Je ne me rappelle pas ce que tu portais, dit l’intéressé. Mon seul souvenir, c’est que tu étais un petit con teigneux.
– Tu m’as bien regardé là ?
– Et toi, tu t’es regardé ? Te voilà devenu un vieux con teigneux, c’est tout.

Derniers feux sur sunset

Derniers feux sur Sunset est ce petit bonbon de la rentrée littéraire qui ravira les aficionados de Fitzgerald, mais charmera aussi celles et ceux séduits par l’atmosphère surannée et extatique du Hollywood des années 30.

Derniers feux sur un amour

Francis Scott fête ses dix-sept ans de mariage avec Zelda Sayre. C’est un anniversaire de mariage pas comme les autres au Highland Hospital. Sa femme n´est plus que l’ombre de la pétillante jeune femme qui l’a subjugué tant sa schizophrénie l’a atteint. Un monde prend fin et celui à venir reste encore incertain. Sans le sou, les Fitzgerald ont été rettrapés par leur insouciance et leurs excès. La porte de salut semble être sur la côte Ouest, où Scott doit se rendre pour rejoindre la cohorte des écrivains-scénaristes de la MGM. Rien n’est acquis, sa réputation d’alcoolique porte une ombre à la célébrité acquise avec Gatsby et Tendre est la nuit. Il doit montrer patte blanche avec une sobriété impeccable et évoluer au sei  un microcosme qu’il a quitté il y a quelques années déjà mais semble avoir bien évolué.

Une aventure hollywoodienne mais avant tout une aventure humaine

Dans ce roman biographique, Stewart O’Nan offre un portrait saisissant et extrêmement touchant du chef de file de la Génération perdue. Nous pénétrons dans son intimité forgée autour de sa femme Zelda, sa fille Scottie, et son dernier amour Sheilah Graham. Nous sommes bien loin du conte de fées et de l’image tourbillonnante que nous nous faisons à l’évocation du couple Scott/Zelda et découvrons un homme dépassé par les événements. Attaché à son épouse, père attendrissant et complice avec sa fille, c’est un homme qui dout faire face à ses démons, acharné de travail etmalmené, qui entrevoit enfin une vie apaisée et harmonieuse. Ses dernières années méconnues semblent un soleil couchant sur un monde où la création est déjà grignotée par l’affairisme et les compromissions. Désenchanté par son amitié désormais à sens unique avec Hemingway et traité avec nonchalance comme un scénariste parmi tant d’autres, alors même que d’autres récolteront les fruits de son travail, Scott impressionne par la puissance de sa contradiction. Battant qui souhaite s’imposer, mais aussi fatigué et las, rongé par son attraction pour l’alcool, il se révèle à la fois magnifiquement fort et faible. Profondément humain.

Une plume fine servie par une traduction impeccable

Concentré sur les dernières années de sa vie (1937-1940), O’Nan retrace sans misérabilisme, ni voyeurisme, l’effondrement qu’évoque Fitzgerald dans une nouvelle éponyme. Extrêmement bien documenté, il fait revivre un Hollywood palpitant, où se croisent Bogart, Hemingway, Dietrich … et cela sans tomber dans le revue mondaine et le boursoufflement des anecdotes. Son approche sans être psychologisante est suffisamment équilibrée pour entrevoir cette personnalité complexe. Quant à la traduction de Marc Amfreville, qui s’est attelé aussi au somptueux Lettre Écarlate mais également au Sillage de l’Oubli, elle se remarque par son élégance et sa précision respectueuse du style de O’Nan.

Derniers feux sur Sunset
Stewart O’Nan
Editions de l’Olivier
396 pages. 23€. ISBN : 9782823605280

A voir !

imageles Editions de l’Olivier

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