Catégorie : Lire

Holmes, après Holmes

holmesCet été est un peu particulier, j’arrive à lire mais ai peu de temps pour arriver à me poser et écrire. Il faut dire que partant en vacances, j’ai fait une déconnexion numérique fort appréciable 😁 Un vrai bonheur que d’échapper à l’horloge et aux écrans ! Alors avant le flux de la rentrée littéraire, voici une jolie découverte en bande dessinée : la série Holmes.

Cette série en cours propose déjà quatre  livres et propose d’explorer « l’après Holmes ». Pour les non-aficionados du personnage d’Arthur Conan Doyle, il faut savoir que le succès de ses enquêtes fut tel qu’il tenta une première retraite de son personnage, mais face à la pression du public, il écrivit  les Nouvelles Enquêtes de Sherlock Holmes. Cependant ce ne fut pas encore assez, et Conan Doyle ne vit alors qu’une seule issue : éliminer son personnage. Un acte radical mais peut être pas irréversible. En effet, il choisit de le faire disparaître aux Chutes de Reichenbach dans une lutte au corps à corps avec son ennemi de toujours le professeur Moriarty.

C’est le point de départ de notre série, dans laquelle Brunschwig choisit d’explorer l’après Holmes. Avant de disparaître, celui-ci eut le temps de laisser à son compère et ami le docteur Watson une lettre expliquant le contexte de sa disparition. Cette lettre de Conan Doyle est notre porte d’entrée dans cette nouvelle enquête. Pourquoi une telle lutte ? Quel était la raison de ce animosité entre Holmes et Moriarty, anciennement son professeur ? Qui peut prendre la relève ? Alors que pour Mycroft le frère de Holmes, Sherlock, héroïnomane, ne supportait pas de perdre ses capacités intellectuelles et détruit les documents hérités, pour Watson les pistes se brouillent et le passé de son collaborateur se dévoile au cours d’une enquête qui le mènera avec sa Femme en Europe, au coeur de la famille Holmes. Les deux hommes se font face à face, l’un tentant de camoufler la prétendue folie de son frère, le second souhaitant lui rendre un ultime hommage en résolvant ce funeste mystère.

Pour ma part, la couverture sombre et léchée de Cecil a été un coup de coeur esthétique immédiat, j’ai été séduite d’emblée par son univers graphique. Véritable enquête, j’ai très vite été absorbée par le récit qui vous entraîne par son rythme et son originalité. L’approche de Luc Brunschwig est très respectueuse de l’univers de Conan Doyle tout en proposant à son tour une prolongation captivante de l’œuvre. Ce regard neuf sur la jeunesse et la famille de Sherlock complète à merveille la biographie du célèbre détective. Cette intrigue n’a pas à rougir de l’original. Une série addictive dont j’attends la suite impatiemment.

Holmes
Cécil & Brunschwig
Editions Futuropolis

 

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Communardes !

 

Cette série est un petit bonbon qui allie plaisir avec découverte !

Paris, 1871. L’armistice avec la Prusse vient d’être signée dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles mais est violemment accueillie alors que des élections législatives sont précipitées. La défaite reste douloureuse. Le siège a été dur.  La plus grande partie des représentants élus de la capitale sont en faveur de la guerre et ne s’avouent pas vaincus. De mars à mai, la France est divisée en deux : le gouvernement Thiers à Versailles  et la Commune à Paris. C’est à cette période au souffle révolutionnaire puissant mais pourtant méconnu que Wilfrid Lupano a choisi de consacrer sa trilogie. Si des mesures emblématiques de la future République Française verront le jour quelques décennies plus tard (la séparation de l’Eglise avec l’Etat, l’instruction gratuite et obligatoire, l’amélioration des conditions de travail), la Commune est aussi le terreau fertile dans lequel s’ancre les prémices de la libération de la Femme !

Communardes : un triptyque historique original et passionnant !

Au fil des albums, vous rencontrez  en chemin :  une aristocrate russe appartenant à l’Internationale et  « envoyée » par Karl Marx, une jeune fille idéaliste qui tente de sauver les éléphants du Jardin d’acclimatation, et aussi une jeune servante et ouvrière qui prendra les barricades.

Basé sur un personnage véritable (Elizabeth Dmitrieff a réellement existé) ou sur des faits réels (les zoos et jardins de la Ville ont été mis à contribution pour nourrir la Ville affamée, enfin les aristocrates), les scénari sont le fruit d’une documentation solide sur la révolution dans la révolution. L’équilibre est à la hauteur du pari : revisiter sous l’angle des femmes cette portion d’histoire entre histoire et fiction. Malgré le réalisme de ces heures sombres, la poésie est aussi au rendez-vous. Trois dessinateurs différents ont été sollicités pour participer à cette aventure : Lucy Mazel, Anthony Jean et Xavier Fourquemin. Et si chacun possède sont propre univers, la trilogie garde une cohérence et une force très vive. L’effet est convaincant comme  le montre mes lectures à venir ci-dessous !

J’ai découvert ce scénariste avec cette trilogie et déjà j’ai inscrit sur ma PAL du même auteur : Les Vieux fourneaux, ainsi que L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu (mon inénarrable amour pour les Etats-Unis).
Les deux séries de Xavier Fourquemin Miss Endicott (ambiance victorienne :-D) ainsi que Outlaw (que je connaissais de nom comme Les Vieux fourneaux … encore une BD western  🙂 ) s’y sont également greffés ! Les superbes illustrations de Lucy Mazel m’ont également donné envie de découvrir plus encore son univers. L’illustratrice est en pleine actualité éditoriale avec la sortie d’Edelweiss, une histoire d’amour dans l’après-guerre.  Anthony Jean a signé une version illustrée de l’Odyssée d’Homère. Cet opus rejoindra très certainement les étagères de mon aînée passionnée de mythologie.  Un coffret regroupant les trois tomes de Communardes doit être publié courant novembre !

 

Communardes !
Wilfrid Lupano
L’aristocrate fantôme (dessin Xavier Fourquemin)
Les Eléphants rouges (dessin Lucy Mazel)
Nous ne dirons rien de leurs femelles (dessin Anthony Jean)
Editions Vents d’Ouest

À voir

Editions Vents d’Ouest
Lucy Mazel, et ici aussi,  Xavier FourqueminAnthony Jean (où vous pourrez découvrir une admirable version du joker)

 

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Rendez-vous sur Hellocoton !

La baleine thébaïde de Pierre Raufast

En octobre, je lus une petite annonce intrigante dans Libération, à la rubrique « recherche d’emploi » :
Elle appelle dans un sempiternel silence. Baleinier recherche matelot pour expédition scientifique dans l’océan Pacifique nord. Débutant aimant thébaïde bienvenu.
Thébaïde. Le mot me plut. « Lieu sauvage, isolé et paisible, où l’on mène une vie retirée et calme », selon le dictionnaire.
Un poème de Théophile Gautier me revint à l’esprit.

La baleine thébaïde Richeville est un jeune homme à l’homme prometteur et semble-t-il tout tracé. Tout droit sorti de l’ESSEC, il pourrait gravir l’ascenseur social aisément, mais ce n’est pas compter sur sa lucidité quant à sa fibre commerciale et son idéalisme : faire quelque chose qui change le monde. Ce tête des grandes passions et des  destins exceptionnels qui chez le jeune homme est empreinte de simplicité et de désintérêt. C’est alors qu’au détour d’une annonce et d’un entretien, il embarque sur l’Hirundo comme matelot pour une expédition scientifique. Il s’agit de localiser et d’étudier la baleine 52, une exception dans son genre : elle est ainsi baptisée car elle ne peut émette qu’à 52 herz, ce qui la rend incapable de se faire entendre de ses congénères et la condamne à une solitude irrémédiable. Richeville, timide orphelin, se sent profondément connecté à l’animal en qui il voit une sœur de solitude. Aussi il s’engage dans l’aventure mais les choses ne vont pas exactement se passer tel que prévu sur le papier ….

Quatre voix pour une histoire

Pierre Raufast signe encore un roman d’une grande inventivité. Il y a du Voltaire tant l’histoire de Richeville n’est pas sans rappeler un Candide tragi-comique. Mais bien plus encore, car après  la Fractale des raviolis et La Variante chilienne, ce troisième roman vous embarque dans une histoire initiatique mêlant sciences et poésie, humour acide et mélancolie. Quatre voix différentes vous présentent l’histoire de Richeville et de la baleine 52.

C’est un roman grave et drôle  à la fois sur la solitude, le progrès technologique et l’éthique. Un roman de société qui met vie trois grands enjeux de notre temps, ni savamment, ni pesamment, car avec Pierre Raufast, documenté ne veut jamais dire boursouflé et grave barbant. Une écriture habile et vivifiante comme il y en faudrait – beaucoup – plus !

 

La baleine thébaïde
Pierre Raufast
Editions Alma
217 pages. 18,50€. ISBN 9782362792090

À voir
Pierre Raufast
éditions Alma

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

Rendez-vous sur Hellocoton !

Petit pays de Gaël Faye

Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore.

Petit Pays Gaël FayeUne critique de plus ? Je ne saurai dire le nombre de critiques parues sur ce petit bijou, mais si d’habitude j’affirme que ce n’est pas forcément le nombre qui font la raison, il est évident que le cas échéant, il s’agit de l’exception qui confirme la règle. Il faut lire Petit pays pour découvrir une histoire bouleversante, celle d’enfance, écrite  avec poésie, à fleur de peau, mêlant tendresse et nostalgie. Petit Pays est un texte délicat comme l’Histoire du génocide rwandais, qui enfle et prend sa place dans la vie de ce jeune garçon de 10 ans, qui rêve de devenir mécanicien pour réparer les choses.
Nous sommes de la même génération, et le génocide rwandais fait partie de mes premiers souvenirs historiques télévisuels avec la Chute du Mur de Berlin. 10 ans et un regard qui ne comprenait pas grand chose à cette histoire d’hommes, un effroi face aux images des charniers et des corps dans les fleuves. Des adultes, mais des enfants ?
C’est donc avec une émotion certaine que j’ai lu ce court roman, d’un enfant comme moi, qui vécut ces évènements. Malgré la violence des évènements dont Gaël Faye nous protège en les tenant à distance avec ce regard d’enfant, vous découvrirez un pays aux odeurs et aux goûts ensorcelants, vous associerez les bougainvilliers à son quartier à Bujumbura, les impasses aux jeux d’enfant. C’est une histoire d’enfance, vous dis-je, Un souffle de vie, malgré la noirceur des évènements auxquels sont confrontés Gabriel et sa bande de copains. Vous y trouverez donc des jeux d’enfant, des luttes de territoires à la hauteur de petit d’homme, des rires, des émois … et du chagrin aussi face à un monde qui s’efface laissant place à une incertitude et un vide. Une question bien universelle développée par un grand livre.

Petit Pays est le premier roman de Gaël Faye qui est habitué à manier la plume en tant que musicien et slammeur. Je vous laisse découvrir ses talents avec la chanson « Petit pays » tiré de son album « Pili-pili sur un croissant au beurre » (2013)

Petit pays
Gaël Faye
Editions Grasset
224 pages. 18€. ISBN 9782246857334

Les éditions Grasset
Un extrait de Petit Pays
Gaël Faye

Rendez-vous sur Hellocoton !

Gavrilo Princip : l’homme qui changea le siècle

Je suis dans une période bande-dessinées historiques en ce moment ! J’ai entamé la lecture de deux romans – Carnaval de Célestin Ray (premier roman polar) et Là où se croisent quatre chemins de Tommi Kinnunen (premier roman finlandais), mais ils méritent tout deux de les savourer, alors je satisfais mes envies de lecture compulsive en BD !

Cela faisait un petit bout de temps que cette bande dessinée me faisait de l’oeil. J’ai toujours aimé les crayonnés en noir et blanc. Simples et beaux. Souvent abrupts et puissants.

gavrilo principQui est donc ce fameux Gavrilo Princip ? Nous le connaissons tous sans le savoir. Certains d’entre nous ayant une bien meilleure mémoire se souviennent de son nom. Il n’est pas un de nos contemporains et pourtant un seul de ses actes à fait basculer l’histoire mondiale. Revenons au début du siècle, en Europe.  Les Empires britanniques et austro-hongrois existent toujours. Nous avons déjà croisé le fer avec nos voisins allemands, amers de leur défaite de 1870. Ils ont alors pour Chancelier Otto von Bismarck, qui aura cette image appelée à rester dans les livres d’histoire :

« L’Europe d’aujourd’hui est une poudrière et ses dirigeants sont comme des hommes qui fument dans un arsenal… Une simple étincelle risque de déclencher une explosion qui nous consumera tous … Je ne peux pas vous dire quand cette explosion se produira, mais je peux vous dire où … c’est dans les Balkans qu’une espèce de fou dérangé mettra le feu aux poudres. »

Vous l’aurez compris, Gavrilo Princip, c’est le nom de cette étincelle, celle qui plongera l’Europe dans le chaos, un chaos inévitable. En assassinant le 28 juin 1914, le prince héritier austro-hongrois, François-Ferdinand de Habsbourg, Gavrilo Princip offrit sur un plateau l’excuse dont les états belliqueux avaient besoin pour se lancer dans leur oeuvre funeste. Si cet assassinat fait partie des évènements clés de l’histoire mondiale étudiés à l’école (et de moins en moins), nous n’en savons couramment peu sur cet homme. Peut-on le qualifier de « fou dérangé » pour reprendre les mots d’un Bismarck prophétique ?

Henrik Rehr se penche donc sur le cas Princip et offre une vue complète sur le parcours du jeune homme. Né dans une région pauvre de la Serbie, au sein d’une famille de chrétien orthodoxe, Gavrilo est très rapidement confronté aux délicatesses de sa condition : avenir nul si ce n’est en pouvant étudier en ville grâce au salaire de son frère, ostracisme à l’égard des chrétiens orthodoxes et véritable main mise des austro-hongrois sur le peuple serbe depuis la bataille de Kosovo, qui finit en bain de sang et asservissement pour le peuple serbe.  Dans un tel contexte, nombreux sont les mouvements révolutionnaires qui émergent dans l’ombre …

gavrilo princip

Ce qui est extrêmement appréciable dans cette biographie conséquente, c’est le côté très factuel d’Henrik Rehr. Cela permet de discerner une certaine objectivité dans la mise en vie d’une documentation riche qui n’est jamais assommante. Les plus récalcitrants en matière d’histoire seront séduits par une mise en scène sobre.  Econome en paratexte, Henrik Rehr sait jouer de l’alternance entre portraits et images saisissantes, planches de bd et strips éloquents. Il alterne scènes de vie de Gavrilo Princip et du Prince François-Ferdinand.  La narration est aussi fluide que le trait de son auteur, libre à l’image des multiples jeux de cadres et variations entre les techniques du « 9e » art et du dessin. Un travail époustouflant d’une grande maîtrise.

Le dessinateur danois Henrik Rehr a débuté dans des fanzines en réalisant des comic strips. Il a également écrit et dessiné pour la jeunesse et s’est consacré à différents genres : satires, horreur, science-fiction. Mais malheureusement seules deux ouvrages sont parus en France : Gavrilo Princip, ainsi que Mardi 11 septembre, regard autobiographique sur les attentats new-yorkais. J’attend la suite impatiemment !

Les Editions Futuropolis
Henrik Rehr

Rendez-vous sur Hellocoton !

Culottées !

culottées penelope-bagieu-culottees-bd

 

 

 

 

 

 

 

Ouh là que le temps passe vite ! De nombreuses lectures et découvertes mais peu de temps pour me consacrer au blog en raison du lancement du deuxième bébé blog et d’un joli projet en cours. Alors entre deux courses, j’ai le temps de me plonger (et ma fille aussi) dans les deux bd de Pénélope Bagieu « Culottées« . Tantôt délicieusement, souvent avec mes tripes mais toujours avec la bienveillance ou l’humour qui sied de la part de l’auteur. J’ai toujours aimé l’univers de Pénélope Bagieu, drôle, plein de tendresse et de sérieux à la fois.

 Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent

Avec ces deux albums, nous redécouvrons son travail de conteuse, car si la bd est un art exigeant pour exiger une idée, un concept à travers un trait, une expression, une case, arriver à restituer fidèlement une vie en trois à cinq planches, sans la trahir, la romancer ou tomber dans l’image d’Epinal ce n’est pas évident. A cela, vous rajoutez le temps de travail que représente la documentation, vous aurez une (petite) idée du joli travail réalisé par la jeune femme, qui propose pas moins de trente femmes. Un véritable décodage de la contribution des femmes à la petite et à la grande histoire combiné à un habile exercice de style !

culottées pénélope bagieuIllustres, oubliées de l’histoire ou anonymes, ces femmes culottées vous apporteront le sourire aux lèvres par leur pugnacité, leur impertinence ou vous marqueront par leur dureté, à l’image de Phulan Devi, que j’ai choisi comme illustration de cet article, que vous pouvez découvrir sur le blog « culottées », où Pénélope Bagieu a partagé au fil de l’eau quelques-uns de ces beaux portraits. Dur et cruel, mais tellement essentiel encore. C’est certainement le portrait le plus dur et le plus émouvant, celui qui laisse une trace et pour lequel Pénélope Bagieu a beaucoup hésité avant de le réaliser et de le publier. Il n’est pas le plus gai, certainement, mais il demeure d’une douloureuse actualité et la leçon de courage de cette femme est véritablement exemplaire.

Culottées (tome 1 et 2)
Pénélope Bagieu
Gallimard BD. 19,50€

A voir !

image

Les Culottées

La page blanche
Gallimard bande dessinée

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Dans la forêt de Jean Hegland

On tient le coup, jour après jour, et tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir ce sont les regrets.

Dans la forêt Nell, 17 ans, rêve d’entrer à Harvard. Sa sœur, Eva, travaille depuis son plus jeune âge pour devenir danseuse étoile. Elles vivent depuis toujours dans cette forêt, dans cette maison familiale, qui aura vu s’éteindre leurs parents puis la civilisation. Tout d’abord quelques coupures d’électricité, des troubles et échos d’émeutes au loin dans les grandes villes, puis plus rien du monde tel qu’elles le connaissaient. Pas d’essence, pas de ravitaillement plus de communication. Enfin presque plus rien, car elles nourrissent toujours le désir d’accomplir leur rêve, Nell lisant  l’encyclopédie familiale, Eva dansant sans musique au son d’un métronome. Tout à leur passion, elles vont prendre conscience petit à petit de ce effondrement irréversible.

J’ai attendu Dans la forêt, comme un enfant attend le Père Noël. Et pourtant la magie n’a pas totalement opérée alors même que le roman possède de grandes qualités indéniables. Jean Hegland vous entraîne au coeur d’un roman d’anticipation et de nature writing. La forêt omniprésente nous impose de repenser à notre rapport à la nature et à notre propre essence. Profonde et protectrice, elle révèle le coeur des hommes et peut être tout autant inquiétante et indifférente à la douleur.  Jean Hegland nous montre sans violence, par petites touches, combien l’homme en tant qu’individu et espèce se fragilise lui-même en se reposant sur un système consumériste qui ne peut continuer à subvenir à ses besoins primaires en cas de rupture de société. Espèce a priori non menacée, il redevient fragile et vulnérable sans connaissance de son environnement, sans ressources.

Un roman d’initiation dans un monde perdu

La forme, nous lisons le journal d’Eve, confère une approche très fine de ses personnages mêlant passe et présent. Ce permet une montée en tension progressive de la face « anticipation » du roman. Le huis clos est tantôt oppressant, tantôt coccoon reposant. C’est également un roman d’initiation montrant le cruel passage à l’âge adulte de deux jeunes femmes pleines d’avenir appelées à faire le deuil irrémédiable de leur enfance mais aussi du monde tel qu’elles l’ont connu et ont pu l’appréhender. Vient alors l’événement dramatique phare qui hante le dernier tiers du roman. Celui-ci se délite autour d’un ecoféminisme païen auquel vous adhérez ou non ! C’est à l’évidence à cet endroit où  Dans la forêt m’a perdu.

Sorti en 1996, c’est aux éditions Gallmeister que l’on doit cette première édition française. A l’instar de son prédécesseur et plus sombre Sur la Route de Cormac MacCarthy, Dans la forêt a été adapté au cinéma en 2015. Sortie en Europe à venir.

Rendez-vous sur Hellocoton !
Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers:

%d blogueurs aiment cette page :