Catégorie : Littérature anglaise

La Mise à nu des époux Ransome d’Alan Bennett

Ils possédaient un vaisselier complet, un service à thé, des serviettes et des nappes assorties. Ils avaient des assiettes à dessert, des verres et des plats à gâteaux à ne plus savoir qu’en faire. Des dessous-de-plat pour le service, des dessous de verre pour l’apéritif, des chemins de table pour le dîner. Des serviettes pour les invités et des torchons assortis pour l’évier, ainsi que pour la salle de bain et les W.-C. Ils avaient des couteaux à dessert, des couteaux à poisson et des kyrielles d’autres couteaux, ainsi que de minuscules truelles en ivoire et argent dont Mrs Ransome n’avait jamais très bien compris la fonction. Et pour couronner le tout, une énorme ménagère munie de plusieurs tiroirs, qui recelaient suffisamment de couteaux, de cuillères et de fourchettes pour une tablée de douze personnes. Mr et Mrs Ransome ne recevaient jamais douze personnes à dîner. Ils ne donnaient d’ailleurs jamais de réceptions. Ils utilisaient fort peu les serviettes du service, parce qu’ils n’avaient jamais d’invités. Ils s’étaient coltiné tout ce bazar pendant leurs trente-deux ans de mariage sans que Mrs Ransome en comprenne jamais la raison – et à présent ils en étaient débarrassés. Sans savoir exactement pourquoi, alors qu’elle rinçait leurs deux tasses dans l’évier, Mrs Ransome se mit brusquement à chanter

Alan Bennett, auteur à la plume acerbe et au regard affûté, récidive dans cette satire sociale  so british. Après la Reine des lectrices (commenté précédemment ici), il nous livre un court récit aussi burlesque que profond. A quel point basculerait votre vie si vous étiez cambriolés ? Si vous étiez totalement dépossédés du moindre de vos biens ? Pas victimes d’un simple cambriolage, non, non, dépouillés, dévalisés, délestés, détroussés, pillés, déplumés …

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Vous seriez certainement pris d’une angoisse aussi forte que celle des époux Ransome, qui rentrés de l’opéra, retrouvent leur appartement complétement nu. Plus un meuble, plus un bibelot, plus rien. Après des années d »accumulation d’objets patiemment récoltés et bichonnés, ce vide les renvoie à eux-mêmes et à leur couple. Que leur reste-t-il après la disparition de ces objets superfétatoires, ces précieux, qui les ont éloignés de l’essentiel : eux-mêmes ?

La vacuité de leur appartement va entraîner chez les Ransome un chamboulement personnel, une avalanche de questions … tant matérielles, surtout matérielles que bien plus personnelles, qui vont révéler le fossé qui s’est creusé entre ces époux au fil des jours. Cet évènement sera une véritable bouffée d’air pour madame, tandis que monsieur, engoncés dans ses habitudes, semblera plus imperturbable que d’ordinaire …

La critique caustique passe au crible ces deux époux tenus par les conventions et le qu’en-pensera-t-on, qu’en-dira-t-il … Si leur vie eut les apparences d’un long fleuve tranquille, ce drame est l’occasion de mettre à nu les fissures intimes de ce couple : dissemblance, masque social et petite lâcheté quotidienne. Un petit bijou qui fait grincer les dents !

La mise à nu des époux Ransome.
Alan Bennett
Denoël.
158 pages. 12€. ISBN :978-2-207-10867-3

A voir !

Le site des Editions Denoël

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La Reine des lectrices

Tout hobby implique une préférence; et les préférences devaient être évitées, car elles excluent trop de gens. Sa charge impliquait qu’elle manifeste de l’intérêt envers un certains nombre d’activités, non qu’elle ne s’y intéresse pour de bon.

reine_lectrice_Bennett Enfin un peu d’air sur nos étagères avec ce charmant roman, frais et léger, un tantinet subversif ! La Reine des lectrices est une petite pépite par son format (174 pages) qui donnera le sourire aux esprits chagrins et ravira les lecteurs compulsifs à la recherche de causticité. Figurez-vous la Reine d’Angleterre, Elisabeth II, sous l’emprise d’une addiction incontrôlable, d’une passion dérangeante … et partagée ? Frappée par le « vice impuni », cette soif intarissable de lecture, elle s’affranchit de ses devoirs publics et bouscule dès lors les conventions et les parfaits rouages de la mécanique monarchique anglo-saxonne … Oh my goodness ! Ce tableau imaginaire prend forme avec une balade on-ne-peut-plus irréaliste amenant la Reine à emprunter un livre au bibliobus, faisant sa tournée dans le quartier de Buckingham. Partageant cette nouvelle passion avec le bibliothécaire, elle se livre avec frénésie à la lecture, avec plus ou moins de discernement, puis un goût plus aiguisé et de fil en aiguille, le démon de l’écriture l’attrapera à son tour …  Au-delà de cette jolie et sympathique irrévérence à sa Majesté, Alan Bennett propose de délicieux moments de réflexion sur la lecture, comment celle-ci selon les mots de Paul Valéry, peut nous distraire et nous éloigner de nous, mais aussi augmenter notre puissance.

Alan Bennett est auteur, dramaturge, comédien et se consacre également à l’écriture. La Reine des lectrices est son quatrième roman.

La Reine des lectrices.
Alan Bennett.
Denoël et d’ailleurs.
174 pages. 12€. ISBN : 978-2-207-26012-8

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