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584 ! La Rentrée littéraire est en marche !

584, n’est pas le nom d’un nouveau jeu pour téléphone portable ! C’est le nombre de parutions que nous offre cette rentrée littéraire … pleine de très belles surprises en littérature étrangère.
Dans cette jungle, voici une première sélection, préparée hier  et livrée avec une joie suprême après  de gros problèmes de débit (merci El nino et les tempêtes de ce week end), ce qui me permit toutefois de préparer plus en profondeur cette rentrée littéraire et mes choix de lecture 🙂

Trois thématiques particulièrement fortes se dégagent pour cette rentrée 2015 : le chaos social, la satire, le poids des racines. Des thèmes sombres s’il en est mais qui offrent différents points de vue et traitements a priori complémentaires. Petit tour d’horizon du bookathon 🙂

Un monde au vitriol …

zone_d'intérête_martin_amisTout d’abord, le retour de Martin Amis avec son subversif Zone d’Intérêt, où l’histoire d’un amour ou disons d’une séduction, d’un jeune militaire épris de la femme du commandant de son camp. Cela pourrait sentir le rose bonbon, si ce n’était que la scène se passe à Auschwitz et que Martin Amis distille à travers ce cadre une critique satirique du régime nazi, de l’exacerbation de leur virilité alors même que l’horreur est en marche comme en témoigne le personnage du Juif Szmul, rattaché aux Sonderkommandos. Il s’agit du 2e ouvrage que Martin Amis consacre à la Shoah après la Flèche du Temps.                   **** *****************************************************************

encore_hakan_gundayAvec Encore, Hakan Günday, comparé à Louis-Ferdinand Céline, couronne son entrée parmi les écrivains prestigieux de la littérature turque avec un roman choc qui sort des clous de la bien-pensance, en nous livrant ici un roman cru et réaliste sur les passeurs. L’histoire se déroule à travers les yeux de Gaza, fils de l’un de ces trafiquants, appelé à vivre inexorablement un véritable enfer  dans ce monde de domination et d’exploitation.

 

moi-contre-les-etats-unis-d-amerique_paul_beattyMoi contre les Etats-Unis d’Amérique, titre programmatique et provoquant de Paul Beatty, nous entraîne aux côtés d’un héros barré, qui a tenté de rétablir l’esclavage et la ségrégation dans sa petite ville … de Dickens. Conçu comme un plaidoyer, ne vous fiez pas aux apparences, cette satire politiquement incorrecte et cinglante vous offre une véritable lecture piégée !

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russendisko_kaminerRoman autobiographique, Russendisko, apporte une touche d’humour grinçant en nous faisant découvrir Berlin au début des années 1990, juste après la chute du Mur. Ces courtes chroniques dépeignent une cité accueillante où tout à chacun, quelque que soit ses intentions, son avidité, sa volonté de réussite pouvait espérer s’intégrer à force de clichés ou de passe-droits. Wladimir Kaminer fait partie de l’avant-garde littéraire allemande, ce roman a été initialement publié en 2000.                   **** *******************************************************************************

9782267027679 (1)Dans Montecristo, Martin Suter s’attaque au monde de la finance suisse. Roman psychologique, social, thriller, nombreux sont les genres qui pourraient lui être apposés, tant l’écrivain réalise un travail de documentation et de narration conséquent. Deux billets de banque avec le même numéro, un accident de voyageur, voici  Jonas un quadra désabusé, qui endosse alors le rôle d’enquêteur pour mieux pouvoir réaliser son rêve : réaliser son film Montecristo. Suspense et frayeur économique sont au rendez-vous !                **** *******************************************************************************

mais découvrez aussi, Soundtrack, de Furukawa Hideo récit post-moderne et dysphorique sur un Japon tiraillé par ses traditions, les vagues d’immigration, le réchauffement climatique dans un Tokyo oppressant et déshumanisant. Tout cru d’Arnon Grunberg est un portrait caustique et féroce d’un économiste revendiquant son « individualisme radical », coincé dans une vie amoureuse qu’il ne contrôle pas. Pédant, antipathique, en un mot odieux, mais se laissera-t-il amadoué / manipulé ? Avant la fête nous conte tel un récit merveilleux et étrange l’histoire d’un petit village allemand, dont la vie s’organise autour de la Fête Ste Anne. Tout ceci semblerait aseptisé s’il n’y avait pas le bûcher, sur lequel chaque année une jeune fille est sacrifiée. Cette année, c’est Anna, qui loin d’être terrorisée, passe sa dernière soirée à paisiblement ainsi que tous les membres du village. Sasa Stanisic dépeint une nuit des possibles dans un texte piégé aux multiples références : conte, merveilleux, roman médiéval.

Au coeur du chaos social

9782714458650_tout_ce_qui_est_solide_se_dissout_dans_l_air

Un premier roman audacieux et très prometteur nous transporte au 26 avril 1986 à Tchernobyl. Darrach McKeon est un de ces nouveaux auteurs sur lesquels il faudra certainement compter dans les années à venir. Salué par ses compatriotes Colum Mccann et Calm Toibin, l’irlandais nous fait marcher aux côtés d’une journaliste dissidente et de Grigory Brovkin, chirurgien de son état témoigne au plus proche de cette tragédie dont le traitement amateur provoqua une des catastrophes sanitaires la plus terrible après Hiroshima et Nagasaki.  Tout ce qui est solide se dissout dans l’air est un des livres coups de poing de cette rentrée littéraire.

9782213686318_Six_jours_Ryan_GattisSix jours de 1992 à Los Angeles. En plein émeute. Ryan Gattis s’attelle à cette semaine qui laisse une cicatrice dans l’histoire et dans la ville même de Los Angeles. Après le passage à tabac de Rodney King par la police, une véritable guérilla  s’enclenche entre les différents gangs de l’immense cité californienne. Durant ces six jours, la Garde nationale et les Marines ont été sur le terrain pour endiguer ce qui pourrait devenir très rapidement une guerre civile. C’est ce temps de bascule que Gattis nous invite à examiner avec profondeur. La matière conduisit Gattis à prendre le parti d’un roman choral pour refléter si cela est bien possible l’extrême diversité culturelle de cette ville aux mille visages.

9782330053024_neverhome_laird_huntAprès Les Bonnes gens, où il explorait la guerre civile du côté d’une veuve blanche qui va subir la vengeance de ses deux esclaves, Laird Hunt nous offre un autre portrait de femme forte dans Neverhome. Constance devient « Ash » (cendre en anglais) lors d’une promesse particulière faite sur la tombe de sa mère, lors de laquelle elle décide de partir à la guerre, déguisée en homme, à la place de son mari, parce que c’est la plus forte, celle qui pourra tenir sur les champs de bataille.
Un roman profond sur l’engagement.**************************************  ****************************************************************************

Pêchés_Capitaux_Jim_HarrisonLe nouveau Jim Harrison est arrivé, avec un nouveau faux roman policier, Péchés capitaux,  après Grand Maître en 2012. Dans cette suite, on retrouve bien évidemment l’inspecteur Sanderson désormais à la retraite, qui devra se confronter à ses propres vices destructeurs, alcool et sexe, mais également à ceux de ces contemporains à travers une série de meurtres inexpliqués. Cette violence, socle de la fondation des Etats-Unis, qui pourrait bien sonner leur glas également.**************************************  ****************************************************************************

 9782702440995_de_si_parfaites_epouses_lori_royDe si parfaits épouses rejoint le bataillon des ouvrages traitant d’une Amérique sclérosée par son puritanisme en nous transportant en 1958. Une jeune femme, Elisabeth, a disparu, alors que quelques jours plutôt une femme noire a été retrouvée morte. Ces deux évènements secouent ce quartier qui ne voit pas forcément d’un bon oeil l’arrivée de familles noires, « perturbant » un équilibre instable alors que les usines ferment. Une atmosphère pesante pour un roman de société très noir. C’est le deuxième roman de Lori Roy.
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9782070145454_une_antigone_à_khandaharPortrait d’une femme forte n’obéissant qu’à la loi familiale et bien décidée à récupérer le corps de son fils dans Une Antigone à Kandahar de Joydeep Roy-Bhattacharya. Cette femme est pachtoune. Elle est en burqa et en fauteuil roulant. Ceux qui détiennent le corps de son fils sont des soldats américains. Nous sommes à Kandahar. Peu d’actions dans ce roman, mais une très grande intensité théâtrale dans ce dialogue entre cette femme et les soldats aux allures de tragédie grecque. Chacun, tour à tour, expose son choix, entre la vie et la liberté, leurs histoires, leurs attentes. Une véritable rencontre de l’autre, sans partie pris.

mais lisez aussi J’ai vu un homme d’Owen Sheers, où un étranger pénètre dans une maison à la recherche de son identité dans un thriller efficace ; Le Maître des apparences de Jane Gardam, faux mémoire de Sir edward Feathers, ancien avocat anglais, entre chute de l’Empire britannique et marmelade dans un roman so british ; Le Quartier américain de Jabbour Douaihy, portrait de Tripoli, ville autrefois multiconfessionnelle et désormais en proie également à l’intégrisme,  à travers son quartier « américain » qui n’en a que le nom et Intissar, une mère à la recherche de son fils. L’huis clos caractérise également Le Silence des bombes, de Jason Hewitt, avec une rencontre étonnante et fraternelle entre un allemand et une petite fille anglaise dans le Suffolk en pleine Seconde Guerre mondiale. Les Transparents d’Ondjaki chante tout en poésie un immeuble curieux, où les habitants, gens simples, savent s’effacer au point de devenir transparent à l’image Odonato, pour atteindre leur rêve, alors même qu’autour d’eux, hommes d’affaires et de pouvoir, image de la transition, s’agitent toujours mieux autour des richesses naturelles du pays

Des racines et des hommes

9782267028782_délivrances_toni_morrisonJ’attendais depuis Home en 2012, un nouvel opus de Toni Morrison et désormais mon voeu est exaucé avec Délivrancesun roman grave et lumineux sur une enfance laissée pour compte, car Lulu Ann, devenue Bride adulte, a dû se construire seule, sans l’amour de sa mère, dans un monde dur et froid d’adulte. Sans enfance, elle saura tout de même puiser en elle toutes sortes de ressources pour exister dans son propre regard. A priori, encore un roman d’une rare intensité et d’une grande acuité sur les laissés pour compte aux Etas-Unis.                   **** *******************************************************************************

9782330053000_&Fils_David_GilbertDans &Fils, David Gilbert se penche quant à lui aux relations père-fils dans un objet littéraire non identifié, à la fois roman et essai performatif sur la création littéraire, où l’art de repousser les limites de la fiction dans un roman évoquant à la fois l’adolescence mais aussi la transmission, avec ce père, Andrew N Dyer, grand romancier, qui décide de réunir ses deux fils dans une ultime tentative de rapprochement avec un demi-frère jusque là inconnu.                   **** *******************************************************************************

9782226318121_tous_nos_noms_dinaw_mengestuDinaw Mengestu  fait partie de cette nouvelle génération d’écrivains afro-américains (né en Ethiopie mais ayant grandi aux Etats-Unis), qui explore et questionne avec ces doubles identités à la fois leur patrimoine culturel africain et leur culture américaine. Dans Tous nos noms, son troisième roman, il illustre la question des racines à travers le portrait de ces Africains émigrés aux USA, emplis d’idées et de révoltes estudiantines alors que la mixité raciale est encore très mal vu.                   **** *******************************************************************************

9782226318138_barnabas_kane_neige_noireAvec La Neige noire, Paul Lynch semble confirmer la place qu’il s’est fait avec son premier roman Un Ciel rouge. Ici nous parcourons la rude et abrupte Irlande et pénétrons au coeur d’une communauté renfermée sur elle-même, à laquelle se frotte la famille Kane. Revenus des Etats-Unis, où ils avaient migré un temps, leur réintégration ne se passe pas sans heurts. Leur ferme est retrouvée brûlée. Accident ou acte délibéré ? L’entre-deux dans lequel ils se situent, ni tout à fait du cru, ni tout à fait étranger, entraîne de nombreuses déconvenues … Barbanas Kane va devoir choisir alors même qu’un secret surgit.

9782021224801_un_cheval_entre_dans_un_bar_david_grossmanAprès Une Femme fuyant l’annonce qui lui valut le prix Médicis en 2011, David Grossman reprend dans Un Cheval entre dans un bar  pour personnage principal un humoriste, qu’il met en scène dans un spectacle de stand-up. Dovalé G. est comédien, plutôt spécialisé dans un humour salace et peu politiquement correct. Lors de cette soirée particulière, il brisera les codes du genre, en laissant tomber, bien malgré lui, le masque du comique, pour montrer son vrai visage, celui d’un homme blessé, hanté par la culpabilité depuis la mort de ses parents.                   **** *******************************************************************************

mais également, Plus doux que la solitude de Yiyun Li, qui scelle le destin de quatre adolescents sur la Place Tien’anmen, L’Ange de l’oubli de Maja Haderlap, sur les ravages de la Seconde guerre mondiale dans une petite province slovène en Autriche, la Carinthie, entre nécessité de se reconstruire et volonté de témoigner. Comment une fillette peut-elle grandir avec un tel héritage entre suspicions et guerre froide ?   La survie est également le propos de Jon Kalman Stefansson. D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, nous emmène au coeur d’un mythe famillial en Islande à travers trois générations

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Ne deviens jamais pauvre !

Il avait toujours vu juste quant à l’institution qu’est la civilisation ; elle est sévèrement détraquée sur tous les plans. Aucun jeu de règles ne lie plus ses membres entre eux. Les obligations sociales sont flexibles, les sanctions inéquitables, et la loi n’est jamais autre chose que les hommes qui l’appliquent.

Ne deviens jamais pauvre, daniel friedman

Si on vous dit « Memphis », vous pensez « Elvis », maintenant vous pensez aussi « Buck Schatz ».

Buck n’est pas un octogénaire pas comme les autres, bien loin de là, et vous vous en souviendrez très longtemps de ce vieil homme, encore alerte (preuve en est sa convalescence due à sa précédente aventure dans Ne deviens jamais vieux !) qui n’est pas en reste non plus lorsqu’il s’agit d’exercer son esprit caustique et mordant. D’un caractère que d’aucuns qualifieront du doux euphémisme d' »impossible », voire limite, il a su en faire une force tout au long de sa carrière de flic. En même temps, on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, et ce cousin de l’Inspecteur Harry, sait donc s’y faire face aux cadors du crime ne sont pas attendris depuis le début de sa carrière et ne semblent pas décider à lui ficher la paix …

C’est ainsi qu’Elie, un braqueur de haut vol ancienne école, dont la dernière rencontre a été l’occasion d’une douce promesse de mort s’ils venaient à se croiser à nouveau, débarque à nouveau dans la vie de Buck. Paradoxalement pas à l’occasion d’un énième braquage, non tout simplement lors d’une visite « de courtoisie » à Valhalla Estates, nouveau havre de paix résidence pour séniors de Buck. Valhalla … vous noterez que le nom est déjà en soi tout un programme, et une grande source d’inspiration pour l’irascibilité de notre anti-héros !
Inconscience folle ? Perte de mémoire ? Que nenni, rien de tout cela. Il s’agit pour le vieil homme de trouver une protection pendant 48h auprès de l’homme qui s’est juré de lui faire la peau. A situation désespérée … moyens désespérés ! Faut dire que Buck, même s’il n’est pas du genre à rendre des services, ne laisserait pas couper l’herbe sous le pied et laisser un malotru lui ôter ce plaisir, et cela Elie le sait … Buck va être obligé de rempiler ce qui n’est pas une mince affaire.  Seulement Buck est-il tombé sur plus fort que lui cette fois-ci ?

Buck vous irritera. Il vous inquiétera voire vous choquera aussi. Vous pourrez peut-être ne pas l’aimer. Après tout, c’est le risque avec un caractère de chien aussi entier et ce n’est pas un enfant de choeur. Mais si vous aimez les oisillons tombés du nid qui se sont faits tout seuls comme des grands, ou les hommes qui n’hésitent pas à se salir les mains pour une certaine idée de la justice, vous devriez modérer votre opinion.
Moi Buck, il me plaît tel qu’il est. Vous l’adopterez vite, avec ses remarques mordantes, ses méthodes peu orthodoxes, sa manie d’attraper son .357 magnum avant de sortir. Forcément, écrit à la première personne, vous êtes aux premières loges pour comprendre ce drôle de bonhomme plus complexe qu’il n’y paraît armé d’un aplomb certain, d’un sens de l’humour plutôt corrosif, y compris envers lui-même, qui lui confèrent une carapace de philosophe  un poil déjanté mais aussi désenchanté de la vie. Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace et il est là plutôt pour donner des leçons.

Attention petite précision, au rayon des traductions de titre quelque peu étonnantes (et pour le coup un poil erronée), le titre US est beaucoup plus significatif que le titre français : Don’t ever look back. Naviguant entre 2009 et 1965, date d’un premier dossier entre nos deux compères, les méandres de son histoire personnelle avec son fils et une mémoire qui tend à défaillir, Buck est plus que jamais appelé à se souvenir malgré tout. 45 années les séparent, mais ces deux enquêtes disent tout de Buck. Elles le racontent et l’incarnent.

Daniel Friedman confirme une belle entrée dans le monde du polar américain. Ce jeune auteur de trente ans est à suivre, plume de qualité, narration impeccable, pas étonnant qu’il ait rejoint les éditions Sonatine !

Ne deviens jamais pauvre !
Daniel Friedman
Editions Sonatine
295 pages. 20€. ISBN : 978-2-35584-325-9

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Les Larmes de l’assassin, par Thierry Murat

Certes je ne savais rien du bien et du mal. Mais pour la première fois de ma vie, j’attendais quelque chose de l’avenir.

Les_larmes_de_l_assassin_Bondoux_MuratLes Larmes de l’Assassin, c’est d’abord un roman adolescent d’Anne-Laure Bondoux, récompensé du Prix Sorcières en 2004, .
C’est désormais un roman graphique librement adapté par Thierry Murat, qui s’est lancé de nouveau dans cet exercice périlleux de traduction graphique avec le chef-d’œuvre d’Ernest Hemingway, Le Vieil homme et la Mer.

C’est l’histoire également d’un véritable coup de cœur de Thierry Murat pour ce roman, une « vraie rencontre » ainsi que l’explique de façon imagée Anne-Laure Bondoux, le fruit de la rencontre entre un auteur et un de ses lecteurs, dans un de ces « espaces virtuels » qu’est le livre. Un cocoon d’émotions.

Et celles-ci ne manquent pas, car l’histoire de Paolo Poloverdo, petit chilien sans âge, est marquée une hostilité environnante. Né d’un lit où l’amour est plus un devoir qu’un véritable lien, Paolo vivote et a du mal à grandir dans cette terre aride, où il ne se trouve nulle école, nulle échappatoire. Chaque jour se passe dans l’isolement, entre son père, sa mère et la chasse aux serpents, dans une lande sèche et aride, où nul n’arrive par hasard, qu’il soit géologue, astronome, poète ou encore assassin. Le ciel assombri annonce une tempête imminente, dont les gouttes ne tardent pas à fouetter le visage de Paolo, qui s’est éloigne de chez lui. Au milieu de cette double page, deux cases sobres et fortes. D’un rouge profond. Presque deux tâches pleines de vie au milieu d’une vie sombre. Deux destins vont se croiser et nouer une relation aussi forte qu’étonnante.

Larmes_Assassin_Murat_Bondoux

Les grands espaces, les coteaux arides, les silhouettes taillées comme dans du roc, dégagent une densité qui vous prend aux tripes. Cette bande dessinée pourrait être une histoire sans parole, sans texte, tant l’expressivité des personnages et la sûreté du trait, retranscrivent des images mentales fortes, quasi cinématographiques. Les cases se succèdent sans sombrer dans la gratuité, chacune apportant une pierre très précise dans cet édifice, qui laisse également la part belle à la contemplation et l’imagination du lecteur. Une réussite pour une tout nouvelle œuvre, à part entière.

Les Larmes de l’Assassin
Thierry Murat, roman d’Anne-Laure Bondoux
Editions Futuropolis.
128 planches. 18€. ISBN 2-7470-0775-8

Le site de Thierry Murat
Le site des Editions Futuropolis

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Duane est dépressif

Penser, ça devait être un peu comme l’escalade, il fallait d’abord s’habituer à l’altitude. Il n’était pas habitué à réfléchir et, en particulier, sur lui-même. Il avait probablement essayé de penser trop, trop tôt, sans se donner le temps de s’accoutumer à l’altitude requise. Il faudrait qu’il ralentisse en matière de réflexion, ne pas en faire autant à la fois, et peut-être apprendre à éviter les domaines de pensée dangereux, les zones qui pouvaient troubler sa sérénité. Il était probable que penser était une activité à laquelle on devait s’adonner de façon méthodique en prenant quelques précautions.

Duane_est_dépressif_Mac_Marty

Le 22 février ne sera pas un jour comme les autres pour Duane. La soixantaine passée, une  vie de famille bien chargée, entre sa femme Karla, un brin excentrique et pleine d’énergie, leurs enfants et leurs neuf petits-enfants, ce chef d’entreprise aux affaires florissantes (le pétrole, c’est quand même rentable) représenterait un modèle de vertu, le chantre du self-made man. Plus rien à prouver, plus grand chose à attendre des canons de la réussite sociale, Duane est un homme « accompli ». Et ce 22 février matin, il décide de laisser au garage son pick-up pour … marcher ! Un acte inconcevable et hérétique dans son Texas pétrolier, qui ne peut qu’annoncer le pire selon ses proches. Karla voit là le signe d’une infidélité, alerte leurs connaissances qui restent pantoises devant tant de bizarrerie. C’est sûr, un tel acte ne peut que marquer un profond désespoir, Duane doit certainement être dépressif. Questionné, ce dernier n’en sait guère plus ses motivations, si ce n’est un ras-le-bol d’être dans les bonnes cases et de suivre un chemin déjà tout tracé. Il veut vivre selon ses propres désirs, lesquels ? Il ne le sait pas encore, il doit les découvrir …

Bienvenue dans une histoire digne d’un road-movie ! Ni-comédie, ni tout à fait drame, ce roman satirique à souhaiter pourra détendre vos zygomatiques ou vous faire sourire jaune, mais toujours sans méchanceté, grâce au regard acéré et pointilleux de son auteur Larry McMurty, qui ausculte ses contemporains … pour leur bien ! Si l’expérience n’attend pas l’âge, Duane a réussi sa vie sans vraiment la vivre. Tel un héros picaresque, notre Thoreau des temps modernes se questionne et nous questionne par un habile jeu de miroirs sur nos désirs les plus profonds et les injonctions que nous pouvons recevoir au quotidien : devoir de réussite sociale, devoir d’un certain style de vie pour être un citoyen/homme/époux/ami modèle (idem au féminin).

Incisive, cocasse et introspective, la dépression de Duane nous fait un bien fou ! A lire assurément !

Duane est dépressif
Larry McMurtry
Editions Sonatine
598 pages. 22,30€. ISBN : 9782355841729

A voir !

Le site des Editions Sonatine
La page IMDB de Larry McMurtry à qui nous devons aussi l’adaptation cinématographique du roman d’Annie Proulx le Secret de Brokeback Mountain

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Peaky blinders

Peaky blindersAlors si cette semaine, je n’ai guère lu, voici bien la raison ! Non peaky blinders, ce n’est pas le nom de anglais de drôles petites bêtes qui vous piquent et vous rendent neurasthéniques.
Il s’agit d’une série télévisée anglaise relatant la vie d’une famille de gangsters, les Shelby, qui rayonne et prospère dans une ville de Birmingham industrielle, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Leur job ? Le bookmaking ? Entre autres …
Trois frères sont à la tête de cette entreprise familiale : Arthur (Paul Anderson), l’ainé, John (Joe Cole), le benjamin, et Thomas (Cillian Murphy), le véritable et charismatique chef de famille et du gang. Ce sont des Peaky Blinders, ainsi que leurs hommes. Ils doivent ce surnom à une astuce charmante, qui consiste à dissimuler dans la visière de leur casquette (peak) des lames de rasoir, faisant de leur couvre-chef une arme redoutable et inattendue pour le combat en corps-à-corps . Car évidemment dans ce métier, il faut savoir se défendre, et cela d’autant plus quand on croise la route d’un super flic, envoyé ni plus, ni moins par Winston Churchill himself :  Chester Campbell (Sam Neill), aux méthodes visiblement efficaces mais retorses. Il est réputé pour avoir apaisé (uh) Belfast aux prises avec de nombreux gangs. Sa présence va donc secouer les puces à une police pour partie impuissante et pour partie complaisante contre rémunération …
Habile et puissant, ce gang est un sérieux défi. Il faut dire que des armes à destination de la Libye, ont disparues … et les soupçons se portent assez naturellement sur les Peaky Blinders, menés de main de maître par l’ambitieux et stratégique Thomas. Pas évident donc de battre le pavé et tenir la dragée haute sur un même territoire aux autres gangs et agitateurs politiques, comme l’IRA et les communistes. Et si finalement Birmingham fut une sorte de Chicago avant l’heure ?

Rarement un premier épisode pose le décor ainsi, ni trop, ni trop peu. L’ensemble de la première saison (6 épisodes au total)  vous mène au-delà des clichés du genre à un rythme trépidant. Ici tout est bien soigné : que ce soit le scénario, la qualité des dialogues, la progression de l’intrigue, qui laisse place à la découverte des personnages, très loin du manichéisme, avec leurs forces et leurs faiblesses… On explore toutes un nuancier du blanc au noir.
Le contexte historique en arrière-plan est abordé avec intelligence et respect : que ce soit les affres de la Première Guerre mondiale (nos gangsters ont « fait » la Somme, Thomas a obtenu de prestigieuses distinctions … contrairement à Campbell) qui ont pu rendre fous certains soldats, la montée du communisme (nous sommes en 1919, soit deux ans après la Révolution russe) et le début de la guerre d’indépendance irlandaise.
La place de la femme, en pleine mutation est aussi abordée : celles qui ont pris le relai des hommes, à l’image de la Tante Pol (Helen McCrory) sont invitées pour partie à reprendre la place qui était la leur … ou encore à s’émanciper.
Les interprétations d’une bien belle brochette d’acteurs sont impeccables, avec une mention particulière pour Cillian Murphy, que vous avez pu voir briller dans Le Vent se lève de Ken Loach mais encore Inception ou Batman begins. Nous y retrouvons également Sam Neill (Jurassic Park, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Les Tudors ) et Helen McCrory (The Queen, Harry Potter ).
Enfin, nos oreilles sont gâtées, avec une bande-son excellente, qui ne verse pas dans l’historicisme mais nous offre des artistes comme Nick Cave (et son entêtant et envoûtant Red Right Hand en guise de générique), les White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey …

En une phrase : un petit bijou aussi esthétique qu’intelligent qui débute sa deuxième saison.

>>> Pour la véritable histoire des Peak Blinders, rendez-vous sur le site du dailymail

et en petit bonus, LA chanson de Nick Cave, Red Right Hand

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