Catégorie : Polars & SF

Les disparus du phare, Peter May

Je suis donc vaniteux. Ou bien je ne suis pas très sûr de ma virilité. Singulièrement étrange de ne pas se connaître, d’essayer de deviner qui l’on est. Pas son nom ou l’apparence que l’on projette, mais ce qui constitue votre être. Suis-je intelligent ou stupide ? Suis-je colérique ? Facilement jaloux ? Généreux ou égoïste ? Comment puis-je ne pas le savoir ?
Quant à l’âge… Bon sang, quel est mon âge ? Difficile à dire. Je vois sur mes tempes quelques traces de gris naissantes, au coin des yeux des pattes-d’oie assez fines. Trente-cinq ? Quarante ?

les disparus du phare peter may

Lecteur, voici l’île Lewis qui resurgit présentant avec langueur ses sentiers escarpés et son indicible sauvagerie. Après la Trilogie Écossaise, Peter May nous embarque à nouveau sur cette île qui devient un pays à elle seule dans son paysage littéraire. Cette fois, ce n’est pas Fin MacLeod, qui sera votre hôte, mais un rescapé de la mer amnésique ! Rejeté par les flots, cet inconnu n’a aucune idée de son identité – oui, oui, ceci pourrait vous rappeler un certain Jason Bourne mais là s’arrête la comparaison ! …
Trempé jusqu’aux os, il est reconduit chez lui par une bonne âme charitable, une connaissance visiblement. Maclean, c’est donc son nom. C’est à travers les objets du quotidien qu’il cherche des indices, mais sa maison est étonnamment muette. Suffisamment pour qu’il se demande ce qu’il peut bien avoir à cacher, alors même qu’il est aux yeux de tous un écrivain débarqué il y a tout juste quelques mois pour enquêter sur les disparus du phare. Après avoir repris connaissance de son environnement proche, il ne tarde pas à se découvrir d’étonnantes connaissances en apiculture …

Quand le thriller se mêle au roman écologique

Ce nouvel opus mêle thriller entre la quête de l’identité de Maclean avec en toile de fond et fil rouge, l’impact de l’homme sur la nature. Si comparaison il devrait avoir, on peut imaginer que Jason Bourne ait croisé le militantisme d’un Ron Rash. Cette intrigue étonnante apporte un souffle rafraîchissant dans le monde du polar, cependant elle n’est pas exempte de défauts, qui me laisse finalement dubitative alors même que je ne demandais qu’à être convaincue.

Un nouvel univers référentiel

Si la progression de l’intrigue demeure rythmée, les personnages demeurent assez inégaux. Ils manquent pour certains d’épaisseur, parfois prévisibles, ce qui affaiblit à certains moments l’efficacité du scénario. Peter May crée avec une tendresse particulière une jeune fille fragile, mais certains traits de personnalité sont trop exagérés. Elle souffre de la présence trop importante d’une grande sœur littéraire : Lisbeth Salander. Son personnage semble être construit dans son ombre, mais avec maladresse. Par contre, l’écriture toujours aussi fine de Peter May y ressort avec brio dans sa peinture de la nature et cette enquête écologique. Ses peintures de l’île demeurent toujours aussi évocatrices et saisissantes.

Les amateurs de polar pourront rester un peu sur leur faim, en raison des petites faiblesses narratives, notamment des passages pivots du roman qui se démasquent et une fin un peu trop prévisible à mon goût. Ce nouveau cru est très étonnant lorsque l’on côtoie le monsieur depuis plusieurs romans. Il reste un roman agréable à lire toutefois  pour le plaisir de la plume de Peter May – la forme reste toujours autant séduisante – même s’il n’est un roman aussi époustouflant que Peter May m’en a donné la – bonne/mauvaise – habitude ! Peter May possède un univers à part entière, et ce croisement de références extérieures s’avère finalement assez déstabilisant ! Peut-être ai-je trop attendu le petit frère de sa fantastique trilogie écossaise !

Les Disparus du phare
Peter May
Editions du Rouergue
315 pages. 22,50€. ISBN : 9782812610646

A voir !

le site de Peter May
le site des éditions Le Rouergue

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Les fugueurs de Glasgow, de Peter May

…quand on est jeune. Tu penses que tu vas vivre pour toujours . Tu sais qu’un jour tu mourras, mais c’est tellement loin que tu ne peux pas te l’imaginer. Et puis, un jour, tu regardes dans le miroir et tu vois Ricky à quarante ans. Et avant que tu aies le temps de dire ouf, ce sera Ricky à cinquante ans, et puis à soixante ans. Et soudain tu vois la ligne d’arrivée devant toi, comme les butoirs au bout de la voie ferrée. Tu es lancé et il n’y a personne pour arrêter le train. Et partout où tu as été pendant le voyage qu’a été ta vie, les gens que tu as aimés, ce que tu as appris et vu, tout disparaîtra.

fugueurs de glasgow peter may

Comme un véritable caméléon littéraire, Peter May a la capacité de vous faire voyager dans des intrigues qui vous mènent à chaque fois dans un univers différent. Déjà la Trilogie Ecossaise, ayant par nature pour fil conducteur des personnages et des lieux centraux, possédait cette magie de vous faire voyager dans des univers variés et captivants au gré de ses intrigues. C’est à nouveau un pari réussi, avec ces fugueurs de Glasgow en route pour le swinging Londres des années 60 …

(Can’t get no) satisfaction

Si ce n’était un vilain infarctus du myocarde qui s’en est pris à lui l’année dernière, Jack demeure un vieux monsieur fringant et séduisant qui a gardé toute sa jeunesse. Veuf, il fait désormais face à une famille étrange, avec une fille et un beau-fils qui guette sa mort pour récupérer sa maison et un petit-fils, Ricky, surdoué de l’informatique si mal dans sa peau qu’il se coupe de toute vie sociale. Et toutes ces années impardonnables ont jeté également leur dévolu sur ses amis : Dave, qui a l’alcool facile et un fils maltraitant, et enfin Maurie,  qui souffre d’un cancer en phase terminale.
C’est à l’occasion d’une visite à l’hôpital qui inaugure notre roman, que celui-ci fait part à Jack de sa dernière volonté  : un dernier voyage à Londres,une nouvelle et dernière fugue comme en 1965 pour régler une mystérieuse affaire avant de mourir. Comme surgi du passé, un fait-divers, pourtant bel et bien contemporain réveille le souvenir de ces jeunes années : une star des années 60, Simon Flet, a découverte morte assassinée chez elle, alors qu’on la croyait morte après avoir été accusé du meurtre d’un jeune voyou. Maurie connaît l’identité du meurtrier du jeune voyou et pense pouvoir éclaircir le mystère que soulève le meurtre de Simon Flet.
C’est donc un nouveau départ pour Londres qui attend les trois amis, flanqués bon an, mal an du jeune Ricky, coincé par son grand-père bien décidé à lui montrer ce qu’est la vie ! C’est un véritable chemin de nostalgie et de souvenirs, qui leur fait revivre leur jeunesse, lorsque Jack et ses amis rêvent de musique et de gloire dans une période où tout semble si facile. Adolescents avec des désirs d’indépendance, chacun porte en lui une bonne raison de quitter Glasgow et un univers qui leur semble étriqué et hostile à leur projet. C’est sur un coup de tête, après le renvoi de Jack, que les inséparables amis choisissent de fuguer à Londres, avec juste un van, leur matériel de musique, et quelques pounds en poche …

Voilà de quoi entamer en beauté la nouvelle année : la lecture d’un nouvel opus de Peter May, auteur de la Trilogie Ecossaise, certainement ma meilleure lecture polar de 2015.

Les fugueurs de Glasgow : les Illusions perdues sur un air de rockn’blues

Alors ce nouveau cru est-il toujours aussi réjouissant me demanderez-vous ? On y retrouve toujours avec plaisir sans également la plume de Peter May qui est un véritable conteur d’histoire, sachant vous plonger dans une ambiance, une atmosphère particulière. Dès le premier chapitre, vous retrouvez cette patte particulière, et ce moment où vous vous dites, « ça y est, c’est parti, je vois les quelques pas qu’il nous invite à suivre ». cette atmosphère des sixties, il la dissèque et la restitue avec sa part d’ombre et de lumière, dans  un très beau et bon roman musical ! Ce roman de la nostalgie est un véritable portrait sonore ces années 60, tant et si bien qu’il me permet même de vous livrer une petite bande-originale à écouter en le lisant  😀

Le choix de croiser deux intrigues dans une temporalité différente n’est pas un exercice nouveau pour Peter May, mais c’est un exercice d’équilibre toujours difficile tant il faut savoir doser les indices, l’une renseignant sur l’autre, en se complétant tout en faisant office de miroir. Habileté et maîtrise sont donc deux qualités essentielles que l’on retrouve ici, déployées également dans le traitement des personnages de leurs solitudes tout particulières, et de l’Histoire en arrière-fond. Journaliste, le travail de documentation de Peter May est toujours sidérant de justesse et donne ici lieu à deux portraits de société très fins, qui résonnent et se font écho, entre les quartiers ouvriers, la flambe du milieu artistique remplacée par celle des banquiers. Ce réalisme nostalgique sans être angélique,  dysphorique sans être défaitiste, tranche avec ce bel enthousiasme inhérent à une jeunesse capable de tout et montre combien les rêves de changer le monde demeure et perdure … pour se réaliser ou devenir une illusion perdue.

Roman noir plutôt que polar, ce road-trip fait la part belle à une aventure humaine, à celle d’un groupe d’adolescents croyant en leurs rêves, à celle d’adultes regardant avec distance et émotion ces folles années. La fin inattendue par sa tonalité plutôt mélodramatique, créée une légère rupture avec l’ensemble du roman, vite oubliée tant le chemin de ces fugueurs, jeunes ou vieux, vous marque.

Les Fugueurs de Glasgow
Peter May
Editions Le Rouergue
332 pages. 22,50€. ISBN : 978-2-8126-0927-5

A voir !

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