L'affaire farewell

Sorti en septembre 2009, ce passionnant film de Christian Carion vous emmène au coeur d’une des dernières grandes affaires d’espionnage, en pleine Guerre froide.

1981, Paris-Moscou, deux mondes se rencontrent : celui de Sergueï Grigoriev, colonel travaillant au KGB et déçu du régime communiste, et celui de Pierre Froment, ingénieur dans une entreprise informatique multinationale, menant une vie paisible, voire ennuyeuse. Grigoriev est prêt à vouloir communiquer aux services français, moins surveillés que la CIA, des informations de premier ordre, permettant de mettre à mal l’espionnage industriel des autorités Soviétiques, qui jusqu’à présent arrivent grâce à leurs taupes à rattraper le bloc de l’Ouest dans la surenchère technologique et militaire. Pour ce faire, il fait appel à son ami Jacques Prévost, patron de Pierre Froment et informateur ponctuel de la DST.  Pierre Froment doit faire le lien entre les deux hommes, et avec la DST à Paris. D’abord réticent, il accepte de communiquer une première liste de 15 noms et ce qui lui semble être la lubie d’un mythomane est en fait une liste d’agents doubles occupant des places stratégiques dans les puissances occidentales … Grigoriev désormais baptisé Farewell  constitue une source d’information vitale pour celles-ci et pourrait bien faire basculer ce monde bipolaire à l’avantage de l’Ouest.

AU cœur des  adaptation cinématographique magistrale

L’essentiel du film se concentre sur le jeu diplomatique mené par les Français et les Américains : il faut se rappeler que Mitterand fraîchement élu, voit avec son gouvernement Mauroy, l’arrivée de quatre ministres communistes, ce qui n’était pas du goût de ses alliés outre-atlantique … Jeu diplomatique d’autant plus délicat après le Discours de Cancun, lors duquel il critique vertement les Etats-Unis pour leur embargo cubain. Allié ou ennemi, les deux nations à couteaux tirés arrivent à s’entendre que l’importance cruciale de ces informations. Enfin l’aspect le plus fort du film se joue grâce au talent d’un Kusturica magistral, sur lequel repose une grande partie du film : son jeu complexe rend le personnage de Grigoriev (Vladimir Vetrov en vrai) impalpable et certainement plus complexe qu’un simple traître amer et déçu : il est avant tout un homme amoureux de sa patrie et souhaitant voir celle-ci changer,  que cela dut  passer par la trahison … et par la renonciation à une nouvelle vie à l’étranger. Bon vivant, il aime le cognac, mais aussi les chansons de Ferré, et les femmes, à vrai dire sa femme et sa maîtresse : ce sont les seules faiblesses qu’il s’autorise.

Une adaptation cinématographique magistrale

Basé sur le livre de Sergueï Kostine, Bonjour Farewell, le film de Christian Carion, présente la trame générale de cette affaire qui conduira à l’identification de près de 420 agents doubles, dont 250 dits de « ligne X », c’est-à-dire, opérant dans l’espionnage industriel.

Guillaume Canet, qui interprète Pierre Froment (aka Xavier Ameil, désormais honorable octogénaire !), donne de l’ampleur à son personnage au fur et à mesure de l’intrigue : d’abord timoré, l’apprenti espion développe une assurance et une audace nouvelle.

Le duo d’acteurs est également servi par d’excellents seconds rôles, comme Niels Arestrup et Willen Dafoe. Les prestations de Phillippe Magnan en Mitterand (cependant moins convaincant d’un Michel Bouquet) et de Fred Ward en Reagan (étonnants clins d’oeil sur sa courte carrière cinématographique ! ) sont un peu plus mitigées car plus stéréotypées.
A noter, la B.O réalisée par Clint Mansell, qui a travaillé égalemetn sur la B.O. de Requiem for a Dream d’Aronofsky.

Pour résumer, vous serez certainement séduits par une action rondement menée et un casting de haut vol avec un magistral Emir Kusturica.

Filmographie de Christian Carion
Joyeux Noël (2005)
Une hirondelle a fait le printemps (2001)
Monsieur le député (1999)

A voir !
Le site officiel du film

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