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Une métamorphose iranienne

Salaam, M. Neyestani. Je dois vous répéter combien je suis désolé de ce qui arrive. Nous pensons qu’il y a eu un malentendu, mais l’Azerbaïdjan ne l’entend pas de cette oreille. Mettez tout par écrit sans omettre aucun détail. Vous écrirez pourquoi vous avez dessiné ce cafard et utilisé un terme turc. Vous avez tout votre temps et un large stock de papier. Plus vous serez exhaustif, plus vous serez convaincant, plus vous vous rendrez service. (…) Nous poursuivrons notre conversation demain. Essayez de réfléchir à des motifs plus valides. (…) Pour nous, c’est le moment ou jamais de compléter nos registres avec ce que vous savez. Parlez-nous des dessinateurs iraniens que vous connaissez. Écrivez donc tout ce que vous savez sur eux

une métamorphose iranienne mana neyestaniAu premier coup de d’oeil, l’allusion au célèbre roman allemand ne vous échappe pas, et c’est bien à juste titre que cette métamorphose est digne de l’univers kafkaïen.

Une trajectoire bien hors du commun, c’est certain. Une Métamorphose iranienne est une véritable biographie mais aussi un témoignage et non des moindres de l’oppression des journalistes. Nous plongeons avec ce roman graphique au coeur du cauchemar politique que vécut le journaliste Mana Neyestani. Tout débute avec un dessin, qui aurait pu être presque anodin dans les suppléments jeunesse du journal Jomeh, auxquels il participe depuis 2004 : une conversation entre un petit garçon et un cafard.Le-12-mai-2006

Bien que la situation iranienne se complexifie avec la radicalisation du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, le journaliste est alors très loin de soupçonner le cataclysme qui s’enclenchera suite à cette publication du 12 mai 2006.
En effet, le dessin enflamme les territoires azéris, en raison d’une homonymie. Le blattoptère s’exclame « Namana », terme utilisé en iranien lorsque l’on ne trouve pas ses mots … et terme également azéri. Les Azéris, déjà mis à mal pour le régime iranien, prennent pour une insulte et une attaque directe la prononciation de ce mot par le cafard. Manifestations, émeutes s’enchaînent, des excuses sont demandées … Et pourtant, le dessinateur est très loin de vouloir attaquer les azéris, lui-même étant d’origine azérie, et fils d’un célèbre poète. L’instrumentalisation de ce dessin participe alors au renforcement de la surveillance de la presse et de la remise en cause de sa liberté : Mana est arrêté pour trouble à l’ordre public.
Le dessinateur et son éditeur seront emprisonnés pendant près de trois mois, trois mois au cours desquels les mises à l’isolement et les interrogatoires se succèdent pour dévoiler la « conspiration » qu’ils manigancent … Ils intégreront lors de leur incarcération la « section 209 », camp de travailleurs non-officiel de la prison  d’Evin,  au sein de laquelle l’animosité envers le dessinateur est bel et bien déclarée.

Le combat de Mana Neyestani, rejoint rapidement par son éditeur Mehrdad Ghasemfar qui décida de faire front avec son dessinateur, vous porte au coeur de la manipulation politique du gouvernement iranien. S’il profita de sa libération pour s’enfuir d’Iran avec sa femme, son combat se poursuit encore, et cela après de nombreuses années d’exil, en Malaisie et en France depuis 2010 grâce à la protection de l’ICORN (réseau de villes refuges visant à défendre la liberté d’expression).

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Avec une grande dignité et un regard distancié, Mana Neyestani nous offre un témoignage qui soulève beaucoup de questions, notamment celle de l’accompagnement avant même l’accueil des exilés politiques, la précarité des journalistes qui sont amenés à exercer sous des régimes d’une grande violence politique. Un album magistral et incisif.

A voir !

Le site de Cartooning for peace
Un interview lors duquel Mana Neyestani revient sur les difficultés de ses démarches pour rejoindre la France
Le site des Editions ça et là

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Ainsi soit elle

Un petit clin d’oeil pour cette journée, avec deux romans graphiques que j’affectionne particulièrement et de la musique !

benoite_groult_catelTout d’abord, la biographie de Benoîte Groult par Catel et Bocquer. Ce que j’aime dans cette bande dessinée, c’est non seulement la vie passionnante de Benoîte Groult par Benoîte Groult elle-même, mais c’est aussi l’histoire d’une rencontre, entre une des pionnières du féminisme en France et une dessinatrice de talent, Catel. Lorsque Catel contacte Benoîte Groult en lui expliquant son projet bio-graphique, elle a déjà publié le très remarqué et excellent Olympes de Gouges et Kiki de Montparnasse.
Il s’agit aussi de convaincre la grande dame de se prêter au jeu, elle qui voit en la bande dessinée une certaine « sous-culture ». C’est donc la sincérité, le talent et l’approche sans fard de Catel qui la convainc de se lancer dans le projet. Plusieurs rencontres, mises en abîme dans le roman, montre la complicité croissante et émouvante entre elles deux, que l’on peut percevoir le sourire aux lèvres au premier regard posé sur la couverture du roman !

Les amoureux du travail de Catel (dont je fais partie), devront patienter jusqu’en 2016 pour découvrir Josephine Baker, son nouveau projet bio-graphique dont elle partage quelques esquisses sur son blog. En attendant, je vous inviter à voir cette courte vidéo, dans laquelle Catel et Jean-Louis Bocquet, expliquent leur travail de création autour d’Olympe de Gouges


Making of – Olympe de Gouges par Catel & Bocquet par EditionsCasterman

Autres lectures déjà mises en avant sur ce blog à redécouvrir :

*  Burqa !. Lue, il y a six années déjà, cette biographie dessinée, me hante encore.
* Un  très bel hymne à la maternité Un Miracle en Equilibre de Lucia Etxeberria
* Confessions d’un gang de filles, de Joyce Carole Oates, qui a bénéficié d’une très belle – le fait est rare pour souligner – adaptation cinématographique par Laurent Cantet, « Foxfire, confessions d’un gang de filles ». Ou encore son recueil au titre provocant Les Femelles, où les femmes peuvent se révéler inquiétantes et venimeuses.
* Un peu de détente en perspective avec ce roman qui nous plonge dans une ambiance à la Fitzgerald, avec deux femmes aux prises avec l’ambition et la passion, Les Règles du Jeu our encore la plume caustique et acérée de Willa Marsh et son fameux Journal d’Amy Wingate

Enfin je vous invite également à écouter cette reprise de Natural Woman par Adele, lors de son passage à Taratata en 2011. Belle journée à toutes et à tous !

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Le tort du soldat d’Erri de Luca

Pour ces vacances, je fais une incursion plus particulière en littérature italienne avec trois romans, D’Acier de Silvia Avallone, roman social, Canal Mussolini d’Antonio Pennacchi, grande fresque historique récompensée du prestigieux Prix Strega et Le Tort du Soldat d’Erri de Luca.  Trois romans différents mais qui reflètent toute la vitalité de la littérature italienne contemporaine.

d'Acier_Avallone Canal_Mussolini_PennacchiLe tort du soldat d'Erri de Luca

Aujourd’hui, incursion dans l’univers d’Erri de Lucca. Ce Napolitain écrit depuis ses vingt ans, tout en ayant mené de front divers emplois d’ouvrier, sa famille d’origine bourgeoise ayant été ruinée par la guerre. Sa chambre fut même  … une bibliothèque imposante consacrée à la Seconde guerre mondiale. Ce terreau donne lieu à des récits, pouvant comporter des notes biographiques ou ayant la guerre en arrière-plan.

Le choix du sujet est audacieux : un vieux criminel de guerre et sa fille, un traducteur de yiddish, vont se croiser au dîner dans une auberge perchée dans les Dolomites. Ils n’échangeront pas un mot et pourtant cette rencontre silencieuse sera à l’origine d’un profond bouleversement. Aux origines du roman, c’est une demande de traduction pour une œuvre d’Israel Singer. C’est donc par deux récits distincts, l’un porté par la voix du narrateur, journal de « celui qui fait l’écrivain », l’autre par les écrits de la jeune femme, qu’Erri de Luca tisse son roman et dresse le portrait de cet homme qui se qualifie de simple « soldat »

Je suis un soldat vaincu. Tel est mon crime, pure vérité. » Il fit le geste de chasser les pellicules de ses épaules. « Le tort du soldat est la défaite. La victoire justifie tout. Les Alliés ont commis contre l’Allemagne des crimes de guerre absous par le triomphe. » Il avait beau définir son service à la guerre, le réduire aux effets d’une défaite, pour moi sa faute restait certaine et sans appel. Je lui ai opposé ma volonté de ne vouloir aucune explication. Si les choses sont bien comme il le dit lui, alors le tort du soldat est l’obéissance.

Les points de vue s’entrechoquent, le criminel condamné sans appel pour sa fille qui hérite de l’histoire d’une père longtemps dissimulée, une vingtaine d’année, laissant derrière ce mensonge une petite fille sans mère; des victimes sans justice et un bourreau sans procès. Une double peine privée et publique issue d’un héritage non choisi pour ces victimes.
Notre écrivain, gardien d’une langue de disparus, fait de son travail de traducteur, une œuvre de mémoire et de conservation. La figure d’Erri de Luca reste perceptible derrière cette voix napolitaine, d’un amoureux des mots, des histoires, pour qui yiddish et napolitain partagent « misères, émigrations et théâtres ».
Quant à ce criminel de guerre, il s’est lancé lui aussi dans l’apprentissage de l’hébreu, un peu au hasard de son nouveau métier de facteur, afin de le décrypter, le décoder comme un langage ennemi  et comprendre les raisons de la défaite nazie.

La grande force de ce roman fulgurant et bouleversant est d’aborder la barbarie nazie par la voix de ceux qui restent, qu’elle condamne, s’explique vaguement, ne s’excuse de l’innommable ou balbutie une langue en voie de disparation pour recréer un monde disparu.  De grandes espérances naissent, d’aussi grandes peurs culminent, dans un véritable mouvement de vie.

A voir !

Le site des Editions Liana Levi

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Recherche Volontaire pour changer le monde

RechercheVolontairede Laurent de Cherisey, auteur de Passeurs d’Espoir.

« Avec chacun de nous le monde a de l’avenir »
Dans un monde noyé d’informations, submergé même par les mauvaises nouvelles, Laurent de Cherisey fait ce constat : comment ne pas se sentir démuni face aux difficultés et aux souffrances d’autrui ? Qui ne s’est pas senti impuissant face aux catastrophes et évènements tragiques qui nous sont présentés ? Que ce soit d’ailleurs un bouleversement à l’échelle mondiale  tel que le tsunami du 26 décembre 2004 ou le décès d’une voisine, seule et recluse ?
Chacun rêve d’un monde meilleur, voudrait agir mais n’ose pas. Comment s’y prendre ? Comment puis-je espérer à mon niveau contribuer à un tel changement ? N’est-ce pas une goutte d’eau dans la mer ? Je n’ai pas le charisme d’un Gandhi ou d’une Mère Thérèsa …Et pourtant elle-même affirmait : « Notre travail est une goutte d’eau. Cette goutte est nécessaire. On ne fait pas de grandes choses : seulement des petites, avec un amour immense. L’océan est fait de gouttes d’eau. »
A travers cette enquête, Laurent de Cherisey montre comment des hommes, des femmes mais aussi des enfants, comme vous et moi, ont franchi le pas entre l’envie d’agir et l’action. Simplement. Mais certainement pas précipitamment, humblement bien souvent avant que leur entreprise prenne une ampleur inespérée. Fruit de nombreuses rencontres et entretiens, Recherche Volontaire Pour Changer Le Monde recense leurs clés de réussite. et nous fait dire : « Nous sommes tous des solutions » et cela n’est pas une utopie. La meilleure ressource de l’homme, c’est l’homme.Un document passionnant à lire et certainement relire, précieux pour toute personne ayant l’envie d’agir. Cette enquête complète et très fouillée a été menée sur le terrain par Laurent de Cherisey, qui se révèle toujours être un étonnant passeur d’espoir.Une première partie dense et riche de témoignages étudie de près la genèse de nombreuses initiatives. Chacun se caractérise par un événement clé qui a basculé leur réflexion et leur action. Leur entreprise est le fruit de rêves mais aussi de douleurs, de rencontres personnelles ou professionnelles : les Jardins de Cocagne, entreprise sociale créée par Jean-Guy Henckel, qui s’est fixé pour objectif de n’embaucher que des gens en difficulté tout en faisant du bio et travaillant avec les agriculteurs locaux ; Ashoka International, lancé en 1980 par Bill Drayton qui soutient et finance des entrepreneurs sociaux partout dans le monde ; SIEL Bleu créé par Jean-Michal Richard et Jean-Daniel Müller qui délivre des activités physiques et mentales aux personnes âgées, qui nous seulement vivent plus longtemps mais doivent pouvoir être actifs ; INUA en Espagne de Raul Contreras se spécialise en économie sociale, Naïf al-Mutawa, veut communiquer une culture de paix, à travers ses albums Les 99, super-héros bâtis sur les 99 attributs divins d’Allah ; Franck Chaigneau a lancé pour sa part La Table de Cana, un groupe de traiteur-restaurateur qui forme et embauche des SDF …  Ils ont su apporter une solution à une situation douloureuse après étude, réflexion et analyse de leur environnement et de leur réalité. C’est l’objet de la 2ème et 3ème partie, qui présentent à la fois les facteurs clés de ces succès (dont l’audace bien entendu) et une réflexion sur l »agir local ». Toutes témoignent d’une richesse extraordinaire, d’une créativité et un sens de l’innovation au service des autres. Elles sont diverses et naissent dans des conditions absolument différentes. Et « ça marche ». Cette présentation accompagnée de nombreux entretiens donne un portrait varié du volontaire. En France, ou ailleurs, ces initiatives ont changé de nombreuse vies. En premier celle de leur initiateur, puis des bénéficiaires de ces actions. Elle ont également contribuer à renouveler l’image de l’économie, en la rendant sociale ou solidaire, à nouveau au service de l’homme.

Un extrait est disponible sur le site des Presses de la Renaissance – « Faire le premier pas  » tiré de la partie d’Envie d’agir:  http://www.presses-renaissance.fr/extraits/9782750903800.pdf

L’auteur : Laurent de Chérisey.
Après Passeurs d’Espoir, Laurent de Chérisey livre ici un nouvel ouvrage enthousiasmant et positif dans la droite ligne de son réseau « Reporters d’Espoirs », car c’est bien une enquête pleine d’espoir qu’il nous offre.

Sommaire :

  • Le bonheur de changer le monde
  • 1re PARTIE : L’ENVIE D’AGIR
  • Faire le premier pas
  • Les déclencheurs
  • Du « je » au « nous »
  • 2nde PARTIE : LES FACTEURS-CLÉS DU SUCCÈS
  • L’avenir dure longtemps
  • L’arbre commence par ses racines
  • Savoir choisir sa cordée
  • Soyez réalistes : pariez sur l’amitié
  • Libérer ma capacité de créer
  • Ne pas avoir peur de l’échec
  • 3ème PARTIE / RECHERCHE VOLONTAIRE POUR CHANGER (AUSSI) L’ECONOMIE

A voir – présentations de Laurent de Cherisey :
Le constat sur le monde de Laurent de Cherisey
Quelle réponse pour un monde anxiogène ?
Recherche volontaire pour changer le monde ?

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.comle site Babelio , premier réseau social autour du livre : vous pouvez y critiquer des livres, partager vos opinions avec d’autres lecteurs et trouver de nouvelles idées de lecture. Vous bloguez et souhaitez critiquer également des livres ? Guettez la prochaine session de Masse Critique et participez à ce projet. Un remerciement et un bravo spécial à l’équipe de Babelio.

Recherche volontaire pour changer le monde – Les clés du succès de ceux qui l’ont fait
Laurent De Cherisey
Presses de la Renaissance
288 pages. 21,00 €. ISBN : 978-2-7509-0380-0

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