalisateur soignant ses petites perles.

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