Il avait toujours vu juste quant à l’institution qu’est la civilisation ; elle est sévèrement détraquée sur tous les plans. Aucun jeu de règles ne lie plus ses membres entre eux. Les obligations sociales sont flexibles, les sanctions inéquitables, et la loi n’est jamais autre chose que les hommes qui l’appliquent.

Ne deviens jamais pauvre, daniel friedman

Si on vous dit « Memphis », vous pensez « Elvis », maintenant vous pensez aussi « Buck Schatz ».

Buck n’est pas un octogénaire pas comme les autres, bien loin de là, et vous vous en souviendrez très longtemps de ce vieil homme, encore alerte (preuve en est sa convalescence due à sa précédente aventure dans Ne deviens jamais vieux !) qui n’est pas en reste non plus lorsqu’il s’agit d’exercer son esprit caustique et mordant. D’un caractère que d’aucuns qualifieront du doux euphémisme d' »impossible », voire limite, il a su en faire une force tout au long de sa carrière de flic. En même temps, on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, et ce cousin de l’Inspecteur Harry, sait donc s’y faire face aux cadors du crime ne sont pas attendris depuis le début de sa carrière et ne semblent pas décider à lui ficher la paix …

C’est ainsi qu’Elie, un braqueur de haut vol ancienne école, dont la dernière rencontre a été l’occasion d’une douce promesse de mort s’ils venaient à se croiser à nouveau, débarque à nouveau dans la vie de Buck. Paradoxalement pas à l’occasion d’un énième braquage, non tout simplement lors d’une visite « de courtoisie » à Valhalla Estates, nouveau havre de paix résidence pour séniors de Buck. Valhalla … vous noterez que le nom est déjà en soi tout un programme, et une grande source d’inspiration pour l’irascibilité de notre anti-héros !
Inconscience folle ? Perte de mémoire ? Que nenni, rien de tout cela. Il s’agit pour le vieil homme de trouver une protection pendant 48h auprès de l’homme qui s’est juré de lui faire la peau. A situation désespérée … moyens désespérés ! Faut dire que Buck, même s’il n’est pas du genre à rendre des services, ne laisserait pas couper l’herbe sous le pied et laisser un malotru lui ôter ce plaisir, et cela Elie le sait … Buck va être obligé de rempiler ce qui n’est pas une mince affaire.  Seulement Buck est-il tombé sur plus fort que lui cette fois-ci ?

Buck vous irritera. Il vous inquiétera voire vous choquera aussi. Vous pourrez peut-être ne pas l’aimer. Après tout, c’est le risque avec un caractère de chien aussi entier et ce n’est pas un enfant de choeur. Mais si vous aimez les oisillons tombés du nid qui se sont faits tout seuls comme des grands, ou les hommes qui n’hésitent pas à se salir les mains pour une certaine idée de la justice, vous devriez modérer votre opinion.
Moi Buck, il me plaît tel qu’il est. Vous l’adopterez vite, avec ses remarques mordantes, ses méthodes peu orthodoxes, sa manie d’attraper son .357 magnum avant de sortir. Forcément, écrit à la première personne, vous êtes aux premières loges pour comprendre ce drôle de bonhomme plus complexe qu’il n’y paraît armé d’un aplomb certain, d’un sens de l’humour plutôt corrosif, y compris envers lui-même, qui lui confèrent une carapace de philosophe  un poil déjanté mais aussi désenchanté de la vie. Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace et il est là plutôt pour donner des leçons.

Attention petite précision, au rayon des traductions de titre quelque peu étonnantes (et pour le coup un poil erronée), le titre US est beaucoup plus significatif que le titre français : Don’t ever look back. Naviguant entre 2009 et 1965, date d’un premier dossier entre nos deux compères, les méandres de son histoire personnelle avec son fils et une mémoire qui tend à défaillir, Buck est plus que jamais appelé à se souvenir malgré tout. 45 années les séparent, mais ces deux enquêtes disent tout de Buck. Elles le racontent et l’incarnent.

Daniel Friedman confirme une belle entrée dans le monde du polar américain. Ce jeune auteur de trente ans est à suivre, plume de qualité, narration impeccable, pas étonnant qu’il ait rejoint les éditions Sonatine !

Ne deviens jamais pauvre !
Daniel Friedman
Editions Sonatine
295 pages. 20€. ISBN : 978-2-35584-325-9

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