letting go bonnie prince billySi comme moi, vous êtes amoureux des songwriters américains et que vous ne connaissez pas encore le talentueux bonhomme, vous serez pris entre les rêts de cette perle, déjà sortie en 2006, et reprise – de façon plutôt palotte – dans la BO du film, This must be the place, de Paolo Sorrentino (avec l’excellent Sean Penn en diva rock-star sur le déclin >>> je vous le recommande vivement pour cette interprétation mémorable de cet adulescent de 50 piges ! )

Un musicien sans frontières

Bonnie « Prince » Billy ne court pas après la gloire. Pourtant le succès croise sa route depuis ses premiers pas dans la musique, âgé alors d’une vingtaine d’années. Le fruit d’un travail constant pour cet accro qui ne peut passer plusieurs mois d’affilée sans enregistrer, EP et autres pépites. Il faut dire qu’il aime brouiller les pistes et use et abuse des pseudos, souhaitant ainsi préserver la relation qui s’établit entre l’artiste et son public. Une reconquête et une séduction permanente en quelque sorte…  Ainsi il aura composé sous les noms de  Palace, Palace Music, Palace Songs avant d’opter en 1999 pour cette double référence à Bonnie Prince Charlie, figure historique et romantique de la révolte contre l’Angleterre pour le retour au trône de son père James III d’Ecosse, et Billy the Kid, le célèbre hors la loi de l’Ouest sauvage.

C’est donc hors des codes, dans une scène alternative que Will Oldham (c’est son vrai nom) se bonifie avec l’âge, comme le bon vin, n’hésitant pas à franchir les frontières que la critique lui imposerait bien en travaillant avec d’autres artistes d’horizons musicaux différents (rap, punk, post-punk).

Un univers de ballades dépouillées et envoûtantes

 The Letting Go, mêlant compositions originales et quelques reprises de titres antérieurs (ou l’art de sublimer encore plus des créations précédentes) occupe une place de choix dans ma discothèque. Il m’accompagne très régulièrement et fait partie de ceux qui hante mon panthéon personnel, mon jukebox intérieur.

Tout d’abord, dans la ballade Love comes to Me, Oldham vous bercera par sa voix chancelante qui n’est pas sans évoquer celle d’un autre songwriter que j’aime particulièrement, Damien Rice. La magie de cet album est celle aussi du duo harmonieux que forment Oldham et Dawn McCarthy (Faun Fables). Celle-ci d’une voix aussi cristalline que puissante apporte un écho enveloppant, comme un écrin, aux chansons et à la sincérité si simple des accords de la guitare d’Oldham. Less is more, et son univers dépouillé (même si certains titres s’avèrent plus orchestrés) laisse encore mieux les textes et les textures de sa voix et Dawn prendre une ampleur juste et percutante.

Des fruits musicaux acides et sucrés.

Mais attention la douceur peut cacher aussi la rudesse de la vie, comme No Bad News, dont la principale protagoniste fait le sermon de ne plus porter de mauvaises nouvelles à autrui (Well, something bad happens and a lot of people go / Bad themselves, that’s how awful it is Turning half the heart into something hard and dark / And she had to bring here this) ou encore Big Friday, où la femme salvatrice n’en est pas moins en souffrance mais solide comme un roc.

Fortement intimiste, plutôt que strictement romantique, c’est un climat de rêve et d’introspection qui émane de l’album. Deux titres plus « enlevés » démontrent une énergie particulière et envoûtante. Tout d’abord le torturé Cursed sleep, aussi agité et  tourbillonnant que la nuit sans sommeil que la chanson évoque, et le sombre The Seedling servi par un univers étrange et oppressant, musicalement très riche.

Enfin « le » sublime Lay and Love dont la mélodie hypnotique, entre accords de guitare et percussions lancinantes, qui s’écoute lui aussi, tout aussi simplement.

Bonnie ‘Prince’ Billy « Lay and Love » from John Lee on Vimeo.

The Letting Go.
Bonnie Prince Billy
(Domino /PIAS) 2006

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