Peaky blindersAlors si cette semaine, je n’ai guère lu, voici bien la raison ! Non peaky blinders, ce n’est pas le nom de anglais de drôles petites bêtes qui vous piquent et vous rendent neurasthéniques.
Il s’agit d’une série télévisée anglaise relatant la vie d’une famille de gangsters, les Shelby, qui rayonne et prospère dans une ville de Birmingham industrielle, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Leur job ? Le bookmaking ? Entre autres …
Trois frères sont à la tête de cette entreprise familiale : Arthur (Paul Anderson), l’ainé, John (Joe Cole), le benjamin, et Thomas (Cillian Murphy), le véritable et charismatique chef de famille et du gang. Ce sont des Peaky Blinders, ainsi que leurs hommes. Ils doivent ce surnom à une astuce charmante, qui consiste à dissimuler dans la visière de leur casquette (peak) des lames de rasoir, faisant de leur couvre-chef une arme redoutable et inattendue pour le combat en corps-à-corps . Car évidemment dans ce métier, il faut savoir se défendre, et cela d’autant plus quand on croise la route d’un super flic, envoyé ni plus, ni moins par Winston Churchill himself :  Chester Campbell (Sam Neill), aux méthodes visiblement efficaces mais retorses. Il est réputé pour avoir apaisé (uh) Belfast aux prises avec de nombreux gangs. Sa présence va donc secouer les puces à une police pour partie impuissante et pour partie complaisante contre rémunération …
Habile et puissant, ce gang est un sérieux défi. Il faut dire que des armes à destination de la Libye, ont disparues … et les soupçons se portent assez naturellement sur les Peaky Blinders, menés de main de maître par l’ambitieux et stratégique Thomas. Pas évident donc de battre le pavé et tenir la dragée haute sur un même territoire aux autres gangs et agitateurs politiques, comme l’IRA et les communistes. Et si finalement Birmingham fut une sorte de Chicago avant l’heure ?

Rarement un premier épisode pose le décor ainsi, ni trop, ni trop peu. L’ensemble de la première saison (6 épisodes au total)  vous mène au-delà des clichés du genre à un rythme trépidant. Ici tout est bien soigné : que ce soit le scénario, la qualité des dialogues, la progression de l’intrigue, qui laisse place à la découverte des personnages, très loin du manichéisme, avec leurs forces et leurs faiblesses… On explore toutes un nuancier du blanc au noir.
Le contexte historique en arrière-plan est abordé avec intelligence et respect : que ce soit les affres de la Première Guerre mondiale (nos gangsters ont « fait » la Somme, Thomas a obtenu de prestigieuses distinctions … contrairement à Campbell) qui ont pu rendre fous certains soldats, la montée du communisme (nous sommes en 1919, soit deux ans après la Révolution russe) et le début de la guerre d’indépendance irlandaise.
La place de la femme, en pleine mutation est aussi abordée : celles qui ont pris le relai des hommes, à l’image de la Tante Pol (Helen McCrory) sont invitées pour partie à reprendre la place qui était la leur … ou encore à s’émanciper.
Les interprétations d’une bien belle brochette d’acteurs sont impeccables, avec une mention particulière pour Cillian Murphy, que vous avez pu voir briller dans Le Vent se lève de Ken Loach mais encore Inception ou Batman begins. Nous y retrouvons également Sam Neill (Jurassic Park, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Les Tudors ) et Helen McCrory (The Queen, Harry Potter ).
Enfin, nos oreilles sont gâtées, avec une bande-son excellente, qui ne verse pas dans l’historicisme mais nous offre des artistes comme Nick Cave (et son entêtant et envoûtant Red Right Hand en guise de générique), les White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey …

En une phrase : un petit bijou aussi esthétique qu’intelligent qui débute sa deuxième saison.

>>> Pour la véritable histoire des Peak Blinders, rendez-vous sur le site du dailymail

et en petit bonus, LA chanson de Nick Cave, Red Right Hand

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