Étiquette : Humour anglais

Une famille délicieuse, de Willa Marsh

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Ce que j’aime avec Willa Marsh, c’est qu’à chaque roman, elle nous offre la possibilité de retrouver un univers bien particulier, un chez-soi dans l’immense espace littéraire. J’ai une maison chez Joyce Carol Oates, une chez Stefan Zweig et une chez Willa Marsh.

Dès le seuil franchit, on retrouve son univers drôle et caustique, mais avec une lumière différente, sa fiction est habitée d’une galerie de personnages consistants, presque de chair et de sang, que l’on pourrait croiser dans le cours de notre vie. Tout comme les deux autres auteurs que j’ai cité, son regard sur le monde est vif, critique souvent, parfois amusé ou stupéfait.

Dans ce nouvel opus tant attendu depuis le dernier Meurtre au manoir, Willa Marsh nous invite à lire mystérieuse derrière délicieuse, avec cette pointe d’ironie so british, présente mais raffinée, aussi vaporeuse que le parfum du thé. Elle brosse le portrait de trois générations avec comme figures centrales trois septuagénaires, Nest, Georgie et Mina. Si Nest et Mina sont soudées comme les doigts de la main, l’on devine le malaise provoqué par les répétitifs et glaçants « Je connais un secret » de Georgie, qui n’a plus tout sa tête. Elle semble insinuer que leur mère eut une aventure avec ce charmant soldat qui sympathisa avec leur famille … Elle en a pour preuve la blondeur de leur frère. Cette Georgie au caractère bien trempée est également source de fatigue pour sa fille qu’elle malmène et rudoie. Celle-ci souhaitant souffler quelque peu, la confie à ses deux sœurs pour qui l’atmosphère de la maison familiale, faite habituellement de bons et tendres souvenirs et de journées se déroulant dans une fraternelle complicité, se transforme de chaleureuse en pesante et nostalgique. Car réunir ce trio constitue un véritable retour dans le passé, un voyage troublant dans lequel chacune connaît une pièce de l’histoire familiale. L’arrivée de leur nièce Lyddie, fille de leur quatrième et défunte sœur Henrietta, apporte un souffle apaisant mais révèle le cœur du mystère : que s’est-il vraiment passé le jour de l’accident de Nest, lorsqu’elle perdit l’usage de ses jambes et que leur quatrième soeur Henrietta décéda brutalement ?

Vous l’aurez compris cette histoire familiale intrigante  dépeint dans une fresque émouvante une famille soudée et meurtrie par le poids du silence, mais surtout de l’imagination qui peut porter le regard là où il n’est pas attendu. Ce bel ouvrage, le plus long écrit jusqu’à présent par Willa Marsh, se dévoile avec patience et attention. Et si vous peinez à rentrer dans cette nouvelle famille, poursuivez votre lecture, car ces vieilles dames respectables vous offrent un bel hymne à la liberté et à la tolérance.

A voir !

Son site
Le site des éditions Autrement


Une Famille délicieuse

Willa Marsh
Editions Autrement
479 pages. 22€. ISBN : 978-2-7467-3428-9

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Héritage, de Nicholas Shakespeare.

 Tu n’as pas seulement hérité de la fortune de Madigan, idiot. Tu as aussi hérité de son histoire. Tant que tu refuseras de reconnaître ce qui va avec le fric, tu resteras un pauvre con. Pourquoi ? Parce qu’on n’a rien sans rien.

9782246772019_Nicholas_ShakespareAndy Larkham veut rendre hommage à son professeur Furniwall en se rendant à ses funérailles. Cet homme est le seul qui l’ai influencé dans sa jeunesse, et après n’avoir pu publier un manuscrit qu’il lui remit peu de temps avant son décès, Andy culpabilise quelque peu …
Par un pluvieux hasard, il se trompe de chapelle, et assiste aux funérailles de Christopher Madigan. Lorsqu’il le comprend, il est bien trop tard pour rebrousser chemin ! Mais cette présence polie sera étrangement récompensée. En effet, le défunt a stipulé dans son testament que seules les personnes à la prière d’adieux, seront ses légataires …
Ainsi Andy se retrouve propulsé comme héritier avec une vieille dame, certainement la gouvernante de Madigan. A la tête d’une soudaine fortune de 37 millions de dollars, la vie de ce jeune assistant éditorial désargenté des éditions Carpe Diem se retrouve bouleversée par cette fortune colossale. Ni une, ni deux, il mettra à profit le leitmotiv de sa maison d’édition … à commencer par une démission !  Mais très vite vient le temps des interrogations … Qui est cette jeune femme effacée et austère qui arriva si tard qu’elle ne peut accèder à cet héritage ? Pourquoi cet homme qui finit sa vie seul, imposa une clause aussi étrange ? D’où peut bien venir sa fortune ?

Derrière cette intrigue qui pourrait sembler légère, Nicholas Shakespeare, explore le thème de l’identité et des racines. L’argent fait-il le bonheur ? Il peut être un mauvais maître, faisant tournoyer les têtes, comme celle d’Andy momentanément, ou asservissant l’homme aux funestes projets. Etonnant, nous menant où nous ne pensions pas aller, Nicholas Shakespeare nous offre une épopée forte agréable des terres arméniennes à Londres, en passant par l’Australie. Un style fluide, une construction habile de l’intrigue combinés à un sens de l’observation certain concocte un délicieux roman. A vous de le lire désormais !

Héritage
Nicholas Shakespeare.
Editions Grasset.
432 pages. 20,90€. ISBN :  978-2246772019

A voir !

Le site de Nicholas Shakespeare

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Le Journal secret d’Amy Wingate, de Willa Marsh

L’emploi du mot « petite » est une autre de ses façons –sans doute inconsciente- de maintenir sa supériorité. Une « petite dame » lui confectionne des vêtements sur mesure et un « petit monsieur » vient entretenir son jardin. La « petite femme » du magasin du village « l’adore »….. .Le monde de Francesca est peuplé de nains.

2-7467-1449-6Amy Wingate, professeur de littérature à la retraite, bien sous tous rapports, décide d’écrire pour elle-même un journal, de décortiquer ainsi sa vie et ses idées. Très vite celui-ci revêt un piment particulier, le regard d’Amy pouvant être plein de tendresse ou acéré et piquant comme l’acide. Autour d’elle virevoltent deux couples de jeunes amis sur la sellette dont elle est la confidente, elle est reconnue pour sa sagesse, l’aînée d’une dizaine d’années, forcément détachée de choses de l’amour la cinquantaine passée. Enfin tels sont les images et rôles que l’on lui attribue, ne soupçonnant en rien sa vie affective passée ou actuelle, elle-même retranchée dans son costume de vieille fille.
Amy est cependant bien plus que ce qu’elle paraît, et son esprit intrépide est demeuré présente derrière le masque social et malgré les cahots de la vie. Le premier a en faire les frais sera un jeune punk, Gary, surpris à chaparder dans une épicerie proche de sa sacro-sainte vile côtière … Et si celui-ci la poursuivait ? Drôle de présage après son heure de gloire, lors de laquelle elle poussa le jeune homme par-dessus la rambarde d’un pont … Pourtant c’est bien lui qu’Amy recroisera au détour d’une visite amicale dans un hôpital …

Ecriture caustique et acidulée pour cet écrivain anglais, Marcia Willett qui écrit également sous le pseudonyme de Willa Marsh. Un délice pour les amateurs de littérature anglaise et de ce fameux « wit » britannique !

Le Journal secret d’Amy Wingate
Willa Marsh
Editions Autrement.
205 p. 17€. ISBN : 978-2-7467-1449-6

A voir !

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Le site des éditions Autrement

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La Reine des lectrices

Tout hobby implique une préférence; et les préférences devaient être évitées, car elles excluent trop de gens. Sa charge impliquait qu’elle manifeste de l’intérêt envers un certains nombre d’activités, non qu’elle ne s’y intéresse pour de bon.

reine_lectrice_Bennett Enfin un peu d’air sur nos étagères avec ce charmant roman, frais et léger, un tantinet subversif ! La Reine des lectrices est une petite pépite par son format (174 pages) qui donnera le sourire aux esprits chagrins et ravira les lecteurs compulsifs à la recherche de causticité. Figurez-vous la Reine d’Angleterre, Elisabeth II, sous l’emprise d’une addiction incontrôlable, d’une passion dérangeante … et partagée ? Frappée par le « vice impuni », cette soif intarissable de lecture, elle s’affranchit de ses devoirs publics et bouscule dès lors les conventions et les parfaits rouages de la mécanique monarchique anglo-saxonne … Oh my goodness ! Ce tableau imaginaire prend forme avec une balade on-ne-peut-plus irréaliste amenant la Reine à emprunter un livre au bibliobus, faisant sa tournée dans le quartier de Buckingham. Partageant cette nouvelle passion avec le bibliothécaire, elle se livre avec frénésie à la lecture, avec plus ou moins de discernement, puis un goût plus aiguisé et de fil en aiguille, le démon de l’écriture l’attrapera à son tour …  Au-delà de cette jolie et sympathique irrévérence à sa Majesté, Alan Bennett propose de délicieux moments de réflexion sur la lecture, comment celle-ci selon les mots de Paul Valéry, peut nous distraire et nous éloigner de nous, mais aussi augmenter notre puissance.

Alan Bennett est auteur, dramaturge, comédien et se consacre également à l’écriture. La Reine des lectrices est son quatrième roman.

La Reine des lectrices.
Alan Bennett.
Denoël et d’ailleurs.
174 pages. 12€. ISBN : 978-2-207-26012-8

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