C’est ce qui rend une rubrique nécrologique si troublante à mes yeux. Savoir qu’il y a toujours une autre histoire derrière ces quelques lignes, une histoire faite de toutes les complexités et de tous les secrets qui constituent une vie humaine. Se dire qu’un jour ou l’autre, votre vie sera elle aussi condensée en quelques mots… si vous avez cette chance.

la femme du VeCe roman noir teinté de fantastique est effectivement assez surprenant. Tout d’abord loin de clichés communs sur un Paris glamour et romantique, cet auteur américain dépeint un quartier et un environnement de la capitale, qui change de l’angle couramment utilisé par la littérature étrangère : affaires louches, règlements de compte, univers des immigrés clandestins confrontés à des réseaux exploitant leurs statuts pour effectuer de basses besognes ou les exploiter. En somme : un Paris glauque des sous-sols et des chambres de bonnes.

Le personnage de Harry est pour le moins attachant, ballotté par des évènements qu’il n’a pu contrôler, il tente de réaliser son rêve en devenant écrivain à Paris. On ne sait rien de lui, sauf que tout a commencé « l’année où [son existence] s’est écroulée » et l’auteur distille patiemment et habillement les éléments de la vie de Harry, si bien que nous avons du mal à le cerner : en fuite pour quels motifs ? de quoi est-il coupable ? Déjà le thème fort de la culpabilité qui hante ce roman apparaît subrepticement. Peu à peu, son installation prend forme même si on peut se demander comment Harry n’arrive pas à se débrouiller mieux que cela (il peut bénéficier du réseau d’un ami, s’appuyer sur les ambassades etc.), et se laisse ainsi roulé dans la farine. L’intrigue prend un autre relief avec l’introduction du personnage féminin, Margit, femme mystérieuse, qui arrive à point nommé dans la vie de Harry. De rencontres en confidences, ils se dévoilent : l’un victime d’une manigance tragique éhontément préparée par l’amant de sa femme, l’autre femme comprise dans un accord adultérin vénal, veuve et mère inconsolable après la disparition de sa famille. Un point en commun : le sentiment de culpabilité mais aussi un désir plus ou moins vif et conscient de vengeance. Le thriller est jusque-là bien mené, rythmé même si certains passages peuvent paraître un peu long, mais nécessaires à la mise en place de l’intrigue.

Celle-ci rentre dans un 3e temps. De confessions en confessions, la vie de Harry prend une tournure cauchemardesque et quelque peu … fantastique. Les étranges coïncidences, mises en avant par l’éditeur, se multiplient effectivement, et peut-être beaucoup trop … le lecteur alors adhère ou pas au scénario proposé. La solution de l’intrigue pointe le bout de son nez assez tôt, ce qui est un peu décevant et flagrant surtout le lecteur  est un fervent adepte des thrillers ou des fantastiques. L’étude de la culpabilité et de la vengeance reste bien traité. Quant au fantastique et à la place de la femme dans le fantastique, il rappelle Les Diaboliques de Barbey d’Aurévilly ou Le Roman de Théophile Gautier où la femme sensuelle et onirique reste puissante, voire maléfique. Cependant, le mélange des deux genres ici me laisse dubitative. Un bon roman, mais qui comporte pour moi, une faiblesse : une fin incompréhensible, un peu légère et convenue. En tout cas, je vais relire Barbey d’Aurévilly et Gautier pour le plaisir de la langue. Peut-être un mauvais choix pour découvrir cet auteur.

Le Femme du Ve
Douglas Kennedy
Editions Belfond
377 pages. 22€. ISBN : 978-2-7144-4992-4

 

A voir !
Pour lire le premier chapître sur le site officiel de Douglas Kennedy (en français)
Le site de Douglas Kennedy

 

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