Il ne voyait pas où son frère voulait en venir avec ses histoires de frelon, mais ça lui était égal. Hal ne lui parlait pas si souvent, alors il en profitait. Ils avaient dix ans d’écart – Buckely était né pile entre eux deux – donc ils n’avaient pas grand-chose en commun. Et puis, Hal était en général trop pris par ses cultures en haut de la montagne pour faire l’idiot avec son petit frère. Clayton le comprenait. Les affaires d’abord. Mais même depuis que Clayton avait douze ans et que papa l’autorisait à les aider, Hal ne s’intéressait pas particulièrement à son cas. Avec cette conversation, c’était différent ; c’était la première fois qu’il lui parlait autant. Clayton se dit que peut-être Hal commençait à le considérer comme un homme – comme un frère. Cette seule pensée le fit léviter de quelques centimètres au-dessus de son siège.

bull_mountainEt pourtant que la montage est belle

Nous sommes en 1949. Riley Burroughs va inaugurer malgré lui un nouveau de pan de l’histoire du clan Burroughs. Depuis trois générations, cette famille règne en hors-la-loi sur Bull mountain grâce à la contrebande. Lorsque Cooper, demi-frère de Riley, arrive accompagné de son fils Gareth âgé 9 ans, Riley sait que la confrontation va être rude. S’il a réussi à rallier une partie des membres de la famille à sa cause, Cooper refuse son plan visant à refaire une réputation à la famille en cédant des terres aux promoteurs. Et ce refus, c’est à la manière Burroughs. Une première leçon pour l’un des héritiers du clan.
2015, les fils de Gareth ont pris des chemins opposés. Halford fait prospérer les affaires du clan qui se sont diversifiées, entre méthamphétamines, cannabis et vente d’armes. Clayton, le petit dernier, est lieu devenu le sheriff. A défaut de pouvoir le stopper, il arrive à protéger les habitants et à maintenir une paix fragile. Approché par un agent fédéral, Simon Holly, pour convaincre Hal de démanteler un gang avec qui il est en affaire, Clayton pris entre deux feux, n’a d’autre choix que d’accepter pour épargner son frère et protéger la ville.

 

Comment ?! Un premier polar noir au cœur d’une Géorgie sauvage ! Il n’en fallait pas tant pour m’appâter. Dans un premier roman noir et plutôt bien ficelé, Brian Panowich entame une trilogie qui semble somme toute prometteuse. Le pompier de Géorgie, écrivain à ses heures perdues, déroule une intrigue qui ne laisse pas de place à la contemplation béate de la nature. Et pourtant sans ce duel de Caïn et Abel, cette montagne puissante, froide, indifférente aux hommes serait un hâvre de paix.

bull mountain
Une vue de Bull mountain, splendide décor du roman éponyme

De la matière, de forts personnages mais une intrigue maltraitée

Le ton est donné dès les premières pages, et Brian Panowich frappe très fort avec la leçon donnée à Gareth. Et c’est à travers cette scène que Brian Panowich m’a eue et m’a fait rentrer dans son roman, à travers cette scène aussi forte que la pierre angulaire de Sukkwan Island de David Vann. Mais là s’arrête la comparaison avec l’auteur alaskain, même s’ils partagent tous deux la même veine pour le drame familial violent et sauvage. Eh oui, pour eux, l’enfer c’est les autres, à commencer chez soi. L’écriture de Panowich mêle flashbacks et portrait, procédé assez usité, mais qui mène efficacement à la reconstitution du puzzle Burroughs sur un rythme plutôt effréné. Mais c’est aussi de ce procédé que le roman tire une partie de sa faiblesse. L’intrigue en millefeuille évolue avec un manque de fluidité assez gênant sur la fin du roman, d’autant plus que la résolution choisie par Panowich est assez osée. Enchaînant deux twists finaux, qui peuvent néanmoins tenir la route, j’ai le sentiment d’un auteur qui accélère un peu trop artificiellement le rythme et s’emmêle avec le lever de rideau final, et cela au détriment de la vraisemblance. Dommage, car une des grandes forces du roman, ce sont les personnages, qui sont plutôt bien traités à défaut d’être pour certains bien traitants. Les personnages secondaires possèdent suffisamment de corps pour ne pas être juste une ombre utilitaire. Quant aux femmes, mises à mal au sein de ce clan, ce sont de beaux portraits de femmes fortes apportent justement à travers leur histoire une charpente solide à l’ensemble de l’ouvrage.

Un premier bon roman prometteur dont la fin peut tout de même désappointer certains amateurs de polars rompus à certaines pirouettes narratives.

Bull mountain
Brian Panowich
Actes Sud
336 p. 22,5€. ISBN : 978-2-330-06061-9

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