C’est archi-complet, comme toujours. Le derby, c’est le match de l’année pour les Milanais, et pas seulement pour eux. Plus de quatre-vingt mille spectateurs s’entassent dans ce temple de fanatiques du football. San Siro n’est pas l’endroit idéal pour une chasse à l’homme. En admettant qu’il y ait un endroit idéal pour ça.

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Si vous ne connaissez pas la littérature sportive, vous serez étonnés d’apprendre qu’il ne s’agit pas seulement de fictions ayant pour sujet principal le sport, mais aussi son environnement comme arrière-plan. Et c’est clairement à cette deuxième famille, qu’appartient Six Femmes au foot, qui mêle avec habileté roman social et thriller.

Quoi de plus emblématique que les aficionados italiens pourtant ? Le football est un véritable phénomène dans les grandes villes italiennes depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 2000 plus sombres, marquées par la violence dans les stades. Mais ce n’est pas précisément cette histoire là que Luigi Carletti veut nous conter. Ce sont celles de six femmes dont les chemins vont converger le temps du derby  Milan AC / Inter au stade San Siro. 80 000 âmes en transe – ou presque toutes – et six femmes, qui ne se connaissent pas, et qui viennent chacune avec un objectif différent.

Tout d’abord Gemma prend place. 80 ans au compteur, cette honorable vieille dame, tout récemment veuve, a rencontré son mari dans ce stade, cinquante ans auparavant. Elle est présente aujourd’hui car ils n’ont jamais raté aucun match avec son mari Attilio, qui ne cesse d’être à ses côtés et de lui souffler les résultats ! Et Attilio ne se trompe jamais dans les pronostics, aussi elle vient « avec » lui au stade, sa carte d’abonnement et son écharpe posées sur son fauteuil. Sous ses airs évaporés, Gemma demeure une femme malicieuse, certainement plus mystérieuse qu’il n’y paraît.
Renata vient vissée à son fauteuil roulant, et son groupe de personnes « en situation d’handicap », comme elle aime à le rappeler car pour elle, c’est temporaire. C’est une battante. Adulatrice de Materazzi et de ses 23 tatouages, sa vie n’est pourtant qu’amertume et racisme depuis que sa vie prit cette tragique tournure lors d’un accident de voiture avec des Nigériens. Pour elle, son histoire est différente de celle de ses congénères, et elle compte bien le prouver aujourd’hui, en prenant sa revanche.
Lola da Silva a le charme brésilien. Cette jeune femme prometteuse fait sensation sur les ondes dès lors qu’elle commente le fútbol et sait enflammer les foules. Avec ce match, elle joue un tremplin pour une plus ample célébrité et la télévision. Tout serait parfait, si ce n’était ces sms qu’elle reçoit et qui pourraient tout faire basculer en un jour.
Letizia a une cible en vue. L’homme au blouson rouge. Toute son équipe et sur le qui-vive pour ce coup, un gros coup pour ce service de police, car cet homme, businessman accompli, tient plus du gangster retors que de l’honnête entrepreneur … Annarosa, c’est la femme du blouson rouge. Elle subit ce match, ainsi qu’un mariage vacillant et une belle-soeur geignarde au bord de l’implosion. Ce match décisif pourrait celui de toute une vie en trompe-l’oeil.
Enfin une jeune femme au crâne rasé, Gwendolina, pénètre dans le stade par effraction avec un étrange sac. Les deux garçons qui l’accompagnent devinent sans la connaître qu’elle vient de loin et que son agilité et sa force physique ne sont pas le fruit du hasard … peut-être le devinent-ils un peu trop tard quand elle échappe à leur vigilance … que vient-elle faire là ?

Vous l’aurez compris, point besoin d’être un passionné de football pour lire ce roman, bien au contraire ! Luigi Carletti sait rebondir habilement sur l’aversion ou la défiance, pour nous montrer avec malice et ironie les travers d’une société italienne marquée par les apparences,  le machisme, le racisme, les trafics en tout genre, la guerre des polices. Luigi Carletti vous mène où bon lui semble, en vous faisant d’abord surplomber le stade bouillonnant, puis en vous distillant de ci delà, à travers des échanges et des portraits, différentes pièces d’un puzzle qu’il a constitué avec intelligence. Son regard mordant et sa verve caustique confère un humour grinçant à un thriller rondement mené.  Une très agréable découverte qui vous surprendra !  Luigi Carletti est journaliste et travaille dans de nombreux quotidiens du groupe L’Espresso. Il est l’auteur de cinq romans, dont Prison avec piscine, le premier traduit en France.

Six femmes au foot
Luigi Carlette
Editions Liana Levi
275 pages. 18€. ISBN : 978-2-86746-677-9

A voir !

Le site de Luigi Carletti.
Le site des Editions Liana Levi

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