Il y a ceux pour qui l’imprudence est un état d’abandon. Ou d’étourderie. Ou une décision consciente d’ignorer les répercussions et les éventualités. Et je suis sûre que c’est libérateur pour eux, comme de tourner très vite sur soi-même et de se laisser tomber par terre. Mais pas pour moi. Mon imprudence était une démonstration de contrôle. Je tournais sur moi-même pour prouver que je pouvais marcher droit juste après.

les-réponses-elizabeth-littleUn thème revisité !

Une riche héritière condamnée pour le meurtre de sa mère, après une altercation à laquelle le personnel de maison a pu assister, finit par sortir de prison après dix années d’incarcération. Le laboratoire s’occupant du traitement des pièces  à conviction ayant brûlé lors du réexamen du dossier lorsqu’il s’est avéré que certaines ont été trafiquées. Ce scénario vous semble peut être déjà connu et pâlichon. Mais c’est sans compter sur les éditions Sonatine qui débusquent de nombreuses perles polar. C’est justement cette intrigue qui m’a particulièrement incité à le lire car j’attendais alors d’être surprise !

 Élizabeth Little revisite le thème de l’héritier assassin de façon contemporaine, que ce soit dans la forme – par l’incursion sans être abusive de rapports, SMS, courriels – ou dans le fonds et joue habilement sur la fascination parfois méprisante que peut inspirer  les jet-setters « au commun des mortels « . Car Janie Jenkins vous rappellera ces jeunes femmes plus connues pour leurs arbres généalogiques que pour leurs faits d’armes personnels (autres que sensationnels comme une sextape et des beuveries).  Mais si elle vous semblera familière, la verve gouailleuse et cynique qu’Elizabeth lui attribue, nous révèle un personnage bien plus profond et réfléchi que ce que les média peuvent nous donner à penser. Ce portrait caustique de la célébrité est aussi celui de ces faiseurs d’actualité qui construisent et façonnent à leur convenance même dans les circonstances  les plus tragiques.

Un personnage en quête de vérité

Détestée, haïe par certains, faisant même l’objet d’un acharnement particulier de la part d’un certain blogueur Trace, Janie Jenkins est, coupable ou non, victime d’un véritable lynchage médiatique. Un double monstrueux se dresse donc sur le chemin de la réhabilitation et sur sa quête des réponses. Condamnée à cause d’une unique phrase, des traces de sang présentes sur elle lorsqu’elle découvrit sa mère et sa forte alcolémie qui effaça ce soir là toute sa mémoire, Janie Jenkins bénéficie de notre bienveillance malgré tout. Ado insupportable lors du meurtre de sa mère, c’est désormais une jeune femme brisée par des années d’incertitude quant à sa culpabilité qui veut faire face à son passé.  Ce qui est l’évidence n’est pourtant pas aisé, car lorsque l’on a défrayé la chronique des journaux avec un meurtre à sensation, il faut réussir tout d’abord à brouiller les pistes et littéralement disparaître. Janie devient alors Rebecca Parker, une étudiante en histoire qui va suivre un mince indice connu de Janie seule pour essayer de découvrir la vérité.

Une intrigue policière en second-plan

 Si ce premier roman est somme toute prometteur, il possède quelques faiblesses, notamment celle de l’intrigue policière (sic). Dès la connaissance de la première enquête, on a envie de dénoncer ce mauvais procès, dû à un travail bâclé. Or cette enquête sur sa culpabilité devient avant tout pour Jenkins une enquête sur ses origines et le passé finalement inconnu de sa mère, qu’elle redécouvre, une femme à l’opposé du personnage mondain auquel Janie l’a finalement résumé. Nous sommes portés au cœur de relations complexes et antagonistes au sein de ce duo et de la famille maternelle. Très très loin donc des irrégularités qui nous sont montrées et qui demeurent inexploitées.
Car c’est d’abord la trame sociétale qui se développe au détriment de l’intrigue qui finalement est prétexte à un roman de l’introspection et de l’initiation. Aussi le rythme plus lent, centré sur les personnages, peut déstabiliser certains lecteurs, car avec une lecture « polar » en tête, nous ne pouvons qu’être confus par la présence de certains personnages qui paraissent alors plus accessoires, mais qui prennent tout leur sens dans une peinture de la vie moderne d’une it-girl et de sa saga familiale. On peut donc qualifier Les Réponses plutôt de thriller psychologique que de polar noir, autant donc le savoir. Il n’en demeure pas moins vrai que la force de ce roman réside dans la construction du personnage de Jenkins, que l’on ne peut parvenir à désavouer, et dont l’esprit cynique et caustique donne toute sa pâte à l’ensemble du roman. Elizabeth Litlle est à suivre, ce premier opus est aussi agréable à lire que décevant sur certains aspects comme le rythme ou la profondeur de l’intrigue mais il montre un potentiel très intéressant de ce nouvel auteur !

Les Réponses
Elizabeth Little
Editions Sonatine
432 pages. 21€. ISBN : : 978-2-35584-320-4

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