Tout ce que j’ai accompli, je l’ai accompli ici et maintenant. Pas d’ailleurs. Pas d’au-delà. Et ce que je n’ai pas accompli, les risques que je n’ai pas su prendre m’ont simplement maintenu ici et maintenant. Je n’ai jamais cru que quelque chose d’autre, un dieu, une croyance, pouvait m’aider, tenir ma main, ma tête, toutes mes facultés, pour les porter plus haut. Dépasser le fait d’être un homme, juste un homme de chair, de sang et de pensée.
Aujourd’hui je me donne droit au doute.
Un profane aussi a le droit de douter. Le doute n’est pas réservé aux croyants.
J’ai besoin d’autres êtres humains, comme moi, doutant, s’égarant, pour m’approcher de ce qu’est la vie. Parce que je suis vieux. Les religions ne m’intéressent pas. Ceux qui sont sûrs d’un dieu ou de l’absence d’un dieu ne me sont d’aucune aide. J’ai besoin de confronter mon doute à d’autres, issus d’autres vies, d’autres coeurs. J’ai besoin de frotter mon âme à d’autres âmes aussi imparfaites et trébuchantes que la mienne.
Je ne cherche à être sûr de rien mais je veux trouver la forme juste de mon doute. Simplement cela. Humblement. Je ne suis pas un grand philosophe. Je ne cherche rien pour les autres. Juste une façon de rester vivant. Ma façon.

profanes jeanne benameurOctave Lassalle, nonagénaire, ancien chirurgien émérite et érudit, vit en solitaire depuis la mort de sa fille et le départ de sa femme. Hanté par le choix qu’il fit quelques années plus tôt de ne pas opérer sa propre fille, il cherche la « forme juste » de son doute face au mystère de la vie.

Loin des religions, profane comme il l’entend au sens étymologique, il est celui qui se dresse face au temple et se questionne. Dans cette quête qui nécessite le frottement avec autrui, l’acception d’être altéré par autrui, il choisit, suivant des critères très précis, quatre personnes dont la mission sera de l’entourer au quotidien et de réaliser certaines missions : quatre âmes également trébuchantes en quête ou blessées. Il y a Marc, cet homme qui ne porta pas de croix, mais une femme sur son dos qu’il ne put sauver ; Hélène, peintre qui devra réaliser un portrait inspiré de ceux du Fayoum pour Claire, la fille décédée ; Yolande, une femme blessée qui accueille sous son aile une jeune fille-mère, et enfin Béatrice, jeune femme en recherche de. son individualité, elle qui grandit dans l’ombre d’un frère aîné disparu.

Jeanne Benameur ouvre de belle manière cette nouvelle année éditoriale ! Ce cru de la rentrée de janvier est lumineux. Lumineux tant pas la profondeur de l’intrigue, l’écriture fine et subtilement rythmée par des phrases courtes mais percutantes et d’une belle intensité, livrant par différentes esquisses un portrait touchant de ces cinq humanités en but avec ce questionnement universel du sens de la vie, de la foi et de la confiance.

La littérature est faite pour poser des questions, et non livrer des réponses, bousculer la pensée, la nourrir, affiner la réflexion. Il est rare de trouver tout cela en un ouvrage et c’est le cadeau que nous fait ici Jeanne Benameur qui aborde avec luminosité et espoir la fin de vie de cet homme. Un de ces livres fondateurs qui peut vous accompagner toute une vie.

Profanes
Jeanne Benameur
Editions Actes Sud.
208 p. 20€. ISBN :  978-2-330-01428-5

A voir !

Le site des éditions Actes Sud

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