Catégorie : Littérature francophone

Petit pays de Gaël Faye

Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore.

Petit Pays Gaël FayeUne critique de plus ? Je ne saurai dire le nombre de critiques parues sur ce petit bijou, mais si d’habitude j’affirme que ce n’est pas forcément le nombre qui font la raison, il est évident que le cas échéant, il s’agit de l’exception qui confirme la règle. Il faut lire Petit pays pour découvrir une histoire bouleversante, celle d’enfance, écrite  avec poésie, à fleur de peau, mêlant tendresse et nostalgie. Petit Pays est un texte délicat comme l’Histoire du génocide rwandais, qui enfle et prend sa place dans la vie de ce jeune garçon de 10 ans, qui rêve de devenir mécanicien pour réparer les choses.
Nous sommes de la même génération, et le génocide rwandais fait partie de mes premiers souvenirs historiques télévisuels avec la Chute du Mur de Berlin. 10 ans et un regard qui ne comprenait pas grand chose à cette histoire d’hommes, un effroi face aux images des charniers et des corps dans les fleuves. Des adultes, mais des enfants ?
C’est donc avec une émotion certaine que j’ai lu ce court roman, d’un enfant comme moi, qui vécut ces évènements. Malgré la violence des évènements dont Gaël Faye nous protège en les tenant à distance avec ce regard d’enfant, vous découvrirez un pays aux odeurs et aux goûts ensorcelants, vous associerez les bougainvilliers à son quartier à Bujumbura, les impasses aux jeux d’enfant. C’est une histoire d’enfance, vous dis-je, Un souffle de vie, malgré la noirceur des évènements auxquels sont confrontés Gabriel et sa bande de copains. Vous y trouverez donc des jeux d’enfant, des luttes de territoires à la hauteur de petit d’homme, des rires, des émois … et du chagrin aussi face à un monde qui s’efface laissant place à une incertitude et un vide. Une question bien universelle développée par un grand livre.

Petit Pays est le premier roman de Gaël Faye qui est habitué à manier la plume en tant que musicien et slammeur. Je vous laisse découvrir ses talents avec la chanson « Petit pays » tiré de son album « Pili-pili sur un croissant au beurre » (2013)

Petit pays
Gaël Faye
Editions Grasset
224 pages. 18€. ISBN 9782246857334

Les éditions Grasset
Un extrait de Petit Pays
Gaël Faye

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En attendant Bojangles

« Je n’ai jamais bien compris pourquoi, mais mon père n’appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par le même prénom. Même si certains prénoms la lassaient plus vite que d’autres, ma mère aimait beaucoup cette habitude et, chaque matin dans la cuisine, je la voyais observer mon père, le suivre d’un regard rieur, le nez dans son bol, ou le menton dans les mains, en attendant le verdict.

—Oh non, vous ne pouvez pas me faire ça ! Pas Renée, pas aujourd’hui ! Ce soir nous avons des gens à dîner ! S’esclaffait-elle, puis elle tournait la tête vers la glace et saluait la nouvelle Renée en grimaçant, la nouvelle Joséphine en prenant un air digne, la nouvelle Marylou en gonflant les joues. »

En attendant bojanglesElle, on ne connaîtra son prénom que tardivement. Comme on change de vêtement, elle revêt un prénom différent chaque jour. A sa demande, elle est donc  tour à tour celle qu’il lui suggère. Lui, c’est son mari, Georges. On sait juste que leur rencontre était comme une évidence. La voix qui nous parle, c’est celle de leur fils, petit et grand, entrecoupée d’extraits de carnets de son père.

Unis tous deux à Elle, perpétuel mystère de fantaisie et de joie de vivre. Ils ont pour animal de compagnie, Mademoiselle Superfétatoire, une grue cendrée sauvée d’Afrique, un drôle d’oiseau pour une drôle de dame … Tous les quatre ensemble, la vie pétille et chaque jour est une fête jusqu’au jour où le petit garçon voit son monde se bouleverser sous ses yeux, ce qui lui fait dire cette magnifique formule : « comment font donc les autres enfants pour vivre sans mes parents ? « 

De l’exubérance à la folie douce amère, En attendant Bojangles vous emporte dans une fête trépidante avec la très jazzy Nina Simone en bande-son.  Ça swingue, vous ensorcelle, vous fait rêver et vous remue les tripes, ce premier roman écrit en sept semaines engage Olivier Bourdeaut sur le chemin du très attendu deuxième roman. Un véritable talent d’écriture avec un style enchanteur, alliant les intentions, les mots et les émotions. Avec une certaine poésie drolatique et loufoque, Bourdeaut crée un univers attachant dont tout le sens révèle une magnifique pudeur et délicatesse d’écriture pour aborder cette folie douce.

Vous ne le lirez mais le dévorerez littéralement !

En attendant Bojangles
Olivier Bourdeaut
Éditions Finitude
160 pages. 15,50€. ISBN : 978-2-36339-063-9

imageA voir !

Le site des éditions Finitude

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