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The Revenant

The revenant

Aller voir ou pas The Revenant, nommé aux Oscars et lauréat des Golden Globe ?

Le dernier né d’Alejandro Iñárritu réunit le très attendu Leonardo di Caprio, mobilisé sur plusieurs plateaux de tournage mais absent des écrans depuis 2013 ; une année chargée s’il en est avec la sortie de deux véritables cartons (Gatsby le Magnifique, Le Loup de Wall Street) ; ainsi que le non moins talentueux, Tom Hardy, caméléon méconnaissable.

Ces deux têtes d’affiche réunies depuis Inception sont menées par le réalisateur mexicain déjà récompensé pour trois de ses onze films  … Une sortie fort alléchante ma foi. Enfin comme bien d’autres films désormais, The Revenant annonce 2h36 au compteur, ou de l’art de bien choisir son fauteuil.

Hugh Glass
Le portrait de Hugh Glass, après l’attaque et le retour au fort. Il est âgé d’une quarantaine d’années au moment des faits

Tout d’abord le scénario est tiré d’un fait réel, la sur vie exceptionnelle de Hugh glass à une attaque d’ours suivi d’un abandon par ses camardes.

Hugh Glass fait partie de ces trappeurs légendaires d’une Amérique balbutiante et  encore sauvage. Son exploit a été romancé à plusieurs reprises, notamment sous la plume de Michael Punke dont Iñárritu a choisi de suivre la trame vengeresse. Une précédente adaptation cinématographique, Le Convoi sauvage, a été réalisé en 1971.

Dans ce nouveau « western » crépusculaire, nous sommes projetés aux confins d’une nature hostile et brute, où colons et trappeurs côtoient les différentes tribus indiennes, non sans heurts, autour d’un balbutiement de négoce, avec duperies et coups tordus. Une expédition d’une centaine d’hommes est lancé par le général Ashley le long de la rivière Missouri. Nous ne savons peu de choses sur Hugh Glass (Di Caprio) élément déjà dissonant du groupe de chasseurs de peaux rassemblé par le colonel  Andrew Henry (Domhall Gleeson), taciturne et secret, sinon qu’il est accompagné de son fils Hawk (Forrest Goodluck) métis indien, et que ses compagnons cherchent à éclaircir une mort mystérieuse.
Très disparate, le groupe n’est pas uni. L’ombrageux  John Fitzgerald (Tom Hardy) multiplie les conflits alors que tout le monde s’interroge sur le passé de Glass. Après certaines déconvenues, la bande reprend la route. Isolé, Hugh aperçoit des oursons au loin, alors qu’il les met en joue, il s’aperçoit trop tard que la mère grizzly n’arrive pas de la même direction, celui-ci l’attaque sauvagement. Très grièvement blessé mais vivant, il constitue désormais un poids pour le groupe défait qui cherche à rejoindre la rivière Cheyenne. Deux groupes se constituent, l’un conduit par Andrew Henry qui espère rejoindre le campement en deux/trois jours, l’autre de deux volontaires pour accompagner Glass pendant ce temps, et lui offrir une tombe chrétienne lorsqu’il expirera, le jeune Bridger (Will Poulter) et Fitzgerald …

Pour vous donner un aperçu voici une des trois bandes annonces, elle ne vous dévoilera pas les moments clés (Attention, ne regardez pas la première version qui en montre beaucoup trop à mon goût)

 Que donne donc ce synopsis à l’écran ? La légende est sublimée par la photographie : le film a été entièrement tourné à la lumière naturelle, et cette coquetterie,  qui n’a pas été sans entraîner des complications en plus du rude climat canadien, a un résultat époustouflant.
Que donne donc ce synopsis à l’écran ? La légende est sublimée par la photographie : le film a été entièrement tourné à la lumière naturelle, et cette coquetterie,  qui n’a pas été sans entraîner des complications en plus du rude climat canadien, a un résultat époustouflant.
The revenant
Leonardo di Caprio / Hugh Glass © Twentieth Century Fox
Enfin  l’agression par l’ourse est d’anthologie d’un point de vue technique. Le réalisme est extrêmement saisissant et donne bien évidemment des frissons, car la scène est très forte émotionnellement. Je me suis demandée si c était une superposition de plans, avec un plan avec Leonardo di Caprio et un plan avec un ours dressé ou une réalisation 3D partant d’un animal réel. Et la réponse m’a d’autant plus étonnée, car la 3D est réalisée par un cascadeur chapeauté d’une tête d’ours. Cette scène lui a demandé donc de s’imprégner des postures et de la démarche des ours.
The revenant
Tom Hardy / John Fitzgerald © Twentieth Century Fox

Le film est entièrement porté par le duo Di Caprio/Hardy et leur relation antagonique, de chasseur-chassé.  Ce dernier crève l’écran dans le rôle d’un Fitzgerald plus salaud que l’original. Un très grand acteur qui a une présence, comme on a pu le voir dans la série Peaky Blinders. Second rôle ou petits rôles, il les transcende et réussit à s’imposer. C’est un premier grand rôle, son interprétation marquera certainement sa carrière. Il est d’ailleurs en lice pour l’Oscar du meilleur second rôle.

Di Caprio livre lui aussi une très  belle performance, car il est amené à n’exprimer ses émotions qu’à travers son regard dans de nombreuses scènes clés (Glass ayant été gravement blessé au cou et dans l’incapacité de parler pendant plusieurs semaines). Cependant lorsqu’il peut être à 100% de ses capacités, il est desservi – ainsi qu’Hardy – par des problèmes narratifs.
EN EFFET, malgré une photographie sublime et l’interprétation  des deux acteurs principaux,  The Revenant a le même défaut que Les Huit Salopards : une durée excessive pour un scénario étiré à qui mieux-mieux. Si la légende est belle,  le film souffre de longueurs (certes moindres que Les Huit Salopards dont la première heure m’a semblé une éternité … ) Je me suis surprise à regarder l’heure au bout d’une heure quarante-cinq.
Quant à la dernière heure qui nous conduit au climax de l’intrigue, elle se compose d’une succession rapide d’actions, qui finalement se devinent nous laissant sur notre faim. Trop rapide, un poil bâclée peut-être avec une surenchère inutile, vilain défaut qui ressort deci-delà. J’aime être habilement surprise et ne pas sentir le gimmick téléphoné !

Enfin pourquoi sombrer dans la tentation de la surenchère, non content que Glass survive à cette attaque suffisamment affreuse et à cet abandon inhumain, Iñárritu lui fait vivre sur son chemin de retour deux deconvenues, qui ne peuvent pousser à l’adhésion C’est inutile et on n’y croit pas (ah quelques minutes qui auraient tout changé ! ). Il ne s’agit pas d’en faire un super-héros. C’est un homme, un simple homme, qui a vécu une aventure déjà extraordinaire, et c’est cela qui est magnifique.

the revenant
Alejandro Iñárritu sur le tournage. Oscarisé en 2014 pour Birdman © Twentieth Century Fox
Il est à noter que de nombreuses libertés ont été prises par rapport à la légende, mais qui légende dit aussi zones d’ombre et marge de créativité, cependant si la personne de Fitzgerald est noircie pour les besoins de l’intrigue retenue, les trappeurs français sont portraiturés comme des brutes épaisses (comme le personnage historique de Toussaint Charbonneau, peu sympathique mais représenté comme un pitoyable violeur …), mais le contrepoint US est étonnamment absent. Il semble que mettre en scène et dénoncer la violence des premiers colons anglo-saxons soit toujours un problème épineux à Hollywood …
Pour résumer, The Revenant reste un grand spectacle, on en prend plein les mirettes : il doit beaucoup au parti pris esthétique et à la présence des deux principaux acteurs qui comblent tout de même un scénario un peu fragile et des problèmes narratifs contre-productifs.
imageA voir !
http://hughglass.org
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La Cache vs Les Huit Salopards

A ma gauche, le prix Femina 2015, décerné à Christophe Boltanski. A ma droite, le huitième film de Quentin Tarantino. En commun ? Un sentiment détonnant d’inachevé alors même que les critiques ont pu littéralement créer l’événement autour de ces deux œuvres .

La cacheLa Cache est ce premier roman de Christophe Boltanski, dont le nom de famille n’est plus à présenter entre un oncle plasticien célèbre (Christian) et un père poète (Luc). C’est une fenêtre sur cette famille impressionnante et étonnante qui inspire une fascination certaine par sa liberté créatrice et son non-conformisme. Mais une histoire exceptionnelle suffit-elle à faire un roman exceptionnel ? La Cache ne manque pas de charme, avec ses portraits croqués sur le vif dans une véritable maison littéraire : c’est en pénétrant dans la maison d’enfance que les souvenirs s’égrènent au fil des pièces. Une fois franchi le seuil de la cour, on a le sentiment que cette famille si joliment présentée va vous embarquer pour une ronde tournoyante. Et pourtant, la douce mélodie murmure sans jamais m’embarquer véritablement. Le style est un peu sec, et les phrases ne m’envolent pas dans une certaine magie, une certaine poésie. Trop d’attente de ma part ? Certainement. une exigence accrue concernant l’écriture ? Oui, je deviens bien difficile. La grandiloquence des critiques me fait me demander si « je ne passe pas à côté » du roman. Aussi je le reprends un peu plus tard, mais je finis par l’abandonner un peu honteusement (car même si les romans ne manquent pas cela me désarçonne toujours de ne pas rentrer dans un livre, une somme de travail dans lequel un auteur a cherché à nous embarquer) mais aussi un peu remontée par le consensus des critiques presse loin d’avis plus partagés du lectorat.

Du goût et des couleurs ou consensus mou ? Voir ou ne pas voir le dernier Tarantino ?

Les huit salopardsAttendu comme un petit bonbon, c’est avec un goût amer que le visionnage du film (plutôt pénible) s’achève, parce qu’il manquait ce supplément d’âme qui fait la différence entre un film éclatant et un film vraiment moyen. Malgré un casting de haut vol avec de brillants acteurs (les fidèles de Tarantino auxquels se greffent Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins – géniallissime flic corrompu dans The Shield, Kurt Russell), le film ne décolle pas ou si tard, maladroitement et poussivement. L’action de la première heure possède un temps de traitement si disproportionnée que la tuerie finale, inéluctable arrive comme une délivrance. Et pourtant, l’ouverture peut couper le souffle, nous retrouvons les codes des meilleurs westerns et la musique d’Ennio Morricone qui arrive lancinante. Les personnages sont introduits un à un de façon presque théâtrale, mais la traversée enneigée se transforme en traversée du désert pour le spectateur qui s’essouffle malgré la beauté des paysages. Au bout d’une heure, nous n’en pouvons déjà plus et sommes enfin contents que ce petit monde soit enfin réuni, les réjouissances vont pouvoir commencer ? Passons au-delà de ces propres rythmes qui peuvent être aussi personnels, le scénario reste extrêmement léger (un timbre-poste le contiendrait) et peine à être sauvé par quelques éclairs d’humour dignes de Tarantino, entaché par d’une scène plus particulièrement salace – un viol appelons ça par son nom – qui n’apporte rien au scénario sinon une provocation déjantée/puérile/malsaine choisissez. Et si la tuerie tant annoncée relance le suspens dans le jeu des alliances, sa tension est résolue à travers un jack-in-the-box inattendu et finalement guignolesque gâchant le plaisir du spectateur, saccageant finalement la résolution de ce pénible huis clos. Une maladresse incongrue de la part d’un réalisateur aguerri qui n’est pas au midylle de sa forme,  car s’il y a deux faux-pas à proscrire, c’est bien ceux-là : celui de trop donner au lecteur-spectateur ou encore celui de ne rien semer pouvant créer une véritable frustration. Et Ennio dans tout ça ? Ennio s’est également perdu en route et la bande-originale soignée marque de fabrique de l’univers tarantinesque disparaît tout simplement de votre mémoire.  Mais pourquoi donc Quentin a-t-on envie de s’écrier ! Espérons que les deux derniers films de Tarantino fassent preuve de plus de souffle et de panache à l’instar des films qui lui ont fait une réputation sulfureuse mais de réalisateur soignant ses petites perles.

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