Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats

Les conflits irakiens et afghans occupent une bonne partie du thème « Au coeur du chaos » que je vous ai présenté dans l’article consacré à la rentrée littéraire étrangère. Le domaine américain nous offre plusieurs évocations de ces deux conflits, encore en cours, qui s’emparent des tablettes des libraires depuis deux-trois années déjà avec des auteurs comme Ben Fountain, Phil Klay ou encore Kevin Powers dont il va particulièrement plus être question aujourd’hui.

9782234077911_Powers_Lettre_écrite_pendant_une_accalmie_dans_les_combatsKevin Powers s’est fait connaître du public français en 2013  avec la parution de son roman, Yellow Birds, qui s’inscrit dans la lignée des romans traitant du retour de guerre, brutal et poétique à la fois  (finaliste du prestigieux National book Award et lauréat du Guardian first book). Il revient pour cette rentrée littéraire avec un recueil de poésie, Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats. Entre vers libres et ton conversationnel, nous sommes plongés dans des instantanés de vie, instants fugaces et permanents, visions et pensées, absurdité et gravité de la guerre, les paradoxes nous poursuivent. « amen » signifie commencer (« Frontière »), le beau est dans l’inutile (« Héritage »), l’horreur surgit et repart aussi simplement qu’elle est venue. Les frontières sont abolies et chaos et douceur se croisent (« Une lampe à la place du soleil ») .
Les poèmes sont vus du point de vue du soldat, Powers étant vétéran de ces deux conflits, avec un parcours similaire à Phil Klay, puisque de retour au pays, l’un et l’autre se sont lancés dans l’écriture et ont repris également des études spécialisées. Powers étudie donc la littérature, plus particulièrement la poésie, à laquelle il se livre avec un touchant bonheur. En effet, il est aussi question de rendre hommage à des disparus, à des victimes civiles ou militaires (Grande plaine), au milieu d’un ordre nouveau fait de fer, d’acier, de poudre et de poussière. Le fer, l’acier tordu, symbole de ses vies altérées à jamais, morts ou vivants, qui débordent la réalité (« Engin explosif improvisé »).

Si des fils
sortaient de ce poème
vous ne le liriez pas.
Si les mots de ce poème étaient façonnés
dans le métal, si vous pouviez voir
la mécanique de leur courbure
vous espéreriez
qu’ils restent dissimulés
sous les papiers
dans le tas d’ordures où ils étaient cachés
Mais les mots ou les fils vous mèneraient
dans des terrains vagues entre des bâtiments blancs.
Si ce poème étaient façonné dans le métal et vous le
lisiez, si vous
décidiez de lire ou d’entendre les mots, vous verriez
des fils
là où il n’y en a pas,

Si le point de vue est celui du soldat, il n’en demeure pas moins vrai qu’il témoigne tout autant de la violence faite aux hommes, embarqués dans un conflit qui les dépassent, et offrent la réalité crue de la guerre, en-dehors de tout aspect consensuel. Une poésie brute est forgée sous nos yeux avec à l’horizon du retour de guerre les traumas et l’espoir d’un retour à la normalité.

Ma lecture sur ce théme se poursuit avec le poignant « Une Antigone à Kandahar », roman polyphonique de Joydeep Roy-Bhattacharya,

Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats
Editions Stock. Collection La Cosmopolite.
104 pages. 16€. ISBN : 978-2-234-07791-1

A voir !
LeSite de Kevin Powers
Site des éditions Stock

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