Le mystère Jérôme Bosch

Vous pourriez légitimement vous dire que c’est un peu court ton titre en somme ! Et direct avec cela, pourquoi donc ? C’est que j’attendais beaucoup de ce livre découvert sur les présentoirs de mon libraire préféré au hasard d’un vagabondage littéraire. Un terrible espoir, Bosch étant un de mes peintres préférés que j’ai eu le plaisir d’étudier de façon un peu approfondie. Un peu trop peut-être pour ce livré qui pourtant s’adresse à un lectorat connaissant bien son Jardin des délices.

Précisons le contexte.

De nos jours, un prêtre tente de détruire le tableau avec de l’acide qui fort heureusement n’abime qu’une partie du triptyque. Quel maladresse me direz-vous, ou comme le hasard est bien fait cela dévoilé la présence d’un texte au restaurateur et à l’enquêteur.

Retour les années 1510. Nous sommes à Bois-le-Duc, un tout jeune apprenti arrivé pour rejoindre l’atelier du maître. L’inquisiteur de Baerle sévit. Alors que la population le craint, le peintre poursuit sa fronde.

Les amoureux de Da Vinci Code aimeront, les amoureux de Bosch seront plus mitigés …

Ce roman n’est pas désagréable en soi mais finalement je l’ai trouvé sans intérêt littéraire ni artistique. Et pourtant j’ai voulu y croire et c’est peut être pour cela que j’en suis d’autant plus fâchée qu’il fallait peu de chose pour que ce soit un bon roman. Deux choses et pourtant pas des moindres.

Tout d’abord ce début ne sera pas sans vous rappeler un autre roman historico-mystico-ésotérique … Passé ce léger désappointement, cette petite irritation liée au déjà-vu  – à titre personnel – la lecture se poursuit, en espéra que cet artifice maladroit serve finalement une mise en abîme plus conséquente de l’intrigue au temps de la réalisation du triptyque … aussi conséquente que lorsque nous basculons de nouveau dans le temps présent, c’est à se demander quel est le réel intérêt de cette intrigue parallèle, très, très mince. Le lien subtil et tenu tient dans le nom identique de son deux prêtres ? Que nenni … Quant aux « experts » contemporains, ils sont creux, vous oublierez très rapidement leur nom.

Et ce n’est pas seulement stylistiquement que nous pouvons reprocher à ce roman son étrange parenté sinon patronage d’avec le Da Vinci Code.  Rendons d’abord justice à l’auteur qui insiste bien sur le fait que la très riche iconographie de l’époque était un langage à part entière et que chaque symbole n’a pas livré toute sa richesse sémantique … puisque comme toute langue, la langue picturale évolue, et ses mots, les symboles, ont également changé de sens au fil de l’histoire. Alors pourquoi diantre, si le Jardin des délices est un chef d’oeuvre n’a pas livré tous ses secrets et qu’il est désormais historiquement établi que Jérôme Bosch ne faisait nullement partie de la secte des Adamites présente à Bois-le-duc , pourquoi tordre le fil de l’histoire pour le faire rentrer dans ce scénario ? Le personnage et son œuvre ne sont-ils pas déjà suffisamment impressionnants pour une fiction ?

Et quel est cet étrange rapport au désir féminin ? J’avais arrêté une précédente lecture, La Religion de Tim Willocks, pour le citer, car assez schématiquement au bout de cent pages, il s’averait que la trame narrative tournait autour d’une tuerie suivie d’une coucherie. Sans pudibonderie aucune, je fais cette remarque mais si les défauts du grand écran passent parfois mieux la littérature part son temps propre offre un tel effet grossissant sur ces faiblesses qui peuvent vraiment mettre à mal l’univers que l’auteur s’attache à instaurer. Ici ce n’est pas aussi prégnant mais le dernier chapitre se clôture de façon vaine et me laisse déçue alors que l’intrigue historique arrive à un point où elle peut se relever des maladresses précédentes. Si le message ésotérique de Bosch est de remettre en place le matriarcat, visiblement sous la plume de l’auteur, son incarnation prend la forme d’un fantasme masculin. Paradoxal, non ? C’est à penser que l’idee même de matriarcat serait un artifice pour flatter le lectorat féminin tout en satisfaisant le lectorat masculin

Pourquoi cet article ? Même si l’ouvrage m’a déçu, il peut trouver un lectorat qu’il sera sensible à la trame historique et thriller, en recherche d’un roman dépaysant. Il a le mérite de faire revenir les Pays Bas du XVIe siècle, tout en offrant un aperçu, une mince évocation de la puissance de l’oeuvre de Jérôme Bosch. Mais les nostalgiques du Nom de la Rose ou des livres de Iain Pears ou des fresques comme les Piliers de la Terre passeront leur chemin.

Je vous laisse en tout cas profiter de ce magnifique triptyque et vous invite à découvrir ses autres œuvres dont le Chariot de foin et la Pierre de folie.

Le mystère Jérôme Bosch
Peter Dempf
Le cherche midi
448 pages. 22€. ISBN 978-2-7491-4037-7

 

A droite le jardin d’Eden, au centre la vie terrestre, à gauche l’Enfer.

 

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