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Le Grand méchant renard, de Benjamin Renner

Le Grand Méchant Renard

Vous connaissez certainement le Grand méchant loup, mais connaissez-vous une créature encore plus terrifique, le Grand méchant renard ? Malheureusement, il vit un peu dans l’ombre du premier. Bon faut dire aussi qu’il ne possède pas autant de talent pour attraper des proies. Non, et on ne peut pas dire qu’il maîtrise les hurlements à la perfection. Par contre, il vous fera rire. Si, si. Un peu à son insu et à ses dépens  mais toujours avec tendresse. Avec beaucoup de malice, Benjamin Renner a imaginé cette belle histoire devenue depuis un film d’animation.

Un Grand joli coeur

Le Grand méchant renard a faim, terriblement faim. Ce n’est pas faute pourtant d’habiter près d’un poulailler où officient de belles et grasses poulettes. Mais son physique efflanqué ne pallie pas une agressivité qui fait un peu défaut. Cependant, il commence à se lasser quelque peu des paniers de navets que lui préparent le cochon à chaque entrée au poulailler. Après une nouvelle tentative infructueuse de repas, le Grand méchant loup lui souffle une idée de génie : « Si tu ne peux saisir les poules, vole des œufs ! Tu n’auras qu’à manger ce qui en sortira ! » Ils feront bombance ensemble. Tout à son enthousiasme, le Grand méchant renard suit ce conseil, se trouve bon gré mal gré à couver les œufs jusqu’à l’éclosion … Trois adorables poussins découvrent avec émotion celle qui leur donna le jour … Comme si la faim ne suffisait pas, Le Grand méchant renard doit se lancer dans les affres de la parentalité !

Drôle et d’un rythme assez soutenu, ces 192 pages sont un régal ! Amateurs de cartoons, vous serez séduit par les séquences cocasses et par ce loser génial, cousin de Coyote, dont on se prend d’affection dès les premiers instants. Les expressions et mimiques des protagonistes sont excellentes. L’ensemble fait mouche grâce aussi à des répliques et à un dessin épuré mais d’autant plus significatif. Pas de cases, mais un regard qui porte sur l’essentiel : les personnages, leurs interactions et réactions. J’ai ri, j’ai été émue et surtout nous l’avons savouré en famille !

Un Grand méchant film aussi !

L’adaptation du livre en film d’animation reprend également cette dernière histoire, ainsi qu’Un bébé  à livrer.

Benjamin Renner a officié sous le nom de Reineke sur son blog, qui a vu la naissance du Grand méchant renard et d’une autre bande dessinée Un bébé à livrer. Cette activité parallèle comble une carrière de réalisateur de films d’animation non moins talentueuse, ayant corealisé Ernest et Célestine. Sur ce même blog, vous pouvez découvrir les dix premières planches et la genèse de cette rafraîchissante histoire. Le cochon, le canard sont des personnages clés que vous retrouvez également dans Il faut sauver Noël. Enfin rendez-vous sur le site Delcourt indiqué en dessous, une jolie surprise vous attend !
Le Grand méchant renard
Benjamin Renner
Éditions Delcourt. Collection Shampooing.
192 pages. 16,95€. ISBN : 978-2-7560-5124-6
A voir et à faire 🐣
Éditions Delcourt
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La mille et deuxième nuit, de Carole Geneix

La mille et deuxième nuit

La comtesse de Slavskaïa referma son dictionnaire en soupirant.
Pogrom. Un mot d’origine russe. Un mot qui n’avait longtemps existé que dans sa langue natale et s’exportait partout désormais pour désigner le massacre des juifs par la population russe. Une vraie gloire
Elle se dirigea à petits pas vers sa coiffeuse pour se repoudrer le nez et masquer les sillons qui partaient des yeux, creusés, au fil des années, par des larmes épaissies, corrosives.

Nous sommes en 1911. Le Titanic prépare son voyage inaugural et le temps est la fête chez le couturier Paul Poiret. Maître de la mode, il est ce que sera une Coco Chanel bien avant l’heure : un libérateur des femmes. Finis les corsets, place aux tenues extravagantes.

Sa renommée traverse l’Atlantique, et en véritable roi de la mode, il est reconnu dans la rue partout où il se rend. Si c’est un fin visionnaire, c’est également un jouisseur, grand ordonnateur de fêtes sublimes et incroyables. Ces libations sont extrêmement courues et c’est un insigne honneur de recevoir un précieux carton d’invitation. La plus célèbre de ces fêtes sera sans aucun doute sa Mille et deuxième nuit.
Bien sûr la comtesse Svetlana Slavskaïa reçoit le précieux sésame ainsi qu’une deuxième invitation, qu’elle remet à son secrétaire et fidèle compagnon de tous les jours, Dimitri Ostrov, appelé affectueusement « Dimia ». Il est temps pour le jeune homme de faire son entrée dans le monde et de suivre sont propre chemin. Car c’est décidé, ce soir sera leur dernier soir de compagnonnage. Et puis, un mystérieux admirateur semble se faire plus pressant. Cependant, ce serait sans compter sur le propre fils de la comtesse, Igor, qui lui voue une détestation profonde. Antisémite convaincu et personnage assez imbuvable, son animosité n’en est que plus vive, alors qu’il tente de briller au sein de sa belle-famille de la noblesse française. Tout à ses amours débutants avec une jeune danseuse, Dimia en oublie la comtesse, qu’il retrouvera le lendemain matin, assassinée, et son précieux collier volé devant l’assistance sous le choc de la macabre découverte.

Un polar d’atmosphère …

Voici une enquête policière plutôt intéressante. Et ce n’est pas un plutôt sceptique. Ce premier roman possède de plusieurs qualités littéraires et narratives. Style et intrigue se joignent harmonieusement  mais c’est aussi tout le travail d’atmosphère qui leur confère un charme particulier. Peu adepte du roman à trame « historique », cet univers m’a séduit. Si la Belle Époque est une période que j’apprécie particulièrement avec les  années 30, c’est un roman qui pose les réels enjeux de ces années clinquantes et indolentes.

A l’aube d’une tragédie mondiale, elles possèdent un héritage culturel particulièrement étoffé qui prend le pas trop souvent sur la peinture d’une époques qui ne sait pas encore qu’elle prend fin. Ici, ces années insouciantes et pourtant déterminantes sont l’écrin choisi et particulièrement soigné par Carole Geneix. L’ensemble est très bien documenté et donne une vision juste et fine de cette époque de bascule vers le monde actuel. Sont déjà en train de germer les mauvaises graines de ce qui sera le conflit le plus dévastateur : scission est-Ouest, antisémitisme latent et virulent parfois (nous sommes aux lendemains de l’affaire Dreyfus), montée du communisme qui aboutira à la Révolution russe …

…à la tonalité anglo-saxonne

L’intrigue quant à elle est un classique du polar, mais sous les traits d’un whodunit à l’anglaise (« qui a fait cela »). Comme un clin d’oeil à ce genre né au début du XIXe, ce roman à énigme tient toutes ses promesses.  Si les dernières pages laissent se dévoiler l’auteur du forfait, rassurez-vous le suspense perdure jusqu’à une fin surprenante et inattendue.

D’une écriture précise et enlevée, nous ne sommes pas dans un pensum érudit pour autant. Les chapitres, parfois assez courts, sont comme un indice, une photographie d’un instant t, ce qui est très  appréciable. Une certaine nervosité tend à se développer au fur et à mesure que nous suivons les pas de Dimia, qui se traduit parfois par une légère précipitation dans la résolution de l’enquete. A conseiller vivement aux amateurs de romans policiers historiques, aux fans de polars à l’anglaise et à tous ceux en recherche d’un bon roman agréable à lire. Un premier roman passionné et à l’enthousiame communicatif.

Enfin je clôture cette chronique en remerciant chaleureusement le Éditions  Rivages qui m’ont fait parvenir cet ouvrage en service presse,

La mille  et deuxième nuit
Carole Geneix
Editions Payot Rivages
302 pages. 19,50€. ISBN 9782743641986

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Editions Rivages

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