« On dit qu’il était timide. 

Qu’il avait le charme efféminé des timides.

Leur douceur.

On dit qu’il approuvait courtoisement les conneries qu’on lui expliquait plutôt que d’en débattre. Qu’il était incapable de dire non. Qu’il était incapable de soutenir un regard hostile. Que lorsqu’il parlait il mettait la main devant sa bouche, comme pour s’excuser de l’ouvrir.

On dit qu’il l’ouvrait peu.

hymne lydie salvayreet pourtant à 8h00 du matin, le 18 août 1969, Jimi Hendrix va l’ouvrir. Et pas qu’un peu.

Il clôture le festival de Woodstock, quatre journées de musique non-stop, avec l’hymne national américain. Et quel hymne ! The Star-Splangled Banner, réinventé, détourné, dans une interprétation free-jazz qui révolutionne sa musique. Lui, dont le producteur souhaite le cantonner à son image rock, glamour et sexy, tellement vendeuse. Lui, qui depuis le mois de juillet, travail avec des musiciens de son choix, au sein des Gypsy Sun & Rainbows, lui qui souhaite tant s’orienter vers le jazz, et enfin tourner la page de Hey Joe … Il va se livrer entièrement dans cette interprétation, véritable pamphlet musical, dans lequel l’on peut entendre les bombes qui éclatent au Viet-Nam …

Il n’est alors pas tendre avec son pays natal, qui lui mena la vie dure dès son plus jeune âge, lui le métis, né d’un père noir et d’une mère d’ascendance Cherokee. Et c’est en Angleterre que son talent éclatera au grand jour, le portant aux nues en moins de deux mois … Les tournées vont s’enchaîner, pressé de plus en plus par un manager sans vergogne, qui lui filera dope et stimulants pour que son poulain tienne le choc, jusqu’à celui-ci perde l’âme de sa musique et, se lance dans une dernière estocade, un ultime geste de liberté de prise de contrôle de sa vie avec Gypsy Sun & Rainbows …

Après avoir eu pour objet d’écriture, son compagnon, l’éditeur Bernard Wallet, créateur des éditions Verticales, Lydie Salvayre s’attaque au mythe Jimi Hendrix.

Puissant sujet celui de ce mythe de la musique, et tâche rude s’il en est que d’écrire ce moment furtif, à la charge émotionnelle  intense, ce 18 août 1969 …  Comment donc effectivement ne l’aborder que sous la forme d’un hymne, d’une louange longue et profonde. Bien sûr, ce roman flirte avec la biographie, un tantinet, juste le sel suffisant pour appréhender le génie, même si elle n’en est pas le but premier … L’on comprend mieux au travers de ce parcours, que ce moment était ne pouvait être autrement fort, que sur cette scène Jimi Hendrix, mit tout son être, toute son histoire, mais aussi toute l’histoire de ses semblables, de ceux noirs interdits de s’asseoir dans les bus américains, de ce monde qui après la ferveur et l’optimisme des années hippies, continue à déchanter et à voir poindre un monde non pas meilleur, mais un monde toujours en guerre, plaçant le commerce au coeur de tout, y compris de la musique, dont Hendrix, tout comme Elvis, représente une icône du star-system, broyé par la volonté de fer d’un homme de commerce et non d’art.

Avec des intonations justes, Lydie Salvayre développe une longue mélopée, rythmée et musicale, qui nous plonge instantanément à la charnière de ces deux mondes, les années 60 triomphantes et les années 70 désenchantées. Son portrait amoureux et passionné d’Hendrix ne perd pas de son souffle jusqu’à la dernière page.


Jimi Hendrix -The Star Spangled Banner… par rehearsais

Hymne
Lydie Salvayre.
Editions Le Seuil.
240 pages. 18€. ISBN : 978-2-02-098555-0

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