Étiquette : femmes

4 femmes

4 femmes Wang Shu Hui

C’est une histoire bien particulière que celle de Maître Wang Shu Hui, illustratrice et dessinatrice  de lianhuanhua (littéralement « images enchaînées ») c’est-à-dire de bande dessinée traditionnelle dans les années 30 en Chine … Le paradoxe est qu’elle développe ses talents de dessinatrice, grâce à l’attention de ses parents qui la poussent à école des deux ans et demi (celle-ci n’étant pas obligatoire pour les filles) et à un certain ennui lors des cours de broderie. Et si ses parents sont réticents et s’opposent à sa vocation, ils sauront être convaincus par le peintre Wu Guangyu de présenter la jeune femme au concours d’entrer de l’Académie …

wang shu-hui 4 femmes
Le Pavillon de l’Ouest, édition originale

Peu de choses la freineront, et le départ de son père du foyer familial, précipitera sa carrière par besoin alimentaire : elle sortira diplômée de l’Institut des Beaux-Arts de Pékin et connaîtra une carrière d’une vingtaine d’année en tant que peintre de Guohua (peinture traditionnelle) et professeurs d’arts plastiques, avant d’être financée par le gouvernent dans les années 50. A peine arrivé au pouvoir, le gouvernement de la République Populaire de Chine choisit effectivement de réunir les meilleurs artistes, notamment de lianhuanhua, pour éduquer le peuple dans l’esprit maoïste. Les artistes sélectionnés pour leurs talents variés restent cependant libres de choisir la matière ou le sujet qui les inspirent, dans la mesure où ceux-ci ne contrecarrent pas l’esprit du parti. Cette période de bénie de créativité prendra fin avec la Révolution Culturelle qui jugera les lianhuanhua comme trop « réactionnaires ».

4 femmes Pavillon de l'Ouest
Le Pavillon de l’Ouest, Editions Fei

Pour Wang Shu hui, c’est une évidence : elle s’inspire de la figure féminine et de l’émancipation des femmes, avec la mise en arrêt des mariages arrangés et de la polygamie. Elle transpose quatre classiques de la littérature et du théâtre chinois en lianhuanhua : Le Paon vole au sud-est, L’Histoire de Liang et Zhu, Les Femmes guerrières du clan Yang. Le Pavillon de l’Ouest, Tristan et Yseult chinois, est une commande express destinée à enseigner le respect des femmes à la population. Quatre portraits de femmes aussi fortes que la dessinatrice qui leur donne vie : que ce soit Zhu, cette jeune femme contrainte de se travestir pour étudier, promise à un mariage sans amour et qui verra ses amours véritables contrariées, ou encore lui, héroïne du Paon vole au sud-est, premier long poème narratif chinois, tragédie d’après-mariage, les femmes guerrières, toutes partagent la volonté de se battre pour être maîtresses de leur destin.

Ces épopées bénéficient de la propre pugnacité de leur auteur, qui se reflète à travers son trait épuré, d’une trop rare finesse et d’une incroyable justesse, que ce soit les expressions du visage ou les mouvements du corps. un trait ferme, alternant vides et pleins, nous baladant dans des saynètes d’un réalisme saisissant. On ne peut qu’admirer la pugnacité incroyable de cette femme en recherche de perfection qui n’hésitera pas à travailler et retravailler chacun de ses dessins jusqu’à deux mois. Indépendante et talentueuse, elle compte parmi les artistes chinois de renom. C’est la première fois que ces quatre lianhuanhua sont publiés en France. A découvrir passionnément !

4 Femmes
Wang Shu Hui
Editions Fei
446 pages. 25€. ISBN : 9-782359-660999

Rendez-vous sur Hellocoton !

Ainsi soit elle

Un petit clin d’oeil pour cette journée, avec deux romans graphiques que j’affectionne particulièrement et de la musique !

benoite_groult_catelTout d’abord, la biographie de Benoîte Groult par Catel et Bocquer. Ce que j’aime dans cette bande dessinée, c’est non seulement la vie passionnante de Benoîte Groult par Benoîte Groult elle-même, mais c’est aussi l’histoire d’une rencontre, entre une des pionnières du féminisme en France et une dessinatrice de talent, Catel. Lorsque Catel contacte Benoîte Groult en lui expliquant son projet bio-graphique, elle a déjà publié le très remarqué et excellent Olympes de Gouges et Kiki de Montparnasse.
Il s’agit aussi de convaincre la grande dame de se prêter au jeu, elle qui voit en la bande dessinée une certaine « sous-culture ». C’est donc la sincérité, le talent et l’approche sans fard de Catel qui la convainc de se lancer dans le projet. Plusieurs rencontres, mises en abîme dans le roman, montre la complicité croissante et émouvante entre elles deux, que l’on peut percevoir le sourire aux lèvres au premier regard posé sur la couverture du roman !

Les amoureux du travail de Catel (dont je fais partie), devront patienter jusqu’en 2016 pour découvrir Josephine Baker, son nouveau projet bio-graphique dont elle partage quelques esquisses sur son blog. En attendant, je vous inviter à voir cette courte vidéo, dans laquelle Catel et Jean-Louis Bocquet, expliquent leur travail de création autour d’Olympe de Gouges


Making of – Olympe de Gouges par Catel & Bocquet par EditionsCasterman

Autres lectures déjà mises en avant sur ce blog à redécouvrir :

*  Burqa !. Lue, il y a six années déjà, cette biographie dessinée, me hante encore.
* Un  très bel hymne à la maternité Un Miracle en Equilibre de Lucia Etxeberria
* Confessions d’un gang de filles, de Joyce Carole Oates, qui a bénéficié d’une très belle – le fait est rare pour souligner – adaptation cinématographique par Laurent Cantet, « Foxfire, confessions d’un gang de filles ». Ou encore son recueil au titre provocant Les Femelles, où les femmes peuvent se révéler inquiétantes et venimeuses.
* Un peu de détente en perspective avec ce roman qui nous plonge dans une ambiance à la Fitzgerald, avec deux femmes aux prises avec l’ambition et la passion, Les Règles du Jeu our encore la plume caustique et acérée de Willa Marsh et son fameux Journal d’Amy Wingate

Enfin je vous invite également à écouter cette reprise de Natural Woman par Adele, lors de son passage à Taratata en 2011. Belle journée à toutes et à tous !

Rendez-vous sur Hellocoton !

Olympe de Gouges en roman graphique

 La Femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune » (art. X – Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympes de Gouges)

9782203031777_Olympe_de_Gouges_Catel_Bocquet

Née à Montauban en 1748, Marie Gouze de son vrai nom, est la fille d’un amour adultérin entre sa mère et le dramaturge Jean-Jacques Lefranc de Pompignan. A cinq ans, sa mère étant devenue veuve, se remarie avec un autre beau parti. Ceci signera la séparation entre Marie et son père, qu’elle ne verra que bien des années plus tard.

Une vie d’aventure et d’engagement

Marie croît en grâce et en intelligence, mais à seize ans, elle doit se marier. Quoi de plus naturel pour sa mère et son frère aîné de jouer les entremetteurs et de la marier à un officier de boucher Louis-Yves Aubry ? Cet homme ambitieux et semblant réservé s’avère brutal et grossier. De cette union, naîtra un fils Pierre, qui deviendra vite orphelin de père. Ainsi prend fin par une noyade, ce « tombeau » que le mariage représenta pour elle. Désormais rien ne la retenant à Montauban, elle monte à Paris avec son fils, en compagnie de Jacques Biétrix de Rozières, un haut fonctionnaire de la marine. Elle   fréquente alors assidûment le théâtre et les salons, avant de se lancer dans l’écriture dramatique.

Une femme à la pointe du débat citoyen

Quand la Révolution éclate, cette femme très impliquée dans les milieux intellectuels met à profit ses talents d’écrivain pour diffuser ses idées. Tracts, affiches placardées, ses écrits politiques revendiquenttoujours le débat républicain que l’on soit un homme ou une femme. C’est ainsi qu’elle devientla pionnière du féminisme. De nos jours, son écrit politique le plus important reste sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, adressée à Marie-Antoinette. Toutefois cet engagement politique, qui va bien au-delà de la condition de la femme et s’élargit au droit des citoyens à la parole. Mais malheureusement, ses revendications ainsi que sa liberté de ton et cette franchise face à l’extrémisme croissant de Robespierre  ne sont pas au goût des Montagnards …

Un travail titanesque réalisé à quatre mains, on applaudit !

Je me suis plongée avec délectation dans le roman graphique de Catel et José-Louis Bocquet. Puissant et palpitant, il retrace quarante-cinq années d’un combat pour l’égalité des femmes. La narration rythmée met en lumière les périodes charnières de cette vie de femme à travers un portrait profond et intelligent. Une véritable réhabilitation  de cette femme révolutionnaire. Création à quatre mains, c’est également un gigantesque travail de documentation qui a été réalisé pour que nous puissions savourer ces quelques cinq cents pages qui se dévorent littéralement.

Olympe de Gouges
Catel & Bocquet
Édition Casterman. Collection « Ecriture ».
488 pages. 24€. ISBN : 978-2203031777

A voir !

Olympe sur le site de l’lHistoire par l’image
Catel & Bocquet interviewé sur actuabd

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Kinderzimmer, de Valentine Goby

ce que dit, surtout, la joie encore possible devant l’éclat du soleil dans les congères, sur les pourtours de la Lagerplatz, à l’Appell du matin, un éclair de cristal qui ne t’indiffére pas tout à fait, ce que ça dit, que tu le voies, que ça mouille tes paupières, qu’une seconde ça conjure le reste, une demi-seconde, que tu aies accès à la beauté, ce que ça dit, tout cela, c’est que même à Ravensbrück, l’Allemagne n’a pas gagné, n’aura jamais gagné complètement

kinderzimmer_valentine_goby_9782330022600Ce roman est lumineux. Obsédant aussi. Sans sombrer dans le pathos ou le glauque, Valentine Goby nous emporte à Ravensbrück avec Mila, une jeune déportée politique, dans les entrailles de la vie et de la mort.
La particularité de Mila ? Elle est enceinte. Oui, enceinte. Mais poursuivez votre lecture, car si dans ce roman « à sujet », la guerre est bien présente, la vie est toujours là, même dans ces camps de la mort. Ces camps qui ont tant aboli l’image de l’humanité au point même que cette idée de la vie à venir en ce lieu est étrangère et exclue de notre univers mental, alors qu’elle est bien plus qu’une idée mais une réalité si inconfortable et douloureuse pour nous, presque dérangeante, au-delà de ce que l’on peut entendre. Il nous faut alors comprendre l’indicible, le quotidien de ces femmes enceintes, car il y en a eu, pour qui l’issue fut  fatale le plus souvent, survivre étant un exploit quotidien et le rééditer chaque jour pour deux tenant du miracle.
Tout d’abord, il s’agit pour Mila d’oublier cette grossesse et cet enfant qui semble condamné d’avance, pourquoi dès lors y penser et risquer de s’y attacher ? Comment comprendre ce qui se passe dans ce corps lorsque l’on est orpheline de mère et que personne ne vous a appris, ce qui se passe au cœur de ce ventre ? Que peut bien avoir à offrir à un fœtus ce corps maltraité et dénutri ? Le risque même de cette grossesse pourrait condamner Mila, personne ne doit savoir. Ainsi se concentrer sur chaque jour, chaque geste. Ne pas penser, ne pas se projeter. Se tenir à l’écart, rester avec sa tendre cousine Lysette, s’abandonner à la confiance avec cette jeune polonaise qui prend la place de la défunte dans la couche.
Et lorsque le secret est révélé, découvrir que une solidarité entre femme bien réelle, une chaleur humaine indicible de la part de ces femmes meurtries, certaines mères, qui trouvent en cet enfant à venir une raison de vivre. C’est donc des chants partagés à Noël, des poèmes d’enfance récités aux camarades, le souffle d’une autre pour se réchauffer, l’exhorte à se sa laver et garder sa dignité, la charbon volé pour soigner l’autre. C’est prendre le risque d’un fol espoir aussi, lorsque l’on découvre que les femmes enceintes ne sont plus systématiquement supprimées tout comme les nourrissons, et qu’il existe au sein de ce camp une Kinderzimmer, une chambre pour les nourrissons. La vie peut naître, mais elle devra compter sur ses propres ressources et sur ce que ces camps n’auront pas réussi à abolir le choix libre de se battre et de s’entraider, élargissant les liens de la filiation, la maternité étendue à la protection solidaire et communautaire du petit humain.

Suite à le rencontre d’un de ces rares enfants survivants nés dans un camp, Valentine Goby découvre et se  s’inspire de l’histoire de la résistante Marie-José Chombart de Lauwe, qui fut puéricultrice dans ce camp, pour nous plonger au cœur de cette chambre pour enfants. Cette déportée politique fut une des 7 000 victimes du décret « Nuit et Brouillard », dans lequel Hitler autorisait la arrestation et déportation pour acte de résistance sans que les parents des déportés puissent savoir où les victimes seraient envoyées. Ces mêmes victime ne savaient pas ce qui pouvait les attendre dans ces camps : élimination, travail à la chaine, cobayes. Étudiante en médecine, Marie-José est affectée au bloc 11, la « nurserie », où l’expérience de vie de ces nourrissons ne dépassait guère les trois mois, malgré la solidarité, y compris du personnel allemand.

Valentine Goby réussit à faire incarner à Mila  cette dualité extrême entre la vie et la mort, son combat quotidien pour survivre. Son écriture magistrale, nous entraîne avec rythme dans cette histoire que nous pensons ne connaître que trop bien et pourtant derrière la voix de Mila, c’est la voix de ces femmes que nous pouvons entendre, leur solidarité, leur bravoure mais aussi leur découragement et leur fol espoir aussi de voir cet enfer cesser. Nous sommes plongés dans ce quotidien, au milieu de ces femmes héroïques, l’une qui cherche à garder sa fierté, l’autre qui ne veut céder à cette gueule béante prête à l’engloutir, ce camp qui dévore les identités et l’humanité. Il s’agit au cœur de ces pages poignantes de découvrir un incommensurable instinct de survie, plus fort que l’ennemi et l’enfermement, où il faut tenir, encore et toujours, car « tu perds seulement quand tu abandonnes ».

[…] il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent.

Kinderzimmer
Valentine Goby.
Actes Sud.
224 pages. 20€. ISBN : 978-2-330-02260-0

Rendez-vous sur Hellocoton !

Les Règles du jeu, d’Amour Towles

Il n’y a rien de bien original à comparer une personne à un caméléon, par quoi on entend quelqu’un qui peut changer de couleur selon son environnement. En fait, rares, sont ceux qui en sont capables. En revanche, il existe des dizaines de milliers de papillons – d’hommes et de femmes comme Eve dotés de deux livrées complètement différentes – l’une pour attirer, l’autre pour se camoufler – et susceptibles de se changer en une seconde, d’un simple battement d’ailes.

Les règles du jeu amour towles

31 décembre 1937, au cœur du Greenwich village, Katey et Eve, deux tourbillonnantes colocataires, décident de sortir et de s’encanailler en cette vieille de Saint-Sylvestre. Peut-être de charmants garçons leur offriront une agréable compagnie et quelques martinis. Elles rencontrent dans un club de jazz à la mode, Tinker Bell, banquier de son état, plutôt friquet et un brin mal à l’aise en ce lieu. Les trois compères sympathisent et cette nouvelle année bouleversera leur vie. Car si Tinker semble appartenir à cette jeunesse aisée, Katey et Eve aspirent à rejoindre les cercles dorés des privilégiés. Katey, trentenaire et dactylo dans un cabinet d’avocats recherche des jours meilleurs au cœur de ce Wall Street palpitant. Cette soudaine rencontre avec Tinker offre aux deux jeunes femmes l’espoir de se rapprocher des cercles dorés. Katey n’est pas insensible au charme de Tinker, qui apprécie l’humour et l’esprit de cette jeune femme qui cache ses origines modestes derrière cette verve mordante. Eve, quant à elle, brille par sa fantaisie et son spontané. Les deux jeunes femmes savent bien que les règles du jeu du trio changeront. Mais elles n’imaginent pas encore que cela soit si abruptement lors d’un accident de voiture. 1938 modifie la donne, chacun devra faire face à ses fragilités, à ses failles mais aussi à ses mensonges.

Une ambiance de l’entre-deux-guerres jazzy dans un New York en perpétuel éveil … Un air de Francis Scott Fitzgerald ? Son évocation poursuit l’auteur et celui-ci n’a pas à rougir de la comparaison, même si celle-ci peut peser sur les épaules d’un écrivain ! Amor Towles ressuscite d’une main de maître cette belle époque dans un premier roman rafraîchissant et divertissant. Il mène son intrigue avec progression et efficacité. Les dialogues sont jubilatoires et incisifs, l’ensemble équilibré et les descriptions font appel à tous vos sens. Towles donne également une consistance certaine à ses personnages, riches en complexité et aspirations, dans une ville non moins paradoxale, acceptant le melting-pot mais s’arc-boutant également sur l’appartenance sociale. Décortiquant celles-ci, il offre un portrait cinglant d’une génération qui chercha un sens dans la réussite, quitte à se compromettre, derrière the rules of civility. Et une mention spéciale pour la référence à Thoreau et son Walden ou la vie dans les bois.

Les Règles du Jeu a été récompensé du Prix Fitzgerald 2012. En espérant que Towles sera confirmé la vivacité et l’énergie de ce premier roman … Ce que vous pourrez découvrir si vous vous lancez dans la lecture de e-book Eve in Hollywood

Les Règles du Jeu.
Amor Towles
Albin Michel.
512 p. 23,20€. ISBN : 9782226239983

Rendez-vous sur Hellocoton !

Confessions d’un gang de filles vs Foxfire

Ce qui vous lie au plus profond, vous ne pouvez le ressentir.
Sauf si on vous l’enlève.

confessions d'un gang de fillesAvant d’être un film de Laurent Cantet (Foxfire), Confessions d’un gang de filles est un portait au vitriol de l’Amérique des années 50 de la prodigieuse Joyce Carol Oates. Plaidoyer pour ces jeunes femmes cherchant plus de justice et de liberté, pamphlet contre ces mêmes confréries, dont l’univers se déconnecte inexorablement de la société, qui à vouloir la faire changer et la convaincre de sa bonne cause, ne peut que l’horrifier et en être rejetée.
Car ce que vous trouverez dans ce livre, pêle-mêle (mais dans un désordre bien orchestré, ainsi que le sont les intrigues remuantes de Oates, laissant le lecteur sans répit), c’est une aspiration forte et irrépressible des ces jeunes filles à être aimées pour ce qu’elles sont, certaines abandonnées de leur famille ou isolées, à être respectées que ce soit par les hommes ou par les consœurs. C’est l’histoire de jeunes femmes qui se choisissent une famille, se choisissent pour sœurs, dans un monde qui leur semble hostile et dans lequel il leur semble nécessaire de rétablir une certaine justice.
C’est un monde animé par des idéaux et par le charisme de Margaret, dite Legs, dont le père n’est qu’une ombre depuis le décès de sa femme. Empreinte des idées de liberté et d’égalitarisme, elle édicte la table des lois de Foxfire, où chacune trouvera refuge et se dévouera (jusqu’à la mort ou l’exclusion  s’il le faut). Simples suiveuses ou partisanes déterminées, chacune d’entre elles souhaite se réaliser dans cette nouvelle famille aux membres disparates.  S’illustrant d’abord dans des actes anodins, comme punir un oncle cherchant à négocier sa machine à écrire destinée aux rebuts contre cinq dollars ou une gentillesse, le clan va très vite évoluer aux marges des règles communes, car pour vivre ses rêves ou tout simplement survivre, il faut subvenir à ses besoins …

Dans son adaptation cinématographique, Laurent Cantet nous propose une interprétation libre et pourtant quasi évangélique du bouleversant roman de Oates, où l’on retrouve une même tension tragique, montant progressivement, taisant avec pudeur le passage à Redbank de Legs pour mieux se focaliser sur ses camarades d’infortune. Cette adaptation est d’une très grande qualité et servie par l’interprétation magistrale de ces jeunes femmes.

Rendez-vous sur Hellocoton !
Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers:

%d blogueurs aiment cette page :