Catégorie : Polars & SF

Après la chute de Dennis Lehane

Me voici à nouveau en ligne après un grand déménagement qui m’aura accaparée à juste titre et plus longuement que prévu ! Un nouveau rythme de vie à trouver mais surtout plus de sérénité et de calme dans le beau Parc naturel régional du Médoc ! La magie de la forêt opère, l’automne arrive, le feu dans le poêle démarre, que de bons auspices pour des lectures savoureuses 😊

Après la chute

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant cette période bousculée, j’ai néanmoins pu faire de jolies découvertes, suivre quelque peu la rentrée littéraire et profiter également d’un chouette partenariat grâce au Picabo River Book club de Léa Mainguet et les éditions Rivages pour la sortie d’Apres la chute de Dennis Lehane. Pour toutes celles et ceux mordus de littérature américaine et qui ne connaîtraient pas encore ce groupe, je vous le recommande chaudement. C’est un groupe convivial où domine le partage et l’echange de passionnés 📖

Alors que nous raconte le dernier Lehane ? Le charismatique auteur de Mystic River et Shutter Island joue à nouveau avec nos nerfs et ceux de son personnage principal Rachel Childs dans une quête psychologique autour de son identité. Alors qu’elle n’est encore qu’une très jeune enfant, sa mère se sépare de son père et l’exclue de sa vie refusant de lui révéler son identité. Un paradoxe pour cette femme qui signe notamment un très célèbre ouvrage de psychologie du couple. Comme dit le proverbe, c’est les cordonniers … Immanquablement ceci entraînera Rachel sur les traces de son père au décès de sa mère. Dotée d’une jolie petite fortune, la jeune héritière compte s’appuyer sur les services d’un détective privé …

C’est sur ce pitch  assez cinématographique que démarre notre enquête, découpée en trois parties cherchant à structurer un polar finalement décousu. Assez rapidement, j’ai eu le sentiment d’une lecture feuilleton. Il est vrai que le démarrage étant assez lent, mais ce n’est habituellement pas un souci non plus.

Dans la première partie, l’intrigue évolue à petit feu. On se dit alors que le cadre se pose, le décor se plante. Une certaine  façon d’apprehender nos futurs compagnons de route. Une accélération bienvenue s’opère alors quitte à bousculer et évacuer des éléments d’intrigue. Le trouble se sème et je crois encore à un coup de maître en préparation. L’impatience mêlée d’ encore un peu d’excitation est toujours là, arrivés que nous sommes au point d’ouverture du roman. D’aucuns considèreront la troisième partie comme un bouquet final. Pour ma part, je n’ai pas compris cette volonté de surenchère dans une intrigue en laquelle on ne croit plus. Ce n’est plus surprenant, cela devient trop. La frontière du vraisemblable est dépassée et la magie de la fiction se brise.

Il y a de bonne idées a ne pas en douter, car l’auteur est un excellent écrivain, peut être moins en forme sur ce coup là car  Dennis Lehane donne l’impression dans cet opus de n’avoir su choisir entre deux intrigues (celle de Rachel et sa quête paternelle et celle que je nommerai les mystères de Brian) tant et si bien que j’ai le sentiment après avoir fermé le livre et en préparant mon article avoir affaire à deux romans en un, très distincts, bien trop distincts pour que cela ne soit pas gênant contrairement à ce que Gilian Flynn peut indiquer dans son commentaire en quatrième de couverture : selon moi, il n’y a pas de réunion entre les deux romans si ce n’est d’une façon trop artificielle pour que l’ensemble tienne. Le seul point d’ancrage demeure Rachel, un personnage fort peu attachant au demeurant dont on a un peu envie de secouer les puces.

Une lecture qui me laisse pantoise vous l’aurez compris mais j’attends tout de même le prochain Dennis Lehane, en espérant y retrouver le talentueux écrivain.

Après la chute
Dennis Lehane (traduit par Isabelle Maillet)
Editions Rivages
455 pages. 22€. ISBN : 9782743640590

À voir

Dennis Lehane
Editions Rivages
Picabo River Book Club

Rendez-vous sur Hellocoton !

Bull mountain, de Brian Panowich

Il ne voyait pas où son frère voulait en venir avec ses histoires de frelon, mais ça lui était égal. Hal ne lui parlait pas si souvent, alors il en profitait. Ils avaient dix ans d’écart – Buckely était né pile entre eux deux – donc ils n’avaient pas grand-chose en commun. Et puis, Hal était en général trop pris par ses cultures en haut de la montagne pour faire l’idiot avec son petit frère. Clayton le comprenait. Les affaires d’abord. Mais même depuis que Clayton avait douze ans et que papa l’autorisait à les aider, Hal ne s’intéressait pas particulièrement à son cas. Avec cette conversation, c’était différent ; c’était la première fois qu’il lui parlait autant. Clayton se dit que peut-être Hal commençait à le considérer comme un homme – comme un frère. Cette seule pensée le fit léviter de quelques centimètres au-dessus de son siège.

bull_mountainEt pourtant que la montage est belle

Nous sommes en 1949. Riley Burroughs va inaugurer malgré lui un nouveau de pan de l’histoire du clan Burroughs. Depuis trois générations, cette famille règne en hors-la-loi sur Bull mountain grâce à la contrebande. Lorsque Cooper, demi-frère de Riley, arrive accompagné de son fils Gareth âgé 9 ans, Riley sait que la confrontation va être rude. S’il a réussi à rallier une partie des membres de la famille à sa cause, Cooper refuse son plan visant à refaire une réputation à la famille en cédant des terres aux promoteurs. Et ce refus, c’est à la manière Burroughs. Une première leçon pour l’un des héritiers du clan.
2015, les fils de Gareth ont pris des chemins opposés. Halford fait prospérer les affaires du clan qui se sont diversifiées, entre méthamphétamines, cannabis et vente d’armes. Clayton, le petit dernier, est lieu devenu le sheriff. A défaut de pouvoir le stopper, il arrive à protéger les habitants et à maintenir une paix fragile. Approché par un agent fédéral, Simon Holly, pour convaincre Hal de démanteler un gang avec qui il est en affaire, Clayton pris entre deux feux, n’a d’autre choix que d’accepter pour épargner son frère et protéger la ville.

 

Comment ?! Un premier polar noir au cœur d’une Géorgie sauvage ! Il n’en fallait pas tant pour m’appâter. Dans un premier roman noir et plutôt bien ficelé, Brian Panowich entame une trilogie qui semble somme toute prometteuse. Le pompier de Géorgie, écrivain à ses heures perdues, déroule une intrigue qui ne laisse pas de place à la contemplation béate de la nature. Et pourtant sans ce duel de Caïn et Abel, cette montagne puissante, froide, indifférente aux hommes serait un hâvre de paix.

bull mountain
Une vue de Bull mountain, splendide décor du roman éponyme

De la matière, de forts personnages mais une intrigue maltraitée

Le ton est donné dès les premières pages, et Brian Panowich frappe très fort avec la leçon donnée à Gareth. Et c’est à travers cette scène que Brian Panowich m’a eue et m’a fait rentrer dans son roman, à travers cette scène aussi forte que la pierre angulaire de Sukkwan Island de David Vann. Mais là s’arrête la comparaison avec l’auteur alaskain, même s’ils partagent tous deux la même veine pour le drame familial violent et sauvage. Eh oui, pour eux, l’enfer c’est les autres, à commencer chez soi. L’écriture de Panowich mêle flashbacks et portrait, procédé assez usité, mais qui mène efficacement à la reconstitution du puzzle Burroughs sur un rythme plutôt effréné. Mais c’est aussi de ce procédé que le roman tire une partie de sa faiblesse. L’intrigue en millefeuille évolue avec un manque de fluidité assez gênant sur la fin du roman, d’autant plus que la résolution choisie par Panowich est assez osée. Enchaînant deux twists finaux, qui peuvent néanmoins tenir la route, j’ai le sentiment d’un auteur qui accélère un peu trop artificiellement le rythme et s’emmêle avec le lever de rideau final, et cela au détriment de la vraisemblance. Dommage, car une des grandes forces du roman, ce sont les personnages, qui sont plutôt bien traités à défaut d’être pour certains bien traitants. Les personnages secondaires possèdent suffisamment de corps pour ne pas être juste une ombre utilitaire. Quant aux femmes, mises à mal au sein de ce clan, ce sont de beaux portraits de femmes fortes apportent justement à travers leur histoire une charpente solide à l’ensemble de l’ouvrage.

Un premier bon roman prometteur dont la fin peut tout de même désappointer certains amateurs de polars rompus à certaines pirouettes narratives.

Bull mountain
Brian Panowich
Actes Sud
336 p. 22,5€. ISBN : 978-2-330-06061-9

Rendez-vous sur Hellocoton !
Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers:

%d blogueurs aiment cette page :