Catégorie : Ecouter

Raising Sand, une pépite inattendue

raising sand

Que peut donner une rencontre entre Alison Krauss, chanteuse-violoniste renommée de bluegrass, et Robert Plant, charismatique leader des Led Zeppelin ?
Une collaboration heureuse et raffinée qui se traduit par l’album « Raising Sand ». Cet album, couronné de cinq Grammy Awards dont celui de meilleur album de l’année en 2009, apparaissent plusieurs reprises notamment une de  Please Read The Letter composé par Robert Plant himself, ainsi que Trampled Rose, dont la paternité n’est assurée ni plus, ni moins par Tom Waits. Ce toilettage de titres des années 60 est réalisé avec finesse, sans aucune lourdeur pour un résultat très contemporain, un univers envoûtant.

Un duo complémentaire au charme naturel

Le succès de cet album tient notamment dans ce duo complémentaire qui fonctionne de manière naturelle, fluide. Il se dégage un « son » issu de ce projet pourtant inattendu et pour ainsi dire étonnant sur papier entre le hard rock et le bluegrass. Chansons de choix mais méconnues du grand public, artistes n’ayant plus rien à prouver dans leur domaine et souhaitant réellement collaborer ensemble (influences des plus éclectiques de Plant, admiration de Krauss pour Led Zep), le cocktail ne serait pas complet sans le travail de production de T-Bone Burnett à qui l’on doit notamment la musique  du film O Brother Where Art Thou des frères Coen et qui sut entourer les duettistes des meilleurs musiciens de sessions bluegrass dont Marc Ribot (guitare électrique, banjo), Jay Bellerose (batterie), Dennis Crouch (basse), Patrick Warren (piano, clavier, orgue)…

Si certains duos ne ressemblent guère qu’à une vague superposition d’univers pour répondre aux sirènes du marketing, ici, la fusion est bien réelle, et le résultat dépasse largement ce qui peut être escompté de l’addition d’une telle équipe !
Paru en 2007, je l’ai découvert il y a deux années déjà, et il constitue une des pièces de choix de ma discothèque. Une seconde collaboration était prévue pour 2009, mais n’a pu malheureusement voir le jour. Cette pépite reste donc un instant musical unique !

A voir !

www.alisonkrauss.com
www.robertplant.com
www.tboneburnett.com

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Hymne de Lydie Salvayre

« On dit qu’il était timide. 

Qu’il avait le charme efféminé des timides.

Leur douceur.

On dit qu’il approuvait courtoisement les conneries qu’on lui expliquait plutôt que d’en débattre. Qu’il était incapable de dire non. Qu’il était incapable de soutenir un regard hostile. Que lorsqu’il parlait il mettait la main devant sa bouche, comme pour s’excuser de l’ouvrir.

On dit qu’il l’ouvrait peu.

hymne lydie salvayreet pourtant à 8h00 du matin, le 18 août 1969, Jimi Hendrix va l’ouvrir. Et pas qu’un peu.

Il clôture le festival de Woodstock, quatre journées de musique non-stop, avec l’hymne national américain. Et quel hymne ! The Star-Splangled Banner, réinventé, détourné, dans une interprétation free-jazz qui révolutionne sa musique. Lui, dont le producteur souhaite le cantonner à son image rock, glamour et sexy, tellement vendeuse. Lui, qui depuis le mois de juillet, travail avec des musiciens de son choix, au sein des Gypsy Sun & Rainbows, lui qui souhaite tant s’orienter vers le jazz, et enfin tourner la page de Hey Joe … Il va se livrer entièrement dans cette interprétation, véritable pamphlet musical, dans lequel l’on peut entendre les bombes qui éclatent au Viet-Nam …

Il n’est alors pas tendre avec son pays natal, qui lui mena la vie dure dès son plus jeune âge, lui le métis, né d’un père noir et d’une mère d’ascendance Cherokee. Et c’est en Angleterre que son talent éclatera au grand jour, le portant aux nues en moins de deux mois … Les tournées vont s’enchaîner, pressé de plus en plus par un manager sans vergogne, qui lui filera dope et stimulants pour que son poulain tienne le choc, jusqu’à celui-ci perde l’âme de sa musique et, se lance dans une dernière estocade, un ultime geste de liberté de prise de contrôle de sa vie avec Gypsy Sun & Rainbows …

Après avoir eu pour objet d’écriture, son compagnon, l’éditeur Bernard Wallet, créateur des éditions Verticales, Lydie Salvayre s’attaque au mythe Jimi Hendrix.

Puissant sujet celui de ce mythe de la musique, et tâche rude s’il en est que d’écrire ce moment furtif, à la charge émotionnelle  intense, ce 18 août 1969 …  Comment donc effectivement ne l’aborder que sous la forme d’un hymne, d’une louange longue et profonde. Bien sûr, ce roman flirte avec la biographie, un tantinet, juste le sel suffisant pour appréhender le génie, même si elle n’en est pas le but premier … L’on comprend mieux au travers de ce parcours, que ce moment était ne pouvait être autrement fort, que sur cette scène Jimi Hendrix, mit tout son être, toute son histoire, mais aussi toute l’histoire de ses semblables, de ceux noirs interdits de s’asseoir dans les bus américains, de ce monde qui après la ferveur et l’optimisme des années hippies, continue à déchanter et à voir poindre un monde non pas meilleur, mais un monde toujours en guerre, plaçant le commerce au coeur de tout, y compris de la musique, dont Hendrix, tout comme Elvis, représente une icône du star-system, broyé par la volonté de fer d’un homme de commerce et non d’art.

Avec des intonations justes, Lydie Salvayre développe une longue mélopée, rythmée et musicale, qui nous plonge instantanément à la charnière de ces deux mondes, les années 60 triomphantes et les années 70 désenchantées. Son portrait amoureux et passionné d’Hendrix ne perd pas de son souffle jusqu’à la dernière page.


Jimi Hendrix -The Star Spangled Banner… par rehearsais

Hymne
Lydie Salvayre.
Editions Le Seuil.
240 pages. 18€. ISBN : 978-2-02-098555-0

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