On ne peut atteindre quelqu’un que s’il possède une conscience. On ne peut punir quelqu’un que s’il a des espoirs que l’on peut contrarier, ou des attachements que l’on peut rompre ; quelqu’un qui se soucie de ce que l’on pense de lui. On ne peut punir que des gens qui ont déjà un tout petit peu quelque chose de bon en eux.

 

il faut qu'on parle de kévinUn livre qui vous tient en haleine.

Même si le postulat de base peut faire craindre le sensationnel ou le pathos – l’histoire de la mère d’un de ses enfants  » de Columbine », un de ses enfants tueurs aux Etats-Unis – , vous êtes pris par  le récit tant par sa structure que son contenu.
En effet, le roman se base sur l’envoi de lettres de cette maman, Eva, à son ex-mari, Franklin, après la tuerie commise par son fils. Deux ans après l’horreur et moult rencontres fortes en adversité avec son fils incarcéré, cette mère tente de comprendre. Comprendre non seulement comment cela a pu arriver, le « pourquoi » persécuteur et harassant auquel elle doit faire face au quotidien et dans ses relations aux autres. Comprendre également où en tant que parents, le couple a pu échouer dans l’éducation du fils car deux visions très différentes opposent le père et la mère, et cela dès la grossesse. Poussée par l’ambivalence de ses sentiments à l’égard de son enfant, qui s’avère cruel et difficile dès le plus jeune âge, cette mère se pose l’ultime question : peut-on haïr l’enfant né de ses entrailles ?
Ces lettres, parfois dures au début, souvent émouvantes au fil des confidences, évoquent avant tout les difficultés de la maternité et de l’éducation, auxquelles les femmes d’aujourd’hui peuvent être confrontées. On peut atténuer son propos par le fait que l’auteur en question n’a pas vécu elle-même une maternité et que ce livre l’a poussé à refuser de devenir mère à son tour. Certes. Mais le propos reste juste. Nous sentons le désarroi croissant de cette mère face à son enfant, atypique et dur, qui l’a toujours rejeté et sème la zizanie dans son couple. Un livre bouleversant qui ne laisse pas indifférent.
Un des derniers livres j’ai dévoré. Un coup de coeur, un coup de poing.

Orange Prize 2005.

Il faut qu’on parle de Kévin.
Editions Belfond.
480 pages. 21€. ISBN : 2714441181

A voir !

Le site des éditions Belfond

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