Voici une lecture qui m’aura pris du temps, mais qui m’a permis de renouer avec le fantastique, que je lis ponctuellement désormais, par vague, comme souvent le sont mes lectures. En ce moment, je traverse une vague SF et  documentaires. Et comme malheureusement le temps file très vite et que mon agenda est bien plus rempli que je le souhaiterais, il va falloir que j’inaugure un nouveau type de postes « Mes dernières lectures » pour que je puisse partager cela avec vous succinctement ! Comme beaucoup, Stephen King a fait partie de mes lectures de chevet. Je n’oublierais jamais Charlie, Christine, Cujo, Running Man, la Lignée verte et Shining, qui me firent frissonner, réfléchir et battre mon cœur plus vite. Si mes enfants sont encore trop jeunes pour être initié, c’est à Stephen King que je dois récemment une mémorable conversation autour du fantastique avec ma fille interpellée par cette magnifique couverture. #kifdeparent. Mais assez parler de moi, examinons de plus près cet opus.

Sleeping beauties

Sleeping beauties : Une histoire de famille…

Ce dernier opus écrit en tandem avec son fils Owen, nous emmène dans la petite bourgade de Dooling, dans les Appalaches. Une bourgade comme tant d’autres, si ce n’est sa prison pour femme, qui va se retrouver au cœur de notre récit. L’occasion déjà de mentionner le superbe travail de documentation (encore une fois ! ) du maître.

C’est assez étrangement que le virus Aurora a commencé à sévir aux quatre coins du globe. Une femme s’endort, et aussitôt de fins filaments dansent autour de son visage jusqu’à la recouvrir complètement. La femme enserrée dans ce cocon respire et semble rêver comme le suggère les mouvements de ses paupières. Mais gare à celui qui tenterait de l’extraire de cette coque protectrice. Aussitôt la femme qui se cache derrière ce masque se réveille mais n’est qu’une furie vengeresse. A Dooling, l’on sait déjà le prix à payer en cas de réveil volontaire ou non. Lila, shérif en titre, est sur le pied de guerre, alors que la ville pourrait basculer. D’autant plus qu’en ce jour précis, apparaît pour la première fois, Evie Black.

Cette jeune femme se fait d’abord remarquer par un force particulière ayant fait rendre l’âme à deux trafiquants de meth. Son esprit peu commun enfin convainc Lila de la faire examiner à la prison pour femmes, par Clint, son mari et psychiatre de la prison… S’il semble certain qu’elle soit capable de guérir rapidement, elle est aussi la seule femme en mesure de s’endormir et se réveiller sans aucune difficulté, fraîche et pimpante. Très vite la rumeur enfle, et il devient nécessaire de protéger cette femme, en qui la société des hommes voit tantôt un espoir, tantôt une menace. s’emballe bouleversée par leur absence : suicides mais aussi abus (très vite punis), expéditions …

Sleeping beauties : Une histoire de la violence ?

A la lecture du roman, on est frappé par ce portrait d’une violence latente, incarnée par les hommes. Si les femmes sont violentes, c’est qu’elles y ont été poussées, à l’image de ces détenues qui le sont devenues « malgré » elles. Sans être des anges, la violence n’est pas gratuite chez elle, mais le fruit d’un long processus de destruction, enclenchée par de mauvais choix ou par un entourage malveillant, voire les deux à la fois. La violence des hommes est quant à elle, une violence « ordinaire » : sans être spectaculaire, elle peut être quotidienne, mesquine et partout : chez le mari violent, l’ado en mal de reconnaissance, le père de famille protecteur, le quidam lambda. Et c’est la somme de cette violence qui prend de l’ampleur et se transforme, en mouvement de masse.

C’est un des volets les plus intéressants et en même temps le plus malhabilement mené, car si la question est d’actualité, peu d’hommes ont trouvé grâce sous la plume de nos deux compères, alors même que le message demeure optimiste (si, si ! ) et qu’ils montrent bien que la division homme/femme n’est pas forcément manichéenne, mais beaucoup plus nuancée. Seulement le trait est forcé, et ne minore le poids du message final. Au-delà de la question de la place de la femme dans la société, c’est la place de la femme en tant qu’élément régulateur de cette violence patriarcale qui est mise en avant tout au long de l’intrigue, mais d’une façon malgré tout tronquer, car la société des femmes n’évolue que peu de temps.

Un roman à quatre mains honorable.

La myriade personnages – je ne vous en ai cité que trois des principaux – en fait un roman-ville, un roman touffu, qui retranscrit via différents angles de vue, toute la variété de réactions, analyses ou omissions susceptibles d’emerger face à un tel phénomène. Et nos deux auteurs s’en sortent plutôt pas mal dans la gestion de ces personnage, même s’il eût été intéressant d’en approfondir certains.

Si j’ai mis du temps à lire ce roman, il faut préciser que le rythme de celui-ci est constant sans être soutenu. La tension connaît des pics parfois, mais vous aurez peut être un sentiment de croisière. Le premier manuscrit faisait deux cents pages de plus. Pour plus d’efficacité, peut-être fallait-il raccourcir encore d’une bonne centaine de pages l’ensemble.

Il s’agit de leur premier livre coecrit et du deuxième ouvrage d’Owen King, sans être parfait, c’est une collaboration qui n’a pas à rougir de sa création. Un bon moment en perspective.

C’est aujourd’hui que paraît aux Etats-Unis le nouveau roman de Stephen King, The  Outsider. A cette occasion, il a choisi de partager avec ses lecteurs, une nouvelle inédite « Laurie », que vous pouvez lire en ligne.

Ce tout nouveau roman devrait paraître en France l’année prochaine.

Sleeping beauties

Stephen et Owen King

Éditions Albin Michel

832 pages. 25,90€. ISBN 9782226400222

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