Catégorie : Cinéma & séries

The Revenant

The revenant

Aller voir ou pas The Revenant, nommé aux Oscars et lauréat des Golden Globe ?

Le dernier né d’Alejandro Iñárritu réunit le très attendu Leonardo di Caprio, mobilisé sur plusieurs plateaux de tournage mais absent des écrans depuis 2013 ; une année chargée s’il en est avec la sortie de deux véritables cartons (Gatsby le Magnifique, Le Loup de Wall Street) ; ainsi que le non moins talentueux, Tom Hardy, caméléon méconnaissable.

Ces deux têtes d’affiche réunies depuis Inception sont menées par le réalisateur mexicain déjà récompensé pour trois de ses onze films  … Une sortie fort alléchante ma foi. Enfin comme bien d’autres films désormais, The Revenant annonce 2h36 au compteur, ou de l’art de bien choisir son fauteuil.

Hugh Glass
Le portrait de Hugh Glass, après l’attaque et le retour au fort. Il est âgé d’une quarantaine d’années au moment des faits

Tout d’abord le scénario est tiré d’un fait réel, la sur vie exceptionnelle de Hugh glass à une attaque d’ours suivi d’un abandon par ses camardes.

Hugh Glass fait partie de ces trappeurs légendaires d’une Amérique balbutiante et  encore sauvage. Son exploit a été romancé à plusieurs reprises, notamment sous la plume de Michael Punke dont Iñárritu a choisi de suivre la trame vengeresse. Une précédente adaptation cinématographique, Le Convoi sauvage, a été réalisé en 1971.

Dans ce nouveau « western » crépusculaire, nous sommes projetés aux confins d’une nature hostile et brute, où colons et trappeurs côtoient les différentes tribus indiennes, non sans heurts, autour d’un balbutiement de négoce, avec duperies et coups tordus. Une expédition d’une centaine d’hommes est lancé par le général Ashley le long de la rivière Missouri. Nous ne savons peu de choses sur Hugh Glass (Di Caprio) élément déjà dissonant du groupe de chasseurs de peaux rassemblé par le colonel  Andrew Henry (Domhall Gleeson), taciturne et secret, sinon qu’il est accompagné de son fils Hawk (Forrest Goodluck) métis indien, et que ses compagnons cherchent à éclaircir une mort mystérieuse.
Très disparate, le groupe n’est pas uni. L’ombrageux  John Fitzgerald (Tom Hardy) multiplie les conflits alors que tout le monde s’interroge sur le passé de Glass. Après certaines déconvenues, la bande reprend la route. Isolé, Hugh aperçoit des oursons au loin, alors qu’il les met en joue, il s’aperçoit trop tard que la mère grizzly n’arrive pas de la même direction, celui-ci l’attaque sauvagement. Très grièvement blessé mais vivant, il constitue désormais un poids pour le groupe défait qui cherche à rejoindre la rivière Cheyenne. Deux groupes se constituent, l’un conduit par Andrew Henry qui espère rejoindre le campement en deux/trois jours, l’autre de deux volontaires pour accompagner Glass pendant ce temps, et lui offrir une tombe chrétienne lorsqu’il expirera, le jeune Bridger (Will Poulter) et Fitzgerald …

Pour vous donner un aperçu voici une des trois bandes annonces, elle ne vous dévoilera pas les moments clés (Attention, ne regardez pas la première version qui en montre beaucoup trop à mon goût)

 Que donne donc ce synopsis à l’écran ? La légende est sublimée par la photographie : le film a été entièrement tourné à la lumière naturelle, et cette coquetterie,  qui n’a pas été sans entraîner des complications en plus du rude climat canadien, a un résultat époustouflant.
Que donne donc ce synopsis à l’écran ? La légende est sublimée par la photographie : le film a été entièrement tourné à la lumière naturelle, et cette coquetterie,  qui n’a pas été sans entraîner des complications en plus du rude climat canadien, a un résultat époustouflant.
The revenant
Leonardo di Caprio / Hugh Glass © Twentieth Century Fox
Enfin  l’agression par l’ourse est d’anthologie d’un point de vue technique. Le réalisme est extrêmement saisissant et donne bien évidemment des frissons, car la scène est très forte émotionnellement. Je me suis demandée si c était une superposition de plans, avec un plan avec Leonardo di Caprio et un plan avec un ours dressé ou une réalisation 3D partant d’un animal réel. Et la réponse m’a d’autant plus étonnée, car la 3D est réalisée par un cascadeur chapeauté d’une tête d’ours. Cette scène lui a demandé donc de s’imprégner des postures et de la démarche des ours.
The revenant
Tom Hardy / John Fitzgerald © Twentieth Century Fox

Le film est entièrement porté par le duo Di Caprio/Hardy et leur relation antagonique, de chasseur-chassé.  Ce dernier crève l’écran dans le rôle d’un Fitzgerald plus salaud que l’original. Un très grand acteur qui a une présence, comme on a pu le voir dans la série Peaky Blinders. Second rôle ou petits rôles, il les transcende et réussit à s’imposer. C’est un premier grand rôle, son interprétation marquera certainement sa carrière. Il est d’ailleurs en lice pour l’Oscar du meilleur second rôle.

Di Caprio livre lui aussi une très  belle performance, car il est amené à n’exprimer ses émotions qu’à travers son regard dans de nombreuses scènes clés (Glass ayant été gravement blessé au cou et dans l’incapacité de parler pendant plusieurs semaines). Cependant lorsqu’il peut être à 100% de ses capacités, il est desservi – ainsi qu’Hardy – par des problèmes narratifs.
EN EFFET, malgré une photographie sublime et l’interprétation  des deux acteurs principaux,  The Revenant a le même défaut que Les Huit Salopards : une durée excessive pour un scénario étiré à qui mieux-mieux. Si la légende est belle,  le film souffre de longueurs (certes moindres que Les Huit Salopards dont la première heure m’a semblé une éternité … ) Je me suis surprise à regarder l’heure au bout d’une heure quarante-cinq.
Quant à la dernière heure qui nous conduit au climax de l’intrigue, elle se compose d’une succession rapide d’actions, qui finalement se devinent nous laissant sur notre faim. Trop rapide, un poil bâclée peut-être avec une surenchère inutile, vilain défaut qui ressort deci-delà. J’aime être habilement surprise et ne pas sentir le gimmick téléphoné !

Enfin pourquoi sombrer dans la tentation de la surenchère, non content que Glass survive à cette attaque suffisamment affreuse et à cet abandon inhumain, Iñárritu lui fait vivre sur son chemin de retour deux deconvenues, qui ne peuvent pousser à l’adhésion C’est inutile et on n’y croit pas (ah quelques minutes qui auraient tout changé ! ). Il ne s’agit pas d’en faire un super-héros. C’est un homme, un simple homme, qui a vécu une aventure déjà extraordinaire, et c’est cela qui est magnifique.

the revenant
Alejandro Iñárritu sur le tournage. Oscarisé en 2014 pour Birdman © Twentieth Century Fox
Il est à noter que de nombreuses libertés ont été prises par rapport à la légende, mais qui légende dit aussi zones d’ombre et marge de créativité, cependant si la personne de Fitzgerald est noircie pour les besoins de l’intrigue retenue, les trappeurs français sont portraiturés comme des brutes épaisses (comme le personnage historique de Toussaint Charbonneau, peu sympathique mais représenté comme un pitoyable violeur …), mais le contrepoint US est étonnamment absent. Il semble que mettre en scène et dénoncer la violence des premiers colons anglo-saxons soit toujours un problème épineux à Hollywood …
Pour résumer, The Revenant reste un grand spectacle, on en prend plein les mirettes : il doit beaucoup au parti pris esthétique et à la présence des deux principaux acteurs qui comblent tout de même un scénario un peu fragile et des problèmes narratifs contre-productifs.
imageA voir !
http://hughglass.org
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La Cache vs Les Huit Salopards

A ma gauche, le prix Femina 2015, décerné à Christophe Boltanski. A ma droite, le huitième film de Quentin Tarantino. En commun ? Un sentiment détonnant d’inachevé alors même que les critiques ont pu littéralement créer l’événement autour de ces deux œuvres .

La cacheLa Cache est ce premier roman de Christophe Boltanski, dont le nom de famille n’est plus à présenter entre un oncle plasticien célèbre (Christian) et un père poète (Luc). C’est une fenêtre sur cette famille impressionnante et étonnante qui inspire une fascination certaine par sa liberté créatrice et son non-conformisme. Mais une histoire exceptionnelle suffit-elle à faire un roman exceptionnel ? La Cache ne manque pas de charme, avec ses portraits croqués sur le vif dans une véritable maison littéraire : c’est en pénétrant dans la maison d’enfance que les souvenirs s’égrènent au fil des pièces. Une fois franchi le seuil de la cour, on a le sentiment que cette famille si joliment présentée va vous embarquer pour une ronde tournoyante. Et pourtant, la douce mélodie murmure sans jamais m’embarquer véritablement. Le style est un peu sec, et les phrases ne m’envolent pas dans une certaine magie, une certaine poésie. Trop d’attente de ma part ? Certainement. une exigence accrue concernant l’écriture ? Oui, je deviens bien difficile. La grandiloquence des critiques me fait me demander si « je ne passe pas à côté » du roman. Aussi je le reprends un peu plus tard, mais je finis par l’abandonner un peu honteusement (car même si les romans ne manquent pas cela me désarçonne toujours de ne pas rentrer dans un livre, une somme de travail dans lequel un auteur a cherché à nous embarquer) mais aussi un peu remontée par le consensus des critiques presse loin d’avis plus partagés du lectorat.

Du goût et des couleurs ou consensus mou ? Voir ou ne pas voir le dernier Tarantino ?

Les huit salopardsAttendu comme un petit bonbon, c’est avec un goût amer que le visionnage du film (plutôt pénible) s’achève, parce qu’il manquait ce supplément d’âme qui fait la différence entre un film éclatant et un film vraiment moyen. Malgré un casting de haut vol avec de brillants acteurs (les fidèles de Tarantino auxquels se greffent Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins – géniallissime flic corrompu dans The Shield, Kurt Russell), le film ne décolle pas ou si tard, maladroitement et poussivement. L’action de la première heure possède un temps de traitement si disproportionnée que la tuerie finale, inéluctable arrive comme une délivrance. Et pourtant, l’ouverture peut couper le souffle, nous retrouvons les codes des meilleurs westerns et la musique d’Ennio Morricone qui arrive lancinante. Les personnages sont introduits un à un de façon presque théâtrale, mais la traversée enneigée se transforme en traversée du désert pour le spectateur qui s’essouffle malgré la beauté des paysages. Au bout d’une heure, nous n’en pouvons déjà plus et sommes enfin contents que ce petit monde soit enfin réuni, les réjouissances vont pouvoir commencer ? Passons au-delà de ces propres rythmes qui peuvent être aussi personnels, le scénario reste extrêmement léger (un timbre-poste le contiendrait) et peine à être sauvé par quelques éclairs d’humour dignes de Tarantino, entaché par d’une scène plus particulièrement salace – un viol appelons ça par son nom – qui n’apporte rien au scénario sinon une provocation déjantée/puérile/malsaine choisissez. Et si la tuerie tant annoncée relance le suspens dans le jeu des alliances, sa tension est résolue à travers un jack-in-the-box inattendu et finalement guignolesque gâchant le plaisir du spectateur, saccageant finalement la résolution de ce pénible huis clos. Une maladresse incongrue de la part d’un réalisateur aguerri qui n’est pas au midylle de sa forme,  car s’il y a deux faux-pas à proscrire, c’est bien ceux-là : celui de trop donner au lecteur-spectateur ou encore celui de ne rien semer pouvant créer une véritable frustration. Et Ennio dans tout ça ? Ennio s’est également perdu en route et la bande-originale soignée marque de fabrique de l’univers tarantinesque disparaît tout simplement de votre mémoire.  Mais pourquoi donc Quentin a-t-on envie de s’écrier ! Espérons que les deux derniers films de Tarantino fassent preuve de plus de souffle et de panache à l’instar des films qui lui ont fait une réputation sulfureuse mais de réalisateur soignant ses petites perles.

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You, me & the apocalypse / Fear the Walking Dead

Après la fin classieuse et excellente de la troisième saison (et de la série ?) d’Hannibal, et avant la grande reprise d’automne (Peaky Blinders, The Knick saison3), le monde des séries offre deux nouveautés, qui si elles sonnent le glas de l’humanité telle que l’on la connaît, s’attelle au sujet tout différemment ! Et pour cause. A ma gauche, une toute nouvelle production britannique humoristique, à ma droite un spin-off américain d’une série qui est au monde des zombies, ce que Dallas est aux sagas familiales, une recette increvable (ou presque). Deux formats et deux ambitions différentes.

walking dead

Tout d’abord, on pourrait craindre de Fear the Walking Dead, un doublon pâlichon de la série initiale, qui tend à tourner en boucle sur elle-même. De nombreux spin-offs proposent une simple déclinaison, aussi inventive que pittoresque en déportant le concept dans d’autres villes (rayer toute mention inutile : Los Angeles, Nouvelle-Orléans, Miami Chicago, …), et cela au détriment de la prestance et de la qualité de la série. A trop capitaliser sur une image celle-ci se perd. Ici la grande originalité et, le coup de maître si je puis dire, joué par AMC tient au double rôle de FearTWD : à la fois spin-off et aussi prequel (antépisode). En remontant aux origines du mal, et ce dans une autre ville d’origine que celle du personnage principal Rick Grimes, la chaîne AMC ne se ferme pas la porte à une potentielle rencontre entre les deux groupes de survivants dans ce que l’on appelle un cross-over (lorsque deux séries se croisent, pour ou plusieurs épisodes).

Fear the walking dead : un prequel plutôt bien mené et efficace …

Si les zombies restent bien l’arrière-plan de la série, il est avant tout question de l’épidémie à l’origine du désastre sanitaire et du changement radical du monde (occidental) que l’on connaît. Cette nouvelle série exploite donc les bouleversements sociaux, gouvernementaux, qui se mettent en place, on le sait de façon transitoire.  La série première joue sur l’étude de groupes humains créant des micro-sociétés basées sur la survie et des valeurs communes (bonne ou mauvaises), FearTWD montre tout le fugitif des parades humaines en cas d’apocalypse : perte de l’électricité, perte des repères sociaux mais avec le poids de l’acquis. Il s’agit de survivre mais ces communautés sont au début d’une ère nouvelle : chaque choix emporte quelque chose de plus fort avec lui, tend à incliner le monde vers une issue plutôt qu’une autre. C’est le tipping point, ce moment de bascule selon les sociologues où un nombre suffisant d’individus opérant un changement radical dans leur comportement peut influer sur un groupe plus large et peut ainsi transformer la société. Tout choix devient fatalement éthique et remet en question tout système de valeurs que nous pouvions avoir.

Une deuxième saison pour compléter l’essai

Bien entendu, la série n’est pas parfaite et présente quelques défauts, que l’on peut retrouver dans TWD (étrangement deux messieurs noirs ne peuvent visiblement survivre en même temps a priori, le taux de décès explose littéralement et invariablement …, ce qui n’a pas été sans créer une réelle controverse pour TWD, dommage de retrouver ceci ici).
Le premier opus est maladroit avec deux/trois clichés dignes d’un mauvais film d’horreur (faisons deux groupes de un en plein nuit pour se rendre sur une scène de crime où a priori une personne a été attaqué sauvagement …) mais il est sauvé par le personnage de Nick (je le concède Rick/Nick, ils auraient pu être plus imaginatifs), jeune adolescent paumé, accro à l’héroïne, qui sera le premier à prendre conscience de ce qui se passe. C’est ce personnage, et son interprétation (la meilleure de toute sans aucun doute) qui m’a incité à donner la deuxième chance du deuxième épisode.  Et tant mieux.  La production peut donc remercier Franck Dillane (Harry Potter – Tom Jédusor – et Au coeur de l’océan – Owen Coffin) qui semble avoir un potentiel digne de son papa Stephen (aka Stannis Baratheon dans Game of Thrones). Les scénaristes semblent avoir dès lors revu leur espérance à la hausse, car le développement de l’intrigue est loin d’être prévisible. Un grand soin est pris pour poser l’atmosphère post-apocalytique de cette nouvelle aventure, qui se conclut avec un finale laissant libre cours à l’imagination des spectateurs, avec la dose de tragique nécessaire.

Une série humoristique caustique qui pourrait surprendre !

You-Me-and-The-Apocalypse-Saison-1-Affiche-FULL-SERIEAutre temps, non, autres moeurs oui, avec l’irréverrencieux et réjouissant, You, me and the Apocalypse, série dans laquelle j’ai pu retrouver avec plaisir, Rob Lowe, qui quitte les ailes de la Maison Blanche pour la soutane d’avocat du diable au Vatican ! Mais qu’à cela ne tienne, le gouvernement des Etats-Unis n’est jamais très loin …
Nous sommes à Slough, en Angleterre, et découvrons un groupe … très hétéroclite de personnes devant la télévision. Eux, ce sont les futurs survivants de cette apocalypse, on ne sait pas encore de quelle façon, ils ont bien pu croiser leur chemin.
Parmi eux, Jamie Winston, notre clé dans ce nouvel univers. Une météorite va entrer en collision avec la Terre, c’est imminent. Mais ça, cela fait 34 jours déjà que le monde entier le sait. Et cela fait 34 jours aussi que le monde lui est un peu tombé sur la tête : comment réagiriez-vous si vous devriez deux choses qui bouleversent radicalement votre compréhension et votre appréhension de votre vie ? C’est ce cataclysme premier qui cueille Jamie, un banquier qui vit une routine désincarnée depuis la disparition de sa femme … C’est ce chaos qui pourrait paradoxalement le rendre de nouveau vivant …
L’humour cruel et grinçant anglais est bel et bien au rendez-vous dans un univers a priori loufoque et bariolé, où vous croiserez effectivement l’avocat du Diable, dont le rôle est de questionner tous les dossiers de saintété – un petit modèle de cynisme lucide -, une jeune soeur qui va apprendre à s’affirmer et à quitter une certaine candeur, une mère (bibliothécaire  :p) en prison pour avoir hacké la NSA … aux prises avec les groupes latinos et suprématies … Et l’incorrigible et bien trop présente mère de Jamie.
A noter au-delà de la présence de Rob Lowe, l’interprétation de Jamie par Matthew Baynton, remarqué dans The Wrong Mans, Joel Fry (Plebs, une série humoristique quinzième degré sur la Rome Antique,  mais aussi Game of Thrones avec le rôle de Hizdahr zo Loraq), Jenna Fischer (The Office).

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Peaky blinders

Peaky blindersAlors si cette semaine, je n’ai guère lu, voici bien la raison ! Non peaky blinders, ce n’est pas le nom de anglais de drôles petites bêtes qui vous piquent et vous rendent neurasthéniques.
Il s’agit d’une série télévisée anglaise relatant la vie d’une famille de gangsters, les Shelby, qui rayonne et prospère dans une ville de Birmingham industrielle, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Leur job ? Le bookmaking ? Entre autres …
Trois frères sont à la tête de cette entreprise familiale : Arthur (Paul Anderson), l’ainé, John (Joe Cole), le benjamin, et Thomas (Cillian Murphy), le véritable et charismatique chef de famille et du gang. Ce sont des Peaky Blinders, ainsi que leurs hommes. Ils doivent ce surnom à une astuce charmante, qui consiste à dissimuler dans la visière de leur casquette (peak) des lames de rasoir, faisant de leur couvre-chef une arme redoutable et inattendue pour le combat en corps-à-corps . Car évidemment dans ce métier, il faut savoir se défendre, et cela d’autant plus quand on croise la route d’un super flic, envoyé ni plus, ni moins par Winston Churchill himself :  Chester Campbell (Sam Neill), aux méthodes visiblement efficaces mais retorses. Il est réputé pour avoir apaisé (uh) Belfast aux prises avec de nombreux gangs. Sa présence va donc secouer les puces à une police pour partie impuissante et pour partie complaisante contre rémunération …
Habile et puissant, ce gang est un sérieux défi. Il faut dire que des armes à destination de la Libye, ont disparues … et les soupçons se portent assez naturellement sur les Peaky Blinders, menés de main de maître par l’ambitieux et stratégique Thomas. Pas évident donc de battre le pavé et tenir la dragée haute sur un même territoire aux autres gangs et agitateurs politiques, comme l’IRA et les communistes. Et si finalement Birmingham fut une sorte de Chicago avant l’heure ?

Rarement un premier épisode pose le décor ainsi, ni trop, ni trop peu. L’ensemble de la première saison (6 épisodes au total)  vous mène au-delà des clichés du genre à un rythme trépidant. Ici tout est bien soigné : que ce soit le scénario, la qualité des dialogues, la progression de l’intrigue, qui laisse place à la découverte des personnages, très loin du manichéisme, avec leurs forces et leurs faiblesses… On explore toutes un nuancier du blanc au noir.
Le contexte historique en arrière-plan est abordé avec intelligence et respect : que ce soit les affres de la Première Guerre mondiale (nos gangsters ont « fait » la Somme, Thomas a obtenu de prestigieuses distinctions … contrairement à Campbell) qui ont pu rendre fous certains soldats, la montée du communisme (nous sommes en 1919, soit deux ans après la Révolution russe) et le début de la guerre d’indépendance irlandaise.
La place de la femme, en pleine mutation est aussi abordée : celles qui ont pris le relai des hommes, à l’image de la Tante Pol (Helen McCrory) sont invitées pour partie à reprendre la place qui était la leur … ou encore à s’émanciper.
Les interprétations d’une bien belle brochette d’acteurs sont impeccables, avec une mention particulière pour Cillian Murphy, que vous avez pu voir briller dans Le Vent se lève de Ken Loach mais encore Inception ou Batman begins. Nous y retrouvons également Sam Neill (Jurassic Park, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Les Tudors ) et Helen McCrory (The Queen, Harry Potter ).
Enfin, nos oreilles sont gâtées, avec une bande-son excellente, qui ne verse pas dans l’historicisme mais nous offre des artistes comme Nick Cave (et son entêtant et envoûtant Red Right Hand en guise de générique), les White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey …

En une phrase : un petit bijou aussi esthétique qu’intelligent qui débute sa deuxième saison.

>>> Pour la véritable histoire des Peak Blinders, rendez-vous sur le site du dailymail

et en petit bonus, LA chanson de Nick Cave, Red Right Hand

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Découvrez La maison en petits cubes

Dans cette ville inondée, le niveau de l’eau monte sans arrêt.Chaque maison se retrouve ainsi engloutie par la mer. Il faut alors en construire une autre par-dessus la première. Et quand la deuxième est à son tour noyée par les flots, on en construit une nouvelle encore un peu plus haut. Au final, les habitations sont empilées les unes sur les autres, comme des petits cubes.

la maison en petit cubesC’est l’histoire d’un vieux monsieur vivant dans une drôle de maison au milieu de la mer. Une drôle de maison, qui s’agrandit chaque année, mais pas tout à fait comme celles que nous connaissons … Cette maison prend chaque fois un peu plus de hauteur afin de ne pas être engloutie par les flots. Cela fait des années que ce drôle de village vit ainsi. Mais un jour un peu particulier, alors qu’il est en train de monter un nouvel étage pour sa maison, le vieux monsieur laisse échapper ses outils. Il enfile alors sa combinaison et plonge à leur recherche … Au fur et à mesure qu’il descend, c’est un voyage dans son passé qu’il réalise.

Ce magnifique album japonais rencontra un succès dans le monde entier, c’est certainement grâce à sa délicatesse, sa nostalgie heureuse et à sa palette d’émotions qui sauront vous séduire. Une très belle histoire à partager.

Elle a d’ailleurs été adaptée en court-métrage, court-métrage également primé de l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 2009.


Kunio Katô. Kenya Hirata.
Editions Nobi Nobi.
48 p. 14,95€. ISBN 978-2-918857-12-9

A voir !

Les éditions Nobi Nobi
Kunio Katô

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Confessions d’un gang de filles vs Foxfire

Ce qui vous lie au plus profond, vous ne pouvez le ressentir.
Sauf si on vous l’enlève.

confessions d'un gang de fillesAvant d’être un film de Laurent Cantet (Foxfire), Confessions d’un gang de filles est un portait au vitriol de l’Amérique des années 50 de la prodigieuse Joyce Carol Oates. Plaidoyer pour ces jeunes femmes cherchant plus de justice et de liberté, pamphlet contre ces mêmes confréries, dont l’univers se déconnecte inexorablement de la société, qui à vouloir la faire changer et la convaincre de sa bonne cause, ne peut que l’horrifier et en être rejetée.
Car ce que vous trouverez dans ce livre, pêle-mêle (mais dans un désordre bien orchestré, ainsi que le sont les intrigues remuantes de Oates, laissant le lecteur sans répit), c’est une aspiration forte et irrépressible des ces jeunes filles à être aimées pour ce qu’elles sont, certaines abandonnées de leur famille ou isolées, à être respectées que ce soit par les hommes ou par les consœurs. C’est l’histoire de jeunes femmes qui se choisissent une famille, se choisissent pour sœurs, dans un monde qui leur semble hostile et dans lequel il leur semble nécessaire de rétablir une certaine justice.
C’est un monde animé par des idéaux et par le charisme de Margaret, dite Legs, dont le père n’est qu’une ombre depuis le décès de sa femme. Empreinte des idées de liberté et d’égalitarisme, elle édicte la table des lois de Foxfire, où chacune trouvera refuge et se dévouera (jusqu’à la mort ou l’exclusion  s’il le faut). Simples suiveuses ou partisanes déterminées, chacune d’entre elles souhaite se réaliser dans cette nouvelle famille aux membres disparates.  S’illustrant d’abord dans des actes anodins, comme punir un oncle cherchant à négocier sa machine à écrire destinée aux rebuts contre cinq dollars ou une gentillesse, le clan va très vite évoluer aux marges des règles communes, car pour vivre ses rêves ou tout simplement survivre, il faut subvenir à ses besoins …

Dans son adaptation cinématographique, Laurent Cantet nous propose une interprétation libre et pourtant quasi évangélique du bouleversant roman de Oates, où l’on retrouve une même tension tragique, montant progressivement, taisant avec pudeur le passage à Redbank de Legs pour mieux se focaliser sur ses camarades d’infortune. Cette adaptation est d’une très grande qualité et servie par l’interprétation magistrale de ces jeunes femmes.

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La Délicatesse, de David Foenkinos.

Après leur dernier échange, il était parti lentement. Sans faire de bruit. Aussi discret qu’un point-virgule dans un roman de huit cents pages.

délicatesse-foenkinosAvec ce roman, Foenkinos nous offre une délicieuse madeleine à déguster. Qui ne rêve pas de cette délicatesse des cœurs qui s’accordent, de cette insondable histoire d’amour entre Nathalie et Markus ?

Nathalie est une jeune cadre dynamique, dont la vie s’équilibre entre son travail dans une boîte suédoise et son couple, qui prend fin brutalement avec le décès de son joggeur de mari, François. Avec la fin de ce couple quasi-parfait, presque agaçant, elle entre dans une parenthèse, dans laquelle, elle évacuera toute question sentimentale, au grand dam de son patron, Charles, guère insensible à ses charmes. Voguant alors dans un chagrin qui lui semble insurmontable, Nathalie maintient le cap et se voue entièrement à son travail. Cependant elle reste hantée par sa rencontre avec son mari, lorsqu’ils se croisèrent pour la première fois et s’embrassèrent. Et si en embrassant un autre homme ainsi, la vie pourrait recommencer ?

Avec un scénario qui pourrait fleurer la bluette un tantinet romantico-mièvre, Foenkinos réussit à nous donner à lire un roman sentimental rafraîchissant et réjouissant. On y retrouve sa marque de fabrique, empreinte de dérision, d’humour et de délicatesse, qui nous fait basculer d’une émotion à l’autre sans agacement ni ennui. Passant d’un protagoniste à l’autre, nous percevons leurs doutes, leurs questionnements, leurs espoirs, dans des portraits assez fins. Il y réhabilite l’amour inattendu, celui que les autres pourraient trouver étrange tant il détonne des images d’Épinal. Un zeste d’optimisme et de légèreté que l’on ne refusera pas en ces temps.

En 2011, David Foenkinos troqua son fauteuil d’auteur pour celui d’adaptateur et réalisateur au cinéma. Avec Audrey Tautou et François Damiens dans les rôles-titres.

La Délicatesse
David Foenkinos.
Editions Gallimard. Collection Blanche.
200 pages. 16€. ISBN : 978-2-07-012641-5

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