Watertown & Les Invisibles

Watertown les invisibles

En retard, en retard, je suis en retard ! Comme le petit lapin, votre serviteuse a couru par monts et par vaux, pour accueillir, enfin, une pause bien méritée ! Mais que seraient des vacances, sans bloguer ? Ni une, ni deux, dès ce soir, voici un zoom sur deux bandes dessinées qui m’ont tapé à l’œil – aïe – Watertown et Les Invisibles (oui, ce soir j’ai mangé un clown !  mais vaut mieux car c’est pas super gaigai ce qui suit, des lectures comme j’aime quoi ! 😊)

Watertown, méfiez vous des eaux qui dorment

WatertownTout d’abord Watertown de Jean-Claude Götting que je découvre, tout de suite séduite par son crayonné et ses grandes cases. Et pourtant je connaissais déjà le Monsieur qui a réalisé entre autres les couvertures françaises des Harry Potter !

En feuilletant le roman, vous découvrez donc des planches essentiellement découpées en quatre cases, qui de détail en gris plan, vous offrent une immersion quasi cinématographique dans l’histoire. Une véritable narration policière s’enclenche dès les premiers mots :

La dernière fois que je vis Maggie Laeger, c’était un lundi matin. Je passais comme à mon habitude dans la pâtisserie de Monsieur Clarke pour y acheter un muffin que je mangerais sur le chemin du bureau. Lorsqu’en payant, je lançai « À demain Maggie », elle répondit : « Non… Demain je ne serai plus là. »

Et le lendemain Monsieur Clarke est retrouvé mort, un accident semble-t-il. Mais l’énigmatique phrase de Maggie résonne toujours dans la tête de Phil Whiting, agent de bureau pour une compagnie d’assurance. En mal de sens, de reconnaissance, le modeste assureur se met en veille et démarre une enquête solo lorsque deux années plus tard, il achète un album souvenirs dans une petite brocante où fiche une femme ressemblant étrangement à Maggie Hotkins.

C’est une plongée dans un roman graphique noir qui nous entraîne là où on ne l’attendait pas ! Ce qui peut être assez perturbant et laissé perplexe. Les mécanismes du polar sont finement huilés et dosés, l’intrigue gagne en intensité avec une force constante. La fin vous livre ses secrets et vous pensez alors être mystifiés ! Un véritable coup de maître qui révèle les méandres de la psyché.

Au coeur de l’Histoire avec les Invisibles

Les invisibles

Autre temps et autres mœurs, avec ce premier one-shot de Jean Harambat paru en 2008. C’est le temps de la révolte qui gronde en Gascogne, car désormais la gabelle  y doit être levé. À la tête de cette fronde des « Invisibles » le jeune colonel Bernard d’Audijos ancien soldat du Roi du Soleil et qui y laissera sa vie. Mais quelle fut-elle ? C’est cette vie de sacrifices et d’exemple que nous sommes amenés à contempler dans cette BD bichromique dont les tonalités sépia n’ont de cesse de refléter les bonheurs et misères d’un combat perdu d’avance. À travers trois chapitres, consacrés aux trois femmes de sa vie – sa mère, sa sœur et son épouse – on découvre un soldat dévent irrégulier aux alluresi de Don Quichotte face à l’intendant Pellot et le ministre Colbert. Une histoire vraie et saisissante de huit années de batailles servie par un crayonné superbe, âpre mais qui dépeint une France paysanne aux abois mais bien décidée à ne pas se laisser faire.

A voir !

imagewww.gotting.fr
Jean Harambat sur Futuropolis
www.casterman.com

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Aquarium, une plongée dans l’enfance blessée

Pourquoi êtes-vous ici ? demandai-je.
J’ai juste envie de regarder. Je n’ai pas beaucoup de temps.
Eh bien, vous pouvez observer les poissons avec moi.
Merci.
Le poisson-grenouille ne flottait pas au-dessus des rochers. Il s’y accrochait. Il semblait prêt à s’enfuir d’un instant à l’autre mais il n’avait pas bougé, sauf pour réajuster ses orteils.
Je parie qu’il fait chaud, là-dedans, dit l’homme. Une eau tropicale. L’Indonesie. Une vie entière à nager dans l’eau chaude.
Comme si on ne sortait jamais du bain.
Exactement.

Aquarium David VannCaitlin Thompson est une jeune fille âgée de douze ans, dont la passion pour les poissons n’a d’égal que sa douceur face au rythme trépidant qu’elle mène avec sa mère Sheri. Celle-ci mère célibataire travaille aux docks et enchaîne les heures sup’ dans l’espoir de devenir grutière et de leur offrir une vie meilleure.

Pour Caitlin, sa vie tourne autour du duo qu’elle forme avec sa mère. Chaque matin, toutes deux se lèvent aux aurores pour quitter leur petit appartement de la zone aéroportuaire de Seattle et se diriger vers l’école où Caitlin arrive la première immuablement. Et chaque après midi après l’école, elle retrouve son aquarium. Là dans la fascination des poissons, le temps et la fureur du monde s’arrêtent. Un jour, elle croise le chemin d’un vieil homme tout aussi connaisseur qu’elle. Un dialogue s’établit entre ces deux solitudes.

L´ écriture renouvelée d’une œuvre en forme de palimpseste.

Pour ce cinquième roman de David Vann offre à nouveau un portrait saisissant des fractures familiales, mais surtout il se livre à un exercice d’écriture particulier avec brio : celui d’écrire du point de vue de l’autre sexe, en deux temporalités distinctes à travers la voix de Caitlin âgée de 32 ans et de 12 ans.

Ce personnage, véritable ancre  de notre récit, nous accompagne, véritable souffle de vie, emprunt de légèreté, une véritable première dans l’univers de l´auteur. Le livre se transforme au fil des pages, finement assemblé, mais aussi marqué de ruptures,  nous livrant ses parties manquantes au cœur des tensions ou en creux au fil des métaphores poétiques pour s’achever en un récit proétiforme, brutal et poétique.

David Vann et la famille, ce n’est pas une histoire drôle. Sa quadrilogie entamée avec Sukkwann Island et clôturée avec Goat mountain a dévoilé un auteur hanté par sa propre histoire familiale et l’idée de pardon. Ce nouvel opus marque un tournant dans son œuvre, avec un roman plus positif que d’habitude tout en restant marqué par ces thèmes, ainsi que nous le dit à demi-mot l’émouvante dédicace à sa mère.

Du pardon imparfait à l’apaisement

Signe d’un certain apaisement, le style de David Vann revêt une nouvelle forme et gagne en puissance, tout en s’apprêtant d’une douceur nouvelle qui contraste toujours de façon saisissante avec la brutalité des événements et la souffrance des êtres. Si l’on quitte les territoires sauvages d’Alaska, c’est la noirceur et l´indifférence de la ville qui accueille ce roman, dans lequel la nature se glisse aux interstices, comme l’eau de l’aquarium, apportant oxygène et pause au récit.

À l’instar de Sukkwan Island, ce grand écart est la marque de fabrique de cet auteur troublant et bousculant l’image lisse et conventionnelle de la famille unie. Mais cette fois-ci l’espoir semble permis pour une réhabilitation de celle-ci.  À découvrir sans hésitation aucune !

Aquarium
David Vann
Editions Gallmeister
270 p. 23€. ISBN : 9782351781173

A voir !

imageles editions Gallmeister
David Vann 
ma chronique de Sukkwan Island 

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