Enfance / Insouciance. Rime pauvre et paresseuse. Calamiteuse.

donationCette autopsie d’une relation mère-fille évoque la pesanteur des secrets de famille pour une (trop) petite fille, face à l’opacité du monde des adultes. A l’occasion de cette donation, l’auteur revient sur sa jeunesse avec une mère maniaco-dépressive, à une époque, où cette maladie n’était pas encore reconnue comme une maladie, mais perçue comme un tempérament extravagant. Incompréhension de la mise à l’écart et douleurs du passé se font plus vives en se penchant sur l’après-parents. Se confronter à la mort a un pouvoir réfléchissant duel. Dans un jeu de miroir, Florence Noiville est amenée à examiner sa vie et ses relations avec ses parents. Sa vie telle qu’elle est, telle qu’elle était, telle qu’elle était rêvée. Toutes ces « vies » ont un dénominateur commun, une seule et même source, une origine et un commencement : la naissance et la jeunesse. C’est le chemin qui mène Florence Noiville à analyser cette donation : il ne s’agit pas d’un simple transfert de propriété (de nue-propriété symbole de dépouillement et d’un entre-deux). Non. Cette donation matérielle révèle au grand jour, une autre donation impalpable, indéchiffrable et non-monétaire : celle de l’éducation et de l’amour, de nos forces et de nos faiblesses, ce qui fait la richesse et l’unicité de chacun. Mais au-delà, en filigrane, elle nous pose cette question : et si notre vie était conditionnée par quelques héritages hors de notre contrôle ? N-a-t-elle pas mené sa vie, en fonction de cette épreuve ? Y-at-il réellement des familles « maudites » dont les blessures suivent et poursuivent les générations ? Peut-on recevoir les maladies de l’âme en héritage ?
Mais La Donation nous conte également une histoire d’amour. Celle de la narratrice avec ses parents. Comme toute histoire d’amour, celle-ci n’est pas dénuée de conflits, d’incompréhension mais aussi de passion (ibid de souffrances) , quand imperceptiblement ou brutalement nous quittons l’enfance :

Nous sommes tous orphelins. Notre soif de consolation est inépuisable. J’avais dix ans quand j’ai perdu mes parents. Tous les deux sont en pleine forme aujourd’hui, mais je ne cesse de remuer ciel et terre pour retrouver quelque chose de la vie d’avant. Quoi, je ne saurais le dire exactement. Je cherche le sol primitif. Une trace d’avant le vacillement du monde.

Chaque enfant est marqué par une pierre, petit caillou ou gros rocher, contre lequel il trébuche et qui marque la fin de son « innocence » , telle une initiation, lors de laquelle les masques tombent. La Donation évoque également ces souvenirs vifs ou pauvres, difficilement appréciables par leur éloignement dans le temps et notre « habit » d’adulte.

 Tout tournait autour. La donation ou plutôt le don. Avec toutes ses variations : l’abandon, le don, le pardon.

Journaliste et rédactrice en chef du Monde des Livres,Florence Noiville signe ici son premier roman, après un passage prolifique en littérature jeunesse et une biographie d’Isaac B.Singer. Elle écrit également sous son nom d’épouse, Florence Hirsch, sous lequel elle a publié le merveilleux roman jeunesse, Je Cherche Les Clés du Paradis, qui évoque le deuil et la perte et fait écho à la Donation.

La Donation
Florence Noiville
Edition Stock
126 pages. 13€. ISBN : 978-2-234-05903-0

Ensemble de critiques consacrée à l’enfance dans la littérature à paraître dans la revue In-Fusion, n°2 « l’enfance ».
Diffusion et distribuion : Editions du Jasmin (www.editions-du-jasmin.com). Tél : 01.41.27.04.48 / Fax : 01.42.70.11.59

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