Étiquette : Noir c’est noir

Daddy Love de Joyce Carol Oates

Daddy Love est ton destin. Daddy Love sera ton père et ta mère.

daddy loveAvril 2006. Le petit Robbie Whitcomb est âgé de cinq ans. Ce garçonnet babillard et très éveillé fait le bonheur de ses parents, Dinah et Whit, un couple solide soudé autour de cet unique enfant. C’est à la sortie d’un grand centre commercial que sa vie va pourtant basculer ainsi que celle de sa famille. Après avoir reçu un violent coup sur le crâne, Dinah lâche la main de Robbie, enlevé sous ses yeux, par Daddy Love, un homme aux multiples identités, véritable technicien de l’enlèvement. Gravement blessée, elle se relèvera et tentera de récupérer son fils. Daddy Love deviendra alors le destin du jeune Robbie, rebaptisé par celui-ci Gidéon. Son père sera désormais Daddy Love. Sa mère deviendra inexistante, une ombre maléfique et perverse alors que Robbie rejoindra le cortège des enfants disparus.

Daddy Love, un chemin de culpabilité et de destruction

Dès les premières pages, cet instant crucial de l’enlèvement est repris comme un motif, une sorte de genèse de Gidéon. Point de cristallisation de la nouvelle vie de ces personnages, nous le revivons, à travers le regard de nos trois protagonistes initiaux. Malgré quelques redondances maladroites, l’histoire vous happe et vous broie, car la grande force de Oates est de mener un roman polyphonique équilibré confrontant ces vies éclatées. Nous suivrons, pantelants, les six premiers mois de l’enlèvement et le conditionnement de Robbie, mais aussi la recherche effrénée de ses parents à travers la culpabilité et le fol espoir qui anime Dinah. Le changement de partie hautement symbolique est mené de main de maître. D’une grande charge émotionnelle, il ne marque pas pour autant l’apogée d’un roman obsédant dont le twist final, inimaginable et pourtant prévisible à la fois, montre que la libération ne peut jamais être complète.

Un huis-clos avec le Mal

La  grande dame de la littérature américaine nous a déjà accoutumé à son traitement sans fard et perçant des vices cachés de la société américaine et des relations humaines à travers des thèmes réputés – à juste titre hautement difficiles ou disons-le franchement casse-gueule. Elle frappe fort avec ce nouveau roman aux frontières du thriller. Il est question non seulement de prédation sexuelle, mais aussi de séduction, de manipulation, de conditionnement, de reconstruction. Fine psychologue, Oates décortique Daddy Love, sous toutes les coutures : prédicateur itinérant séduisant et fascinant ; bourreau à l’emprise froide et clinique ; homme semblant animé de véritables sentiments paternels ; citoyen actif et artiste reconnu. Quelques évènements clés sèment des indices et le trouble en dévoilant le parcours de ce monstre vivant à la vue de tous. Car n’est-il pas plus stratégique de vivre à la vue de tous une vie normale pour se camoufler ?

Gidéon sera scolarisé, ils fréquenteront des voisins … et si l’on s’étonne du mutisme et de la forte timidité de l’enfant malgré sa réussite scolaire, c’est tout simplement qu’il est autiste.  Bien naturellement. C’est ce naturel et sa déformation à travers des gestes anodins de complicité et d’affection, que Oates arrive à créer un malaise puissant, revisitant des instants de bonheur familial à travers la lorgnette du monstre. Ces instants deviennent des clichés où tout peut arriver, le bien, un réel sentiment d’affection réciproque, voire de complicité, comme le mal. Robbie/Gidéon oscille, partagé par ce chaud/froid constant, et nous avec lui. Maniant l’art de l’ellipse, elle laisse aussi le lecteur face à ses propres peurs et l’horreur devant la lutte interne de Robbie/Gidéon. Le monstre aura-t-il dévoré l’enfant ?

Un fil rouge de l’oeuvre de Joyce Carol Oates

Il est difficile de fermer ce livre en restant indemne. Vous ne le serez certainement pas. À vrai dire, Joyce Carol Oates qui aime bousculer son lectorat, le pousse dans ses retranchements une nouvelle fois !  Car l’oeuvre de Joyce Carol Oates recèle effectivement de romans évoquant l’abandon et la disparition, comme Mère disparue, l’absence et le retour chez soi, comme le tout récent Carthage ou encore l’enfance maltraitée justement dépeinte dans Petite soeur, mon amour.
Vous penserez peut-être à un film comme L’Echange en le lisant, tant il peut vous déranger par le changement successif de fils appelés à être l’élu de Daddy Love, ou encore au Dragon rouge de Thomas Harris  tant la froideur et la confiance démesurée en soi de Daddy Love, ce prédateur « libérateur » glace le sang.

Daddy Love
Joyce Carol Oates
Editions Philippe Rey
270 pages. 18€. ISBN : 9782848765105

A voir !
Le site des Editions Philippe Rey

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Debout-payé, de Gauz

CULTURE ET SURGELÉS. Sur les Champs-Élysées, le Virgin Megastore se trouve au-dessus du Monoprix. Le plafond des surgelés est le plancher du rayon des livres. Le filet de cabillaud surgelé d’Alaska prédécoupé Queensland Ocean, juste en dessous d’un Anna Gavalda : rencontre des fadeurs.

Debout payé

Il s’appelle Ossiri, et suit les pas de sa mère, femme forte et libre, qui est venue faire ses études à Paris, perçue comme une blanche au pays. Il s’appelle Kassoum, et vient d’un ghetto de Treichville. Ces deux-là viennent passer un entretien comme nombre de des jeunes africains. C’est aussi l’histoire de Ferdinand, arrivé en France lors des Trente-Glorieuses, avant le krach boursier et l’embargo des Saoudiens … Avant les lois concernant le séjour des étrangers, avant que « du jour au lendemain, une nouvelle race de citoyens venait d’être inventée : les sans-papiers. »

Attention premier roman décapant en vue ! Avec Debout-payé, Gauz (Armand Patrick Gbaka-Brédé) fait une entrée en littérature tonitruante. En évoquant la vie de ces vigiles que nous pouvons croiser au fil de nos errances commerciales, il dresse un portait caustique de notre société de consommation mais surtout une touchante histoire de la migration des Africains issus de nos ex-colonies, de 1970 à nos jours. Portraits croisés de générations ayant pour dénominateur commun un fol espoir de pouvoir trouver ce que leur pays ne peut leur offrir. Envoyer de l’argent au pays aussi. Trouver un emploi, une situation. S’installer, s’intégrer.

Mais c’est aussi un miroir qui se dresse face aux comportements consuméristes, aux mesquineries quotidiennes, car un « debout-payé » est un fin observateur. Ce métier de l’ennui leur offre un poste de choix pour déceler les voleuses d’épilation tout comme l’arrogance de certains acheteurs qui ne peuvent imaginer qu’un vigile puisse connaître le cinéma ! Gauz dissèque le monde du travail officieux et officiel avec un regard quasi anthropologique, tout en restant mordant et extrêmement drôle. Les esprits les plus scientifiques seront séduits par ses différents théorèmes qui résument, croquent et dénoncent de façon très condensée des inégalités et injustices, qui parlent à tous. « Dans un travail, plus le coccyx est éloigné de l’assise d’une chaise, moins le salaire est important. » Si l’ouvrage a un fonds autobiographique assumé qui en fait toute la richesse, il demeure un véritable pamphlet universel rafraîchissant et de belle facture.

Debout-Payé
Gauz
Le Nouvel Attila
172 pages. 17€. ISBN : 978-2-37100-004-9
Un extrait en ligne sur le site de l’éditeur Le Nouvel Attila

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Meurtres au manoir de Willa Marsh

La nouvelle tisane qu’elles l’ont convaincue de boire juste avant d’aller au lit fait des merveilles. Comme beaucoup de gens, Clarissa croit que n’importe quel produit à base de plantes et de fleurs ne peut qu’être inoffensif.

Meurtres_au_manoir_will_marshAvec son humour noir qui fait mouche, Willa Marsh compte parmi ces auteurs britanniques à la plume acérée dont la lecture est un délice. Avec Meurtres au manoir, Willa Marsh récidive dans cette veine que ses lecteurs aiment tant. Causticité, intrigue piquante et à suspens, personnages décalés mais miroirs de certaines parts de nous-mêmes, tous ces ingrédients sont au rendez-vous pour un cocktail plein de saveurs placé cette fois-ci sous le signe de l’étrange.

Tout d’abord, nous faisons connaissance avec Clarissa, une jeune londonienne, qui s’ennuie et ne rêve que de rencontrer celui qui fera d’elle une sorte de joyau social qu’envierait toutes ses amies. Car l’envie est au cœur de ce roman, que ce soit l’appétence pour les biens matériels, la réalisation des chimères les plus folles ou encore la faiblesse pour le sexe opposé. Ce portrait ainsi dressé pourrait nous faire redouter une bluette sentimentale avec une jeune godiche écervelée. Mais ce serait sans compter sur Willa Marsh ! Clarissa rencontre effectivement celui qui lui ouvrir les portes de son cœur mais surtout de son manoir, Thomas, jeune veuf quadragénaire, dont feu madame, perpétuellement malade, a rendu sa vie bien morne malgré sa douceur. Aussi lorsque la pétillante jeune femme apporte quelques couleurs à sa vie, il ne tarde pas à l’épouser.

Ce premier round ouvre le bal d’une lutte acharnée pour ce manoir, si attirant et pourtant si étrange. Mais peu importe pour Clarissa que celui-ci soit livré avec deux tantes, charmantes et délicieuses conspiratrices et une jeune fille prête à rentrer dans les ordres et dotée de pouvoirs ésotériques …  Ambiance bucolique à la campagne ? Le boisé referme des secrets et des rites ancestraux … Un petit manoir so british pour goûter à la douceur familiale ? Oh oui, d’ailleurs, c’est bien toute la famille, vifs ou morts, qui s’y retrouvent … Autour de lui se révèlent les aspirations de chacun qui tente de mettre le grappin dessus ! Stratégies aux multiples plans, alliances et trahisons diverses, rites loufoques, mystérieux breuvages, il devient le lieu d’un véritable échiquier vivant qui aurait pour devise « A manipulateur, manipulateur et demi ». Véritable récit à suspense, Willa Marsh garde sa botte secrète bien au chaud, laissant le lecteur se demander pantois, qui pourra bien tirer son épingle de ce jeu de dupe …

Aux frontières du polar et du fantastique, ce roman très rythmé, au style vif et alerte, vous embarquera pour une séance de lecture non-stop, je vous le recommande chaudement.

Meurtres au manoir.
Willa Marsh.
Editions Autrement. Collection « Littératures ».
274 p. 19€. ISBN : 978-2-7467-3046-5

 A voir !

Le site de Willa Marsh
Le site des éditions Autrement
La critique du Journal d’Amy Wingate

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Le tailleur de pierre

lackberg tailleur de pierreCe dernier opus de l’auteure suédoise de polars, Camilla Läckberg, est tout aussi palpitant que les précédents. Nous y retrouvons à nouveau à Fjällbacka, le couple Erica Falck/Patrik Hedström, désormais heureux parents d’une petite Maja. Quelques mois ont passé depuis que la ville a été secouée par la précédente vague de meurtres (cf. Le Prédicateur). Cette apparente tranquillité va être bousculée par la macabre découverte d’un marin-pêcheur, qui prend dans ses filets le cadavre d’une fillette rousse de huit ans : Sara, la fille aînée de Charlotte Florin, une amie d’Erica.

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Voyage fatal de Kathy Reichs

reichs.jpgNouvelle incursion dans le polar, cette fois-ci avec la découverte de Kathy Reichs. Son nom vous dit peut-être quelque chose, car elle figure au générique de la série Bones … car la genèse du personnage du Docteur Temperance Brennan, anthropologue judiciaire, créé par Kathy Reichs est d’abord littéraire, avant qu’elle ne s’empare de nos écrans de télévision.

Nous découvrons donc une Temperance Brennan, plus mûre, divorcée et maman d’une jeune femme étudiante, appelée sur les lieux d’un crash d’avion dans les Smoky Mountains Ce vol fatal a causé la mort de 86 passagers. Parmi les passagers l’équipe de football de Géorgie et leurs supporters. Et si Kathy la fille de Tempe se trouvait à bord de l’avion ?

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1974 de David Peace

– C’est toujours pareil : ce con de Lord Lucan et des putains de corbeaux sans ailes, fit Gilman, souriant, comme si c’était le plus beau jour de notre vie.
Vendredi 13 décembre 1974.
Attendant ma première « une ». Enfin le type dont on indique le nom et le titre : Edward Dunford, correspondant pour les affaires criminelles dans le Nord ; deux putains de jours trop tard.

Ames sensibles d’abstenir ! L’univers de Peace, cru et glauque, est d’un réalisme percutant.

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Edward Dunford journaliste au Evening Post, suit la disparition de Clare, une fillette, disparue quelques semaines avant Noël 1974. Il s’agit de la quatrième disparition de ce type, les trois autres fillettes n’ayant jamais été retrouvées. Au-delà de la charge émotionnelle très forte liée à cette disparition, son père étant décédé récemment, Edward doit faire face à une rivalité croissante avec Jack Whitehead, élu reporter de l’année, qui reprend la main sur son enquête.
Lorsque le corps de Clare est retrouvé supplicié, Edward, n’aura de cesse de résoudre cette affaire, de façon si obsessionnelle, qu’il pourrait bien y laisser une partie de lui-même …

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Millenium, Stieg et moi

Millenium, Stieg et moiSi la notoriété de la trilogie Millenium n’est plus à faire, beaucoup de choses ont été dites ou écrites sur son défunt auteur qui laisse montrer une certaine méconnaissance ou un
regard restreint sur sa personnalité et ses engagements.
Car si Stieg Larsson connaît une gloire posthume aussi forte grâce à une trilogie envoûtante, il fut avant tout un journaliste engagé avant d’être un auteur plébiscité, plébiscite dont il n’aura eu nulle connaissance, puisqu’il est décédé subitement après avoir remis les trois fameux tomes à Nordstedts, qui suite à un manque d’effectif retournera les livres sans même les avoir lus !

(suite…)

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