La plupart des gens passent leur vie sans jamais savoir ce qui se cache sous les pierres sur lesquels ils marchent. Les flics passent la leur à soulever ces pierres et à affronter ce qu’ils y trouvent

Voilà une trilogie qui vous rendra Peter May-niac !

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Tout d’abord, je vous aurais prévenu : prévoyez quelques heures d’égoïste solitude pour pouvoir savourer ce frisson écossais, car seule l’heure du grand saut dans la vie de Fin Macleod vous est connue … après vous ne pourrez que subir les affres de votre emploi du temps, cherchant de-ci, de-là, quelques précieuses minutes pour vous replonger dans votre enquête. Vous développerez ou affûterez pour les plus matheux d’entre vous un goût quasi pathétique pour les statistiques et les proba –   « En misant sur un retard éventuel mais très probable du tram de 2 minutes, sachant que je peux lire un chapitre en deux stations, que mon trajet dure encore 7 minutes … » – pour caresser l’espoir de poursuivre votre chemin à ses côtés …
Vous deviendrez également un peu schizophrène, ne souhaitant pas non plus venir à bout de ses aventures, non pas que les crimes écossais aient ce petit charme en plus mais en ouvrant la Trilogie écossaise, vous pénétrez non seulement dans l’histoire d’une île ensorcelante et brumeuse, Lewis, mais vous ouvrez les portes d’une vie d’un homme attachant avec ses forces et ses faiblesses, Fin Macleod. Car Peter May, loin d’être sadique, est un conteur et raconter qui aime les hommes, leur histoire, leur culture.

Nous découvrons Fin, pierre angulaire de sa trilogie dans L’Île des chasseurs d’oiseaux. Inspecteur à Edinburgh, il doit revenir sur les terres de son enfance, Stornaway, petite ville des Hébrides, à  l’occasion du meurtre d’un ancien camarade de classe, Ange Macritchie. Le mode opératoire de ce meurtre ressemble étrangement à une affaire sur laquelle il enquêta sans serrer l’assassin. Pendu et éventré, la mort violente d’Ange semble être le reflet de la cruauté et la violence dont il pouvait faire preuve. Arrivé sur place, Fin voit resurgir les fantômes du passé, la mort de ses parents, son enfance empreinte de mélancolie auprès d’une tante effacée, et ses amis restés sur l’île qu’il quittât sans un regard en arrière, dont la belle Marsaili, éternel amour de jeunesse, Artair, meilleur ami et actuel mari de Marsaili, avec qui il partage un lourd secret scellé lors de l’ancestrale chasse aux fous de bassin sur l’An Sgeir, dont aucun d’eux n’est revenu indemne. C’est donc un Fin retrouvant les ruines d’un passé, et luttant contre un présent à la dérive avec la mort de son fils renversé par une voiture quelques mois plus tôt, qui débarque sur cette terre familière. Très vite, des discordances se révèlent lors de l’autopsie.  Plusieurs pistes se dessinent, Ange s’étant mis à dos la majorité de la population par son comportement mécréant, il est d’ailleurs accusé du viol de la fille du pasteur, Donald Murray, ami d’enfance Fin …

« North Rona from the Island of Sulasgeir - geograph.org.uk - 1034211 » par john m macfarlane. Sous licence CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons
« North Rona from the Island of Sulasgeir – geograph.org.uk – 1034211 » par john m macfarlane. Sous licence CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

Dans L’Homme de Lewis, nous retrouvons Fin, décidé à retaper l’ancienne maison familiale. La grande force de ce nouvel opus est d’être réellement originale, en baladant à nouveau dans les arcanes du temps : un homme des tourbières est retrouvé, âgé d’une vingtaine d’années lors de sa mort, il peut avoir été assassiné il y a 20, 30, 50 ans comme il y a quelques milliers d’années ! En tout cas, il s’agirait du troisième homicide commis sur cette île mystérieuse. Encore une fois, le souci de documentation et de précision de Peter May fait mouche pour développer une intrigue historique et moderne, revisitant la face cachée des homers, ces enfants placés ou orphelins, laissés entre les mains de l’église presbytérienne. Cela vous rappellerait étrangement les Magdalene Sisters irlandaises, mais ne vous y fier pas, car si vous pensez connaître les sentiers écossais, vous verrez qu’ils vous réservent de belles surprises.

Le dernier opus Le Braconnier du lac perdu confronte Fin et son entourage à leurs démons, à l’histoire commune de leur île, mettant ainsi en lumière également un fait réel méconnu, celui de la tragédie de l’Iolaire. Ce fut la deuxième plus grande catastrophe maritime britannique après le Titanic, qui eut lieu en le 1er janvier 1919. De retour du front ardennais, sa coque s’ouvrit contre les récifs en approchant du port de Stornaway, près de 200 soldats y perdirent la vie, 180 d’entre eux étaient de l’île …

Vous l’aurez compris, il s’agit de polars, mais bien plus encore, d’une véritable ballade écossaise à travers ses habitants et leurs histoires. Captivante, cette trilogie est un véritable pageturner servi par une écriture alerte et poétique, pleine de sensibilité et de rudesse! Vous trouverez auprès de Fin une véritable famille écossaise que vous ne souhaiterez pas quitter de sitôt. Si les éditeurs anglo-saxons n’ont pas daigné publier cette trilogie, on ne peut que se féliciter de ce choix du Rouergue qui propose une réédition so scottish !

La Trilogie Ecossaise
Peter May
Editions Le Rouergue
1 008 pages. 26,90€. ISBN : 978-2-8126-0706-6

A voir !

le site de Peter May
le site des éditions Le Rouergue

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