Catégorie : Histoire & Société

Une rolex à 50 ans : a-t-on le droit de rater sa vie ?

Sans pouvoir rater ni réussir notre vie, nous allons donc toujours de réussites ratées en ratés réussis, en bifurquant jusqu’à perdre de vue la logique du parcours. Nous rêvons alors de lignes fléchées et droites ; d’autoroutes allemandes ; d’aquariums où, sans se toucher, deux poissons rouges se croisent dans une eau dormante et aseptisée.
Prendre la vie de traviole, c’est, au contraire, jouir de la brisure de ses propres projets ; la provoquer, par l’humour et l’idiotie, afin de s’insubordonner à toutes ces planifications, lesquelles vont finir par nous faire crever de survie. À la spéculation, qui fonde et prévoit, la vie de traviole substitue la trouvaille, qui reçoit, renvoie, sans donner de raison ni mimer l’éternité.
Il ne s’agit pas d’être justifié, mais d’être chatouillé. Car vivre, c’est apprendre à mourir pour rien.

rolex_dall'aglioChacun attribue au succès et au bonheur des valeurs différentes et s’il est une phrase qui représente le déplacement des valeurs dans notre société blingblingo-matérialiste, c’est peut-être bien celle-ci de Jacques Séguéla qui résume la réussite d’une vie à la possession d’une montre de luxe par un quinqua …  « Tout le monde a une Rolex ! Si à 50 ans on n’a pas une Rolex on a quand même raté sa vie ! ».

Partant de cette sortie hautement fine et intellectuelle, Yann Dall’Aglio propose une réflexion philosophique plus poussée que le théorème de Séguéla en ouvrant les portes d’une véritable réflexion sur « qu’est-ce que rater sa vie ? » mais encore est-ce grave de ne pas réussir ? La vie implique-t-elle d’être réussie du seul fait qu’elle soit unique ? Qu’est-ce que réussir ? Faut-il vouloir réussir ? Où se situe la liberté si on est dans l’obligation angoissante de réussir ? La liberté n’est-ce pas non plus le droit de rater ?  Se planter n’est-il pas nécessaire pour mieux pousser ? Si la réussite ne dépend pas de biens matériels, quelle est la valeur de la vie produite ? Et la vie de traviole, n’est-elle pas une vie normale ?

Voilà autant de questions soulevées par ce professeur de philosophie qui brasse des références autant classiques, Aristote et son Éthique à Nicomaque, en passant par Rousseau et son Neveu, jusqu’à Alfred Jarry et le Collège de Pataphysique !

Ce petit condensé d’impertinence est écrit avec esprit et humour, ce qui le rend accessible à tous, même néophyte en philo. Un premier essai très réussi qui inaugure une nouvelle collection Flammarion qui donne un peu de remue-méninge.

Une rolex à 50 ans : a-t-on le droit de rater sa vie ?
Yann Dall’Aglio
Editions Flammarion. Collection « Antidote ».
124 pages. 8€. ISBN : 978-2-08-126244-7

A écouter !

Un interview sur Nova

 

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L’affaire des poisons

l'affaire des poisonsAprès une biographie de Louis XIII, primée grand prix du livre d’Histoire en 2009 et la parution également d’un ouvrage consacré à l’assassinat d’Henri IV, Jean-Christin Petitfils, historien spécialisé dans l’Ancien Régime, fait le point et apporte un éclairage nouveau sur le plus grand scandale qui entacha le règne de Louis XIV : l’Affaire des Poisons.

L’Affaire des Poisons représente trois années d’instruction, 210 séances tenues par la Chambre ardente, 319 décrets pour prise de corps, 194 personnes arrêtées, 104 jugements dont 36 condamnations à mort et de nombreuses personnes embastillées sans qu’un jugement particulier fut rendu. C’est également un véritable séisme au sein de la Cour, car nombreuses furent les personnalités de la Haute Noblesse ou de l’entourage proche du Roi, « impliquées » en réalité ou non, dans cette vaste chasse aux « sorcières ».

Tout commence avec la mort d’Henriette d’Angletterre en 1670 et l’arrestation puis  la condamnation à mort de la Marquise de Brinvilliers. A la mort d’Henriette, cousine de Louis XIV, épouse de Monsieur, frère du Roi, mais aussi la rumeur court à propos d’un éventuel empoisonnement. Louis craignant qu’on attende à sa personne, demande à son lieutenant de police, Gabriel Nicolas de la Reynie, d’enquêter.

Deux années se passent, et à l’occasion du décès d’un officier de cavalerie, une étrange cassette réapparaît, cassette contenant des pièces compromettant la Marquise de Brinvilliers, une jeune femme de bonne famille – son père est conseiller d’Etat – marié à un membre de la famille Gobelin. Parmi les pièces accablantes se trouve une liasse de courriers, prouvant que la Brinvilliers avec la complicité de son amant a empoisonné, père, frères et tenta également de supprimer mari et enfants. Ce scandale éclate et annonce un second plus grand encore : celui des « Poisons », dont l’usage serait très répandu à la cour, notamment la « Poudre de succession » qui comme son nom l’indique aide certaines femmes à se défaire des liens sacrées d’un mariage très souvent conclu dans la raison et les intérêts des familles ainsi réunies… Devineresses, empoisonneurs (nombreux étaient les pairs de La Voisin), et noblesse se trouvent au sein d’un vaste réseau du crime touchant jusqu’au coeur même du Roi avec de nombreuses accusations portées à l’encontre de la favorite en titre, Madame de Montespan.

Jean-Christian Petitfils retrace avec fluidité et simplicité, la progression de l’enquête menée par La Reynie, décortique témoignages et indices éclairant cette sinistre affaire. Son étude apporte un oeil nouveau en montrant certains faits troublants jusque-là inexploités, et avance également une nouvelle piste possible, dédouanant en partie Madame de Montespan : l’usurpation d’identité par une de ses dames de compagnie, Mademoiselle des Oeillets, maîtresse éconduite du Roi, dont elle eut un enfant.

Ce récit historique est accessible à tous par son style et l’approche pédagogique de Petitfils, tant par son écriture que l’organisation de sa pensée. Idéal pour découvrir cette affaire, très utile également pour la revisiter si vous la connaissez déjà.

A voir !
Un interview de l’auteur

 

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